Carlo Ippolito Migliorini
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Carlo Ippolito Migliorini (né le à Bibbiena et mort le à Florence) est un géologue italien, reconnu comme l’un des plus éminents spécialistes du pétrole et comme un promoteur d’idées novatrices dans le domaine de la géologie.
Carlo Ippolito Migliorini naît à Bibbiena, dans la province d’Arezzo (Toscane), le , d’un père italien, Migliorotto Migliorini, avocat, et d’une mère anglaise, Elène Fowke, issue de la noblesse britannique. Son père est enterré au Cimetière de Sofiano (it). Très jeune, il manifeste un intérêt pour la géologie[1], passion qu’il développe grâce à un ami de son père, le professeur florentin Giotto Dainelli[2]. À 15 ans, il devient membre de la Société géologique italienne et fréquente l’Institut géologique de Florence[1]. Dès ses années de lycée[3], il publie son premier ouvrage sur la géologie de sa région natale, le Casentino. Après avoir poursuivi des études à Florence, Carlo Ippolito Migliorini se rend en Angleterre pour se former à la Camborne School of Mines (en) en Cornouailles, où il obtient, en 1912, son diplôme d’ingénieur des mines à l’âge de 21 ans, tout en se passionnant pour les mathématiques et les sciences naturelles[2]. Fort de cette formation, il entame une carrière en géologie, d’abord en Cornouailles, puis au Portugal[1]. Membre de la Société géologique italienne il fréquente régulièrement l'Institut de géologie de Florence, alors dirigé par Carlo De Stefani[4].
- Elène Fowke, Florence, 1922.
- Carlo Migliorini enfant avec sa mère Elène Fowke, Bibbiena, 1899.
Sa carrière fut interrompue par la Première Guerre mondiale, il sert comme officier d'artillerie dans l'armée en Libye, recevant la médaille de bronze et la Croix du service distingué.[3] À l’issue du conflit, il reprend sa carrière scientifique et participe à une mission géologique en Anatolie dirigée par Giotto Dainelli[2]. En 1920, il est sollicité par l’Institut italien d’agriculture coloniale pour une mission en Grèce, principalement sur les îles du Dodécanèse. Il y mène, jusqu’en 1935, des études axées sur l’hydrologie et l’extraction de carrières, notamment à Rhodes. C’est sur cette île, en 1926, qu’il rencontre Véra Ivanovna Sanine, une aristocrate russe ayant fui la révolution bolchevique, qu’il épouse peu après[2]. Leur cérémonie de fiançailles est marquée par la présence de son oncle maternel Sir George Henry Fowke (en), ainsi que Lord Louis Mountbatten et Lady Edwina Mountbatten, amis de Sir George Henry Fowke (en), qui offrent à la future épouse une bague de fiançailles[2]. De cette union naquirent Hélène Migliorini-Sanine (1927–2023) et Georges Migliorini (1928–2000), tous deux à Rhodes. Plus tard, en 1942, Tatiana Migliorini-Bargioni vit le jour à Florence.
- Carlo Ippolito Migliorini, Véra Ivanovna Sanine, Hélène Sanine-Migliorini et Giorgio Migliorini, Port de Rhodes, 1929.
- Carlo Ippolito Migliorini, Véra Ivanovna Sanine et Hélène Sanine-Migliorini, Rhodes, 1928.
En 1920, il rejoint l'Institut agricole colonial italien à Rhodes, où il vit et travaille jusqu'en 1934. En 1933, il organise sur l'île grecque[1]le congrès annuel de la Société géologique italienne. À cette occasion, il fait la connaissance d'Alessandro Martelli, président de l'Agip (Azienda Generale Italiana Petroli).
En 1934, il est recruté par l'Agip en tant que premier géologue titulaire de l'entreprise; il organise et dirige des campagnes d'exploration pétrolière dans la plaine du Pô, le long de toute la chaîne des Apennins jusqu'en Sicile, ainsi qu'en Érythrée (îles Dahlak), en Éthiopie (Ogaden) et dans le nord de la Somalie[5].
En 1939, il obtient son habilitation à enseigner la géologie[3].
En 1943, il met fin à sa collaboration avec l'Agip et, après une période de difficultés liée à l’après-guerre, devient consultant pour les principales entreprises industrielles italiennes (Dalmine, Montecatini, SIN - Società Idrocarburi Nazionali, et encore Agip) et étrangères, telles que la Sinclair Oil et l'Anglo-Persian Oil Company, participant à des campagnes d'exploration pétrolière en Italie, en Afrique et au Moyen-Orient[3].

Au début des années 1950, il se consacre à l'étude des possibilités d'exploitation de l'énergie géothermique en Italie (Larderello) et à l'étranger (Ouganda)[5].
Il décède à Florence le et, selon l’ouvrage In Loving Memory: il cimitero agli Allori di Firenze[6], il est inhumé au Cimetière des Allori.
Activité scientifique
Dès son premier emploi chez Agip[7], Migliorini identifie et développe, dans le cadre de l'exploration pétrolière, des axes de recherche innovants, documentés par plus de cinquante publications. Au début des années 1930, sa prévision, confirmée par la suite par le forage, d’un arrangement en écailles superposées dans la succession sédimentaire traversée par le premier puits pétrolier italien (Tocco da Casauria, dans la région de la Maiella) marque le début d’une activité professionnelle féconde. Un programme systématique pour l’exploration de tout le versant adriatique, de l'Appenin central jusqu'à la mer Ionienne, avec une possible extension vers le nord dans la plaine du Pô, découle de la reconnaissance des analogies géologiques observables sur cette vaste zone[8].
En introduisant le concept de « Fossa Bradanica », définie comme la région comprise entre l’Apennin méridional et les reliefs calcaires du Gargano et des Murge, Migliorini souligne son potentiel minier. Pour un examen approfondi, il insiste sur la nécessité d’utiliser le relief sismique, accompagné d’études de terrain et de recherches paléontologiques détaillées. Ces critères modernes de recherche conduisent à la création au sein de l'Agip d’un « Service Études » coordonné par Migliorini, initiative qui constitue une école de formation privilégiée pour de nombreux géologues pétroliers italien[8].
Dans le cadre de l’Apennin méridional, Migliorini identifie le glissement chaotique des terrains argileux, principalement crétacés, du Flysch sur le Piémont apulien, survenu à une époque très récente, peut-être quaternaire. Il nomme ce processus gravitaire « frane orogeniche » (glissements orogéniques) et l’utilise pour expliquer l’origine des argiles Scagliose appenniniques[5], un problème régional d’envergure largement discuté. Toujours dans l’Apennin, sa connaissance des situations géologiques locales et sa capacité de synthèse lui permettent d’identifier une succession dans le temps et l’espace (d’ouest en est) des plis et associations de failles qu’il nomme « cunei composti » (coins composites)[8].
Outre ses compétences d’ingénieur-géologue, Migliorini possède des qualités de naturaliste attentif à son environnement, jusque dans les moindres détails, qu’il documente dans ses publications : des premiers travaux sur sa terre natale du Casentino aux études géologiques autour de Tobrouk réalisées pendant son service militaire en Libye, de la description géologique de plusieurs îles de la mer Égée lors de son séjour à Rhodes aux observations, y compris paléontologiques, autour de Florence après son départ de l'Agip[7].
L’examen détaillé des couches du Macigno, une formation grèseuse répandue autour de Florence, l’amène à attribuer son origine à des courants de turbidité, en soulignant également les conséquences sur la réorganisation des fossiles[7]. Ces deux intuitions ont trouvé confirmation dans les recherches océanographiques contemporaines et ont été positivement reconnues dans la littérature scientifique internationale[8].
Postérité
À l’origine d'études pionnières sur la sédimentation, Migliorini développa une méthode d’analyse des couches géologiques précieuse dans les recherches pétrolières. Ces techniques sont encore enseignées de nos jours, notamment à l’Université de géologie de Florence, où une salle d’études porte son nom. Migliorini joua également un rôle déterminant comme chef de l’exploration géologique au sein de la compagnie pétrolière nationale italienne Agip pendant les vingt premières années de son existence[2]. Il participe, avec sa fille Hélène Migliorini-Sanine, au Congrès international de géologie de 1952 à Alger.


Il figure parmi les personnalités honorées dans les couloirs de l’Université de Florence, où son portrait est exposé aux côtés de ceux des plus grands noms de la géologie.
Carlo Ippolito Migliorini est notamment connu pour l’une de ses maximes les plus citées :« La curiosité, et non l’ambition, devrait être le moteur de la recherche. »
Le département de géo minéralogie de la bibliothèque des sciences de l'Université de Florence conserve un fonds intitulé Migliorini, composé de 4 enveloppes, 1 colis et 1 boîte de documents (années 1911-1950), legs des collègues géologues de Migliorini et de sa famille après sa mort. Le matériel comprend des cahiers de travail, de la correspondance, des rapports et des notes sur les missions auxquelles il a participé ou qu'il a dirigées, des brouillons de rapports, du matériel relatif à des conférences, des collections de numéros de revues et de journaux, des dessins cartographiques.
Sur les exemplaires publiés de certains de ses ouvrages, figure son propre ex-libris[9], réalisé par le graveur Bruno Bramanti, de l’école florentine du XXᵉ siècle et ami de la famille[2]. Bramanti a également conservé l’empreinte éternelle de son visage.
- Ex-libris de Carlo Ippolito Migliorini, réalisé par Bruno Bramanti.
- Empreinte du visage de Carlo Ippolito Migliorini, réalisée par Bruno Bramanti.
Le Musée de géologie et de paléontologie de Florence conserve également des échantillons géologiques et paléontologiques collectés par Migliorini lors de ses expéditions en Grèce et en Somalie[10],[7].