Carl Gustaf Tessin

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Décès
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Château d'Åkerö (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Période d'activité
Carl Gustaf Tessin
Fonctions
Président de la chancellerie royale
-
Anders Johan von Höpken (en)
Ambassadeur de Suède en France
-
Lantmarskalk
Riksdagen 1738–1739 (d)
-
Ambassadeur de Suède en Autriche (d)
-
Membre du Riksdag des États
Riddarhuset (d)
-
Titre de noblesse
Comte
Biographie
Naissance
Décès
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Activités
Période d'activité
Père
Mère
Hedvig Eleonora Stenbock (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Fratrie
Hedvig Charlotta Tessin (d)
Ulrika Maria Tessin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Conjoint
Ulla Tessin (en) (à partir de )Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Partis politiques
Chapeaux (à partir de )
Holstein Party (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Membre de
Distinction
signature de Carl Gustaf Tessin
Signature.

Carl Gustaf Tessin, né le au palais Tessinska de Stockholm et mort le au château d'Åkerö, est un comte, diplomate, homme politique et homme de cour suédois. Figure culturelle majeure de l'Ère de la Liberté, sa collection d'art constitue le noyau des collections du Musée national de Suède. Il est le fils de feu Nicodemus Tessin le Jeune et d'Hedvig Eleonora Stenbock, et l'époux d'Ulla Tessin (sv), née Sparre, qu’il épouse en 1727.

Formation et milieu familial

Carl Gustaf Tessin grandit dans une famille étroitement liée aux arts et au service de la cour. Petit-fils de Nicodème Tessin l’Ancien, architecte du château de Drottningholm, et fils de Nicodème Tessin le Jeune, architecte royal et haut dignitaire du royaume, il est très tôt destiné à jouer un rôle majeur dans les grands chantiers royaux. Il reçoit une formation approfondie en architecture et acquiert une solide culture artistique, notamment grâce à l’enseignement du dessin dispensé par Johann Philip Lemke[1]. La reconstruction du Palais royal de Stockholm, entreprise après l’incendie de 1697, constitua le cadre majeur de son enfance. Il grandit au contact direct des artistes, des ateliers et des discussions liées à ce chantier, ce qui contribue à sa familiarité précoce avec le milieu[2].

Grâce à la position de son père à la Cour, il est rapidement intégré à la vie mondaine et culturelle, participant dès l’adolescence à aux divertissements de cour et aux activités théâtrales. En attendant son voyage de formation à l’étranger, retardé par les conflits européens, il complète son éducation par diverses expériences à Stockholm, notamment une initiation au droit à la Cour d’appel de Svea en 1712, qui lui fournit des bases utiles pour ses futures activités politiques et administratives[3].

Voyage de formation en Europe (1714–1719)

Le voyage de formation de Carl Gustaf Tessin est conçu par son père comme une préparation à la reprise de ses fonctions d’architecte royal. Il vise à parfaire sa formation architecturale et artistique et l’introduire aux milieux culturels européens. Grâce à une bourse royale accordée par Charles XII, et dans un contexte politique stabilisé après la paix de Rastatt (1714), Tessin entreprend le un long voyage d’étude, dont il tient un journal constituant une source majeure[4].

À Paris, où il séjourne principalement entre 1714 et 1716 puis à nouveau en 1718 et 1719, Tessin est confronté aux attentes paternelles qui l’encouragent à assimiler les principes de l’architecture et de la décoration françaises. S’il manifeste un intérêt moins marqué pour la pratique architecturale au sens strict, il développe en revanche un vif attrait pour la peinture, la décoration intérieure et la vie culturelle parisienne. Il fréquente théâtres et cercles littéraires, visite académies et ateliers, et est placé en apprentissage chez Jean Berain le Jeune. Il entre ainsi en contact avec des figures majeures de l’art français, telles qu’Antoine Watteau, Claude Gillot, Charles de La Fosse ou Antoine Coypel. Il commence parallèlement à constituer une collection de dessins, de gravures et d’ouvrages illustrés, pour son père comme pour son usage personnel[5].

Son séjour parisien comporte également une dimension diplomatique, à travers la présentation de projets d’embellissement du palais du Louvre et du château de Versailles, conçus par son père et apportés par Tessin à la cour de Louis XIV, puis du Régent, Philippe d'Orléans. Accueillies avec courtoisie, ces démarches n’ont toutefois pas les retombées espérées: les projets ne sont pas présentés du vivant de Louis XIV et ne sont examinés par le Régent qu’en 1716, alors que Tessin se prépare à quitter Paris[6]. Il poursuit son voyage vers l’Italie à partir d’, traversant Lyon, Turin et plusieurs villes lombardes avant de séjourner à Florence puis à Rome, où il passe près d’un an[7].

À Rome, Tessin s’efforce de répondre aux attentes paternelles en matière d’architecture, tout en s’intégrant à la vie mondaine de la noblesse italienne. Il poursuit ensuite son itinéraire par Venise, puis par l’Allemagne, notamment les villes de Munich et Vienne, où il manifeste un intérêt croissant pour les collections d’art et les questions politiques. À Vienne, en , il est nommé intendant de la Cour par Charles XII. Tessin retourne à Paris à l’automne 1718 pour continuer de se former, mais la mort du roi modifie ses perspectives. Il quitte Paris au printemps 1719 et rentre en Suède avec une collection importante d’œuvres et de livres[8].

Débuts politiques en Suède

Andreas Möller (1684-1762), Carl Gustaf Tessin, huile sur toile, 1726.

À son retour en Suède, Tessin s’insère dans un contexte profondément transformé par la fin de la grande puissance suédoise et l’instauration progressive d’un régime parlementaire. Dès le Riksdag de 1720, il joue un rôle actif et se fait remarquer comme l’un des jeunes talents de la nouvelle ère politique. Il participe à plusieurs délégations, présente ses premiers mémoires parlementaires et est chargé d’annoncer l’avènement de Frédéric Ier aux cours du Danemark, des Provinces-Unies et d’Angleterre. Parallèlement, il occupe des fonctions liées à l’intendance de la Cour, s’imposant comme une figure centrale de la vie mondaine et culturelle de Stockholm[9].

Sa véritable carrière politique débute lors du Riksdag de 1723, lorsqu’il rejoint le parti holsteinien et devient président de la députation secrète mineure, organe central de l’opposition au pouvoir royal[10]. À vingt-huit ans, il accède au comité secret et intervient dans les débats de politique étrangère. En 1724, il est nommé chancelier extraordinaire puis ministre de Suède à Vienne. Cette mission le place au cœur des négociations diplomatiques liées à l’adhésion de la Suède aux accords européens. Malgré les tensions politiques et les critiques suscitées par son action, cette expérience contribue à asseoir sa réputation sur la scène diplomatique européenne[11].

Gustaf Lundberg (1695-1786), Carl Gustaf Tessin, pastel, 1728.

La chute du parti holsteinien au Riksdag de 1726-1727 entraîne une interruption brutale de sa carrière politique et son exclusion des principales instances de pouvoir. À la mort de son père en 1728, Tessin est toutefois nommé surintendant des bâtiments royaux, garantissant la continuité de la reconstruction du château de Stockholm[12]. Il conserve une influence notable dans les domaines artistiques et industriels, notamment par son rôle dans les manufactures d’Alingsås et de Rörstrand et par la fondation, en 1735, de l’Académie royale de dessin[13].

À partir de 1731, Tessin reprend progressivement une place centrale dans les affaires parlementaires et se rapproche du parti des Chapeaux, dont il devient l’une des figures majeures[14]. Entre 1735 et 1736, il est de nouveau ministre de Suède à Vienne pour négocier un traité de paix[15]. De retour en Suède, Tessin s’impose comme un acteur central de la vie politique suédoise. Élu landmaréchal au Riksdag de 1738, il joue un rôle décisif dans la chute du gouvernement d’Arvid Horn et dans l’ascension au pouvoir du parti des Chapeaux[16]. Refusant toutefois d’entrer directement au gouvernement, il accepte des missions diplomatiques de premier plan à Copenhague puis à Paris[17].

Mission diplomatique à Paris (1739–1742)

Jean-Marc Nattier (1685-1766), La comtesse de Tessin, huile sur toile, 1741, Musée du Louvre.

Envoyé à Paris en 1739 dans le cadre d’une mission diplomatique extraordinaire, Carl Gustaf Tessin exerce les fonctions d’ambassadeur sans en porter officiellement le titre. Mandaté par le parti des Chapeaux pour obtenir le soutien de la France dans la perspective d’une guerre contre la Russie, il se trouve au cœur d’un contexte européen instable, marqué par la guerre de Succession d’Autriche et la recomposition des alliances. À Paris, il mène d’intenses négociations afin d’obtenir des subventions françaises, de conclure un traité commercial avantageux et de favoriser la constitution d’une alliance franco-suédoise, voire tripartite avec le Danemark. Malgré les limites de son action et les critiques formulées en Suède quant à l’efficacité et au coût de sa mission, Tessin obtient la signature d’un traité commercial en 1741, l’octroi de subsides français et l’établissement de relations diplomatiques durables avec l’Espagne et le royaume des Deux-Siciles[18].

Parallèlement à son activité diplomatique, Tessin s’impose comme une figure centrale de la vie mondaine et artistique parisienne. Il fréquente les cercles politiques, littéraires et artistiques, participe aux Salons et enrichit considérablement ses collections. Il recrute également des artistes français et acquiert des œuvres destinées aux collections royales suédoises et à soutenir la reconstruction du château de Stockholm dont il demeure le surintendant[19]. Cette intense activité eut cependant un coût considérable. Pour maintenir un train de vie conforme aux exigences de la représentation diplomatique à la Cour de France, Tessin engage des dépenses largement supérieures aux subsides accordés par l’État suédois, allant jusqu’à entamer la dot de son épouse Ulla Tessin (sv)[20]. Les critiques portant sur sa gestion financière, conjuguées à l’issue défavorable de la guerre contre la Russie, fragilisent sa position politique. En 1742, il quitte Paris dans un contexte de tensions et de désillusions, avant de reprendre ses fonctions au Conseil en Suède[21].

Président de la chancellerie et précepteur royal

Carl Gustaf Tessin renonce dès 1741 à la charge de surintendant des bâtiments royaux, obtenant que son collaborateur Carl Hårleman lui succède. Il espère accéder à la fonction prestigieuse de grand maréchal du Royaume, mais l’opposition du roi fait échouer cette ambition. Il se contente, en 1742, d’un siège au Conseil du Royaume. Dans le contexte délicat qui suit la paix avec la Russie, Tessin s’emploie à réorganiser le parti des Chapeaux, affaibli par la guerre, et joue un rôle décisif dans l’élection d’Adolfphe Frédéric de Holstein-Gottorp comme héritier du trône, ainsi que dans son mariage avec la princesse prussienne Louise-Ulrique[14].

Les conséquences politiques de la guerre suscitent cependant de vives critiques. En 1743, Tessin démissionne temporairement du Conseil et demande qu’une enquête soit ouverte sur sa conduite, notamment concernant ses relations avec la Russie. L’issue de cette enquête lui est favorable et les États demandent au roi à le maintenir en fonctions. La même année, face au risque de conflit avec le Danemark provoqué par l’élection d’Adolphe-Frédéric, Tessin est envoyé en mission diplomatique à Copenhague. Il parvient à apaiser les tensions et à éviter une guerre qui aurait contraint la Suède à solliciter l’appui de la Russie, contribuant ainsi à préserver l’indépendance diplomatique du royaume.

Gustaf Lundberg (1695-1786), Carl Gustaf Tessin, pastel, 1747.

Cette réussite consolide sa position. En 1744, il est chargé de conduire, de Berlin à Stockholm, la princesse Louise-Ulrique avant d'être nommé, l'année suivante, maréchal de la cour de la jeune princesse. Il gagne rapidement la confiance du couple héritier et s’impose comme leur principal conseiller. Par son intermédiaire, Adolphe-Frédéric se rapproche du parti des Chapeaux et adopte une orientation politique résolument hostile à l’influence russe, ce qui vaut à Tessin une animosité durable de la cour de Saint-Pétersbourg. Dans le même temps, Tessin est nommé précepteur du prince Gustave, futur Gustave III. Pour le prince héritier, il conçoit un programme éducatif ambitieux qu'il expose en 1752 dans ses Réflexions sur l’éducation des enfants. Il y défend une pédagogie fondée sur la conversation, la sociabilité mondaine et la maîtrise de l’expression publique, qui pour lui constituent des instruments essentiels de formation politique. Cette éducation, largement inspirée des modèles français, joue un rôle déterminant dans l’orientation culturelle du futur Gustave III[22].

De 1746 à 1752, Tessin occupe la fonction la plus élevée du royaume en tant que président de la chancellerie. Il mène une politique extérieure prudente, cherchant à rééquilibrer les alliances de la Suède par un rapprochement avec le Danemark afin de contenir la puissance russe. Cette orientation se traduit notamment par le pacte d’amitié suédo-danois de 1749, scellé symboliquement par les fiançailles du jeune prince Gustave avec la princesse danoise Sophie-Madeleine. La même année, Tessin contribue à l’introduction d’un nouvel ordre de chevalerie, renforçant le prestige monarchique sans remettre en cause l’équilibre constitutionnel de l’Ère de la Liberté[23].

Toutefois, l’action de Tessin entre progressivement en conflit avec les ambitions absolutistes de la reine Louise-Ulrique. Refusant toute extension des prérogatives royales, il rompt avec la cour lors de l’accession au trône d’Adolphe Frédéric en 1751. À l’occasion du couronnement de 1752, il démissionne de la présidence de la chancellerie, puis renonce en 1754 à ses fonctions de gouverneur du prince héritier et de grand maréchal. Bien qu’il conserve une pension, sa situation financière se dégrade rapidement, l’obligeant à vendre une grande partie de ses collections et à se retirer progressivement de la vie publique dans son domaine d’Åkerö[24].

Retraite à Åkerö et dernières années

Vue du château d'Åkerö en 2011.

À partir de 1748, Carl Gustaf Tessin et son épouse Ulla Sparre font l’acquisition du domaine d’Åkerö, dans le Södermanland, qu’ils conçoivent comme un lieu de retraite à l’écart des tensions de la cour. L’ancienne demeure est remplacée par un manoir moderne et élégant, inspiré de l’architecture française, dont la construction s’achève en 1759. Tessin participe activement à la conception du bâtiment et de ses décors intérieurs, réalisés dans le goût rococo suédois, ainsi qu’à l’aménagement d’un jardin mêlant agrément et utilité. Åkerö devient ainsi l’expression la plus aboutie de son idéal esthétique et de son attachement durable à la culture française. Malgré des difficultés financières chroniques, aggravées par la vente progressive de ses collections, de sa bibliothèque et de ses cabinets, Tessin poursuit son œuvre de collectionneur, classe ses dessins et rédige le Journal d’Åkerö, un ensemble de plus de vingt mille pages constituant un témoignage exceptionnel sur sa vie, ses réseaux et son époque[25].

Les dernières années de Tessin sont assombries par la mort de son épouse en 1768 et son isolement. Une réconciliation tardive avec la famille royale a toutefois lieu grâce à l’intervention de son ancien élève, le prince héritier Gustave, qui lui rend visite à Åkerö en 1769. La Diète décide alors de rétablir ses pensions, mais cette décision n’atteint Tessin qu’après sa mort en . Commandeur de plusieurs ordres suédois et prussiens, il est inhumé dans l’église de Bettna. Figure majeure du XVIIIᵉ siècle suédois, Tessin incarne, jusqu’à la fin de sa vie, un modèle d’homme d’État, d’amateur d’art et de médiateur culturel entre la Suède et la France[26].

Collection

En dépit d’un rôle politique, Carl Gustaf Tessin est aujourd’hui surtout connu comme un remarquable collectionneur et amateur d’art. La collection qu’il constitue au fil de ses voyages reflète son goût artistique et son réseau intellectuel. De nombreuses œuvres qu’il a acquises figurent désormais parmi les collections du Nationalmuseum de Stockholm.

Formation du goût et premiers voyages

La connaissance des œuvres et le goût pour la collection s’inscrivent très tôt dans le parcours de Carl Gustaf Tessin. Il hérite d’abord des collections constituées par son père, Nicodème Tessin le Jeune, au contact desquelles il grandit et se forme.

Nicodème Tessin le Jeune lui transmet également son intérêt pour l’art français. Lors de son premier séjour en France, entre 1714 et 1716, Tessin approfondit ce goût tout en développant ses propres affinités artistiques. À partir de 1715, il fréquente les artistes et connaisseurs français. Guidé par le décorateur et architecte Gilles-Marie Oppenord, il est introduit auprès du collectionneur Pierre Crozat et du marchand d’art Corneille Van Dine, ainsi qu’auprès des peintres Charles de la Fosse et François Desportes.

Au cours de ce séjour, Tessin manifeste un intérêt particulier pour le dessin. Sa première acquisition attestée date du , lorsqu’il achète deux œuvres attribuées à Anthony Van Dyck : un dessin à la plume et à l’encre représentant une Vierge à l’Enfant, ainsi qu’une tête de femme. Cet achat marque le début d’une activité de collectionneur qui prendra une ampleur considérable au cours des décennies suivantes.

Acquisitions et influences artistiques

Six mois après son accession au poste de surintendant, Carl Gustaf Tessin se rend de nouveau à Paris à l’automne 1728, accompagné de son épouse Ulla Sparre. Investi de ses fonctions, le représentant de la couronne de Suède entend signaler le mécénat suédois sur la scène artistique internationale. Il manifeste ce positionnement par une politique d’achats et de commandes adressées aux artistes les plus recherchés et les plus novateurs de son temps. Au cours de ce séjour, Tessin s’intéresse particulièrement aux figures montantes de la peinture française, Noël Nicolas Coypel et François Lemoyne, qui s’étaient illustrés lors d’un concours organisé en 1727 par le duc d’Antin, surintendant des Bâtiments du roi. Il acquiert Le Jugement de Pâris et commande son pendant, Les Adieux de Vénus et Adonis, à l’artiste rival. Il acquiert également des peintures « galantes » de Nicolas Lancret et Jean-Baptiste Pater, telles que Colin-maillard ou Les Baigneuses dans un parc. Ces acquisitions témoignent du goût du comte pour une peinture aux accents licencieux, héritée des évolutions esthétiques de la Régence et associée à l’œuvre d’Antoine Watteau.

Attribué à Gabriel MetsuLes joueurs de cartes, 1650, Nationalmuseum Stockholm

Dans le domaine de l’art ancien, Carl Gustaf Tessin manifeste un intérêt marqué pour la peinture de l’âge d’or hollandais. Cette prédilection pour les écoles nordiques s’inscrit dans la continuité de l’héritage paternel : la collection de son père comprend notamment un dessin attribué à Abraham Bloemaert, qui contribue à orienter son regard vers ces traditions artistiques. En 1727, année de son mariage, la collection de maîtres nordiques de Tessin s’enrichit à la suite de l’héritage d’œuvres provenant de la famille de son épouse, les Sparre. L’inventaire de sa collection dressé en 1735 atteste de cet intérêt, mentionnant notamment Une scène de port de Nicolaes Pietersz. Berchem ainsi que Les Joueurs de cartes, alors attribué à Gabriel Metsu[27].

Ce goût de Carl Gustaf Tessin pour la scène de genre et pour la peinture hollandaise est partagé avec les collectionneurs français qu’il fréquente à Paris. Il acquiert plusieurs œuvres de maîtres hollandais par l’intermédiaire de son ami, le marchand d’art Edme-François Gersaint, auprès duquel il achète notamment La Jeune femme de profil avec éventail, de Rembrandt[27]. Au-delà de Gersaint, deux figures exercent une influence majeure sur Tessin en tant que collectionneur et amateur d’art. La première est le comte de Caylus, membre d’honneur de l’Académie des beaux-arts, théoricien des arts et graveur, avec lequel Tessin entretient une relation d’amitié. La seconde est le marchand d’art et collectionneur Pierre-Jean Mariette. Issu d’une dynastie de marchands d’art et spécialisé dans les dessins, les gravures et les livres illustrés, Mariette exerce une influence durable sur le goût et les méthodes de Tessin en matière de collection[27].

L’apogée parisienne et la vente Crozat

Entre 1739 et 1742, Carl Gustaf Tessin séjourne à Paris dans le cadre d’une mission confiée par la couronne de Suède. Ce troisième séjour marque l’apogée de son activité de collectionneur et de mécène. À Paris, Tessin fréquente les cercles diplomatiques et mondains, en entretenant des relations étroites avec les milieux artistiques et intellectuels. Familier des artistes, il passe commande auprès des peintres les plus en vue et affirme publiquement son rôle de mécène en participant aux Salons organisés par l’Académie royale de peinture et de sculpture. En 1740 et 1741, son nom figure dans les livrets d’expositions comme propriétaire d’œuvres majeures de peintres tels que Jean-Baptiste Oudry et Jean Siméon Chardin. Il prête également La Naissance de Vénus de François Boucher, peinte à sa demande, et fait exposer son portrait par Jacques-André-Joseph Aved[27].

Parallèlement, Tessin joue un rôle actif dans les acquisitions d’œuvres destinées à la Suède, notamment pour le château royal de Stockholm. Il acquiert ou recommande l’achat de peintures, certaines pour son usage personnel, d’autres pour la Couronne, en collaboration avec des intermédiaires tels que le diplomate Carl Fredrik Scheffer. Cette période voit également Tessin enrichir sa propre collection, comme en témoigne l’achat en 1739, de Lièvre avec chaudron de cuivre rouge, coing et deux châtaignes de Jean Siméon Chardin[27].

L’événement le plus marquant de ce séjour demeure la vente de la collection de dessins du banquier Pierre Crozat, organisée à Paris entre le et le . Rassemblant plus de 19 000 feuilles, cette vente exceptionnelle, constitue un moment clé du marché de l’art européen. Il achète à cette occasion 2057 dessins pour la somme de 5 072 livres et 10 sols. Tessin s’attache à représenter un éventail d’écoles et de périodes, des primitifs italiens et flamands aux écoles française, vénitienne et bolonaise, avec une prédilection pour les dessins flamands et hollandais. Ces acquisitions constituent le noyau le plus prestigieux de sa collection graphique[27].

Le catalogue et l’organisation de la collection

En 1749, Carl Gustaf Tessin entreprend la rédaction d’un catalogue méthodique de sa collection de dessins, conçue comme un panorama historique des écoles et des genres. Cette démarche s’inscrit dans le contexte de la vente d’une partie de sa collection au prince héritier Adolf Fredrik, le catalogue ayant pour fonction d’en assurer à la fois l’organisation et la transmission.

Les dessins sont répartis en vingt-cinq livrets, classés par écoles ou par thématiques. Chaque feuille est numérotée et accompagnée d’indications sur le sujet et la technique. Inspiré par les méthodes de Pierre-Jean Mariette, Tessin ajoute des commentaires et des attributions, recourant à un vocabulaire appréciatif hérité du catalogue de la vente Crozat.

Le livret n° 16, intitulé Dessins d’élite et proprement collés, occupe une place centrale. Il rassemble cent huit dessins considérés comme les plus précieux par Tessin, majoritairement issus de l’école italienne, aux côtés de quelques œuvres françaises et flamandes, tandis que les écoles allemande et hollandaise en étaient absentes. Ce livret réunit la majorité des œuvres qualifiées de « capitales ». Les autres livrets associent périodes et styles, notamment dans les classements thématiques consacrés aux portraits, aux académies, aux paysages ou aux animaux. Malgré cette diversité, l’organisation révèle une hiérarchie constante des écoles, reflétant à la fois les préférences esthétiques de Tessin et sa conception érudite de l’histoire de l’art[27].

Le devenir de la collection de Carl Gustaf Tessin

Contraint par de graves difficultés financières à partir de la fin des années 1740, Carl Gustaf Tessin est amené à céder l’essentiel de sa collection de dessins et d’estampes. Dès 1750, une large part de ses œuvres entre dans les collections de la famille royale, après l’acquisition des dessins par le prince héritier Adolf Fredrik et celle des peintures par le roi Fredrik Ier, qui en fait don à Lovisa Ulrica.

À l’exception de plusieurs ensembles dispersés lors des ventes après décès de Tessin en 1771 et 1786, la majeure partie de la collection est intégrée au patrimoine de la Couronne. Rachetée en 1777 par le roi Gustave III et dégagée des dettes successorales, elle est déposée à la Bibliothèque royale avant d’être confiée au Musée royal en 1794.

Sous la supervision de Fredrik Sparre, la collection fait l’objet d’un important travail de classement, de normalisation et de numérotation, fondé sur une organisation par écoles et par artistes. Intégrée au Nationalmuseum à partir de 1866, puis recataloguée au milieu du XIXe siècle, la collection Tessin constitue aujourd’hui l’un des ensembles fondateurs et les plus emblématiques du musée national suédois[28].

Œuvre littéraire

Principalement connu pour son rôle politique et son activité de collectionneur, Carl Gustaf Tessin est également l’auteur d’un conte de fées rédigé en français. En 1741, lors de son séjour parisien, il compose Faunillane ou L’Infante jaune, un texte parodique et allusif, inspiré des codes de la mondanité littéraire française[29].

Publié à Paris en un très petit nombre d’exemplaires luxueux, l’ouvrage est illustré de dix gravures sur cuivre commandées à François Boucher. Le conte met en scène, sous un voile féerique, l’auteur et son entourage, et propose une lecture ironique des usages de la société mondaine. Bien que sa diffusion initiale soit restreinte, Faunillane ou L’Infante jaune exerce une influence durable, notamment à travers les réécritures et éditions ultérieures qui reprennent les illustrations de Boucher, contribuant à sa réception dans les milieux littéraires français[27].

Œuvres associées à la collection Tessin

Notes et références

Sources bibliographiques

Liens externes

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