Casimir Fidèle

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Naissance
Activité
ancien esclave, cuisinier, hôtelier, homme d'affaires
Casimir Fidèle
Portrait d'un esclave cuisinier du XVIIIe siècle. Aucune image de Casimir Fidèle n'a été retrouvée pour l'instant.
Biographie
Naissance
Décès
Activité
ancien esclave, cuisinier, hôtelier, homme d'affaires

Casimir Fidèle, ou Casimir Fidelle, né en Guinée vers 1748, et mort à Paris en 1796, est un esclave africain affranchi, vivant à Bordeaux dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, qui réussit dans la profession de cuisinier, jusqu'à tenir un hôtel-restaurant, et à spéculer dans l'immobilier. Si sa trajectoire n'est pas isolée parmi ses pairs, sa réussite professionnelle reste exceptionnelle.

Le véritable nom et l'origine de Casimir Fidèle ne nous sont pas parvenus. Né sur la côte de Guinée vers 1748, il est capturé en Afrique à l'âge de huit ans, déporté en depuis Ouidah[1] vers Saint-Domingue. Le second du navire négrier, Nicolas Mary, fait valoir son droit de pacotille et le garde à son service[2]. Après deux mois dans l'île, le Saint-Julien appareille pour Nantes où il arrive en . Mary y fait baptiser son jeune esclave dans l'église de la paroisse Saint-Nicolas, le [3],[4]. Dans le milieu des commerçants nantais d'alors, avoir un Noir à son service est une marque de prestige et il est probable que Mary envisage de l'utiliser comme interprète lors des prochaines expéditions triangulaires qu'il compte lancer[5].

Cependant  et bien que cette pratique soit interdite en métropole , Nicolas Mary vend Casimir à une famille parisienne[Note 1]en 1763[5]. Ses nouveaux propriétaires le destinent aux fonctions de cuisinier et lui font faire des études de pâtissier[Note 2] à l'Hôpital général et à l'Hôpital de la Trinité de Paris[8]. Il y devient officiellement « maître traiteur-pâtissier »[9].

Sa trace se retrouve à Bordeaux en 1777[9] : il cuisine alors pour de nouveaux propriétaires, Marie-Marguerite Soissons et Charles de Lamontaigne, un couple de planteurs rentré de Saint-Domingue en 1774[Note 3], plus âgé que Casimir de trois ans[11] et qui possède alors huit autres esclaves noirs[12],[13]. Ils habitent un immeuble de l'actuelle place Gambetta, alors place Dauphine[14]. Sans être courant, le cas de Fidèle n'est pas exceptionnel : l’étude des archives locales permet de distinguer 5 200 personnes d'origine africaine présentes dans Bordeaux à un moment ou à un autre de la période de la traite[15]. Parmi eux, si une majorité sont esclaves, nombreux sont des affranchis[16]. Ils se regroupent dans le quartier périphérique de Saint-Seurin, fondent souvent une famille, exercent des métiers de domestique, perruquier ou cuisinier[17],[18]. En ce xviiie siècle où l’Europe découvre la gastronomie, employer un cuisinier noir est un marqueur de réussite sociale significatif, et le métier est très pratiqué par les affranchis[15].

Dans un recensement de l'été 1777, Casimir Fidèle figure comme affranchi. L'acte n'a pas été retrouvé mais il est probable qu'il s'agit d'une décision de Marie-Marguerite Soissons, veuve de Charles depuis mai, ou de son frère Jean-Baptiste Cellier-Soissons[19].

Le , il épouse dans la basilique Saint-Seurin la veuve d'un potier, Ursule Lachèze, originaire de la petite bourgeoisie intellectuelle[20] de Brive-la-Gaillarde, et qui élève seule sa fille Guillemette (née en 1768) et probablement son fils illégitime Philippe (1770)[21],[Note 4]  un mariage mixte donc, comme environ 45% des unions des hommes de couleur à Bordeaux à l'époque[23]. Il en aura au moins un fils, Jean-Baptiste-Pierre, né le de la même année[24]  une date qui peut éclairer les raisons du mariage.

Fort de sa formation parisienne et de ses années de pratiques, il prête serment auprès de la corporation des maîtres pâtissiers-rôtisseurs-traiteurs et lui verse une quittance le [3] afin de pouvoir exercer comme cuisinier à l'hôtel des Américains[Note 5]. Il fait porter son activité sur les registres de la Jurade[3] et accumule ainsi, et par l'aide que lui apportent sans doute les Soissons ou sa belle-famille, un petit pécule qui lui permet de lancer son propre commerce de bouche. Cette formalité le met en règle pour ouvrir son propre établissement[3].

L'ancien hôtel de l'Empereur de Casimir Fidèle, situé de nos jours 13 cours Georges-Clemenceau à Bordeaux.

C’est une note de Cagliostro, en séjour à Bordeaux en 1784[Note 6], qui nous apprend que Casimir Fidèle tient  depuis la fin de l'année 1779[26]  l’hôtel de l’Empereur[Note 7], situé au 13 de l’actuel cours Georges-Clemenceau[27], artère où se concentrent de nombreux traiteurs[3]. Par cette activité officielle, Casimir Fidèle est recensé dans l'Almanach de commerce pour la ville de Bordeaux de 1785 et 1787, et en 1791 au moins[3]. En 1785, il signe un bail de trois ans pour le second étage de l'immeuble contigu, où il étend son activité. Le loyer annuel, 2 400 livres, donne une idée du chiffre d'affaires de l'hôtel[28].

Casimir peut alors investir lui-même dans l'immobilier : en il fait l'acquisition pour 4 910 livres d'un terrain de 415 m2 qui jouxte celui des Chartreux, au coin de la rue Saint-Bruno et de celle du Pont-Long[Note 8],[28], qu'il revend quatorze mois plus tard avec un bénéfice de 1 000 livres[28]. En 1786 il acquiert un bâtiment évalué à 23 400 livres, que lui vend son ami Jean-Pierre Labottière, un bourgeois bordelais qui est à la fois son ami et son associé dans diverses affaires financières[28]. Son patrimoine lui permet de doter Guillemette Villiers, fille du premier lit de sa femme, pour son mariage (2 000 livres en 1784), ou d'offrir une rente annuelle de 200 livres à une domestique de Labottière en 1786[28]. Sa fortune invisibilise son origine : dans les actes notariés postérieurs à 1785, il est qualifié de « sieur », et la couleur de sa peau n'est plus mentionnée, contrairement à l'usage alors en vigueur[24]. Lié au milieu franc-maçon bordelais, il n'entretient par ailleurs guère de rapport avec les autres personnes de couleur qui vivent alors à Bordeaux[29].

En 1787 enfin, Casimir Fidèle achète pour 8 000 livres, une maison de quatre étages de la rue Albert-de-Mun à une autre Noire affranchie, Marie-Louise Charles[30],[31]. Mises à mal par ces investissements, ses finances s'épuisent cependant et, en 1790, il doit encore 3 000 livres à Marie-Louise Charles. Il obtient de sa belle-mère une avance sur l'héritage de sa femme, estimée à 10 000 livres[28].

En , l'hôtel de l'Empereur est touché par un incendie[27], et en 1793, le propriétaire[32] le vend[33] à un autre homme de couleur[34] dénommé Toussaint[27]. Casimir Fidèle ferme alors boutique, et s'intéresse à la politique : le , il est l'un des quatre commissaires[36] de la communauté noire de Bordeaux qui montent à Paris pour féliciter les députés montagnards d'avoir aboli l'esclavage. Son discours, prononcé devant la Convention nationale, est conservé aux Archives nationales[33],[37].

Casimir reste alors à Paris, où il meurt le [33],[Note 9] à l'hôtel de Calais situé à l'actuel 66, rue de Richelieu[38].

Descendance

Son fils Jean-Baptiste devient musicien, épouse une femme blanche et s'installe en Lorraine avec leurs quatre enfants[39]. Grâce à des recherches généalogiques et aux travaux historiques de Julie Duprat, des descendants de Casimir Fidèle ont été retrouvés en région parisienne[40].

Hommage

Notes et références

Voir aussi

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