Celso Morisi
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| Conseiller à la chambre des Corporations XXXe législature du royaume d'Italie | |
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(à 61 ans) Legnago |
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Éros |
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Celso Morisi, né le 10 mai 1885 à San Giovanni in Persiceto et mort le 3 juin 1946 à Legnano, est un journaliste et homme politique fasciste italien.
Jeune socialiste extrémiste
Fils de Cleto et Gemma Pivetti, il descend d'une famille très importante de la communauté de San Giovanni in Persiceto (quatre de ses ancêtres étaient tombés pendant les guerres napoléoniennes)[1].
Étudiant aux écoles techniques de Bologne, il s'imposa, dès l'âge de quatorze ans, comme un militant de la faction extrême du Parti socialiste italien (PSI)[1]. En 1903, il publia plusieurs articles, sous le pseydonyme Éros, dans La Parola Proleteria de Mirandola, journal dans lequel il attaqua les réformistes partisans de Filippo Turati[1]. Dans sa ville natale, il fonda, avec Raffaele Pettazzoni, un groupe de socialistes intransigeants œuvrant, dès le mois d'août suivant, pour un rapprochement infructueux avec la section socialiste locale. Du Cercle socialiste de San Giovanni in Persiceto naquit le journal Il Lavoro, auquel Morisi collabora jusqu'à son expulsion en octobre[1]. Dans plusieurs feuilles, il attaqua les « traîtres aux intérêts prolétariens et à toute la classe ouvrière » et les députés réformistes accusés d'être « l’armée des eunuques du réformatoire de Persiceto. »[2]
L'action directe et le syndicalisme révolutionnaire
Devenu proche des syndicalistes révolutionnaires, il fut candidat en 1907 aux élections municipales de sa ville natale sans réussir à se faire élire. Rédacteur en chef du numéro unique du journal Il Ribelle, publié le 5 avril 1908, il publia un article virulent destiné à démasquer les « imposteurs du mouvement socialiste. »[1] En 1910, la Direction générale de la sécurité publique ouvrit un dossier le concernant au Bureau central des archives politiques (CPC). Il fut président du Cercle antimilitariste de Calderara, où il s'était installé en 1908, ainsi que secrétaire adjoint de la Fédération provinciale du Birocciai[1].
Correspondant pour plusieurs journaux, il a été rédacteur en chef de L'Agitatore Périodique hebdomadaire d'action révolutionnaire, pour le numéro du 9 octobre 1910 uniquement[1]. Au mois de décembre suivant, il participa aux congrès syndicalistes et du mouvement Action directe (Azione diretta) à Bologne. En avril 1911, il fut arrêté et dénoncé à la suite des affrontements qui animèrent un cortège organisé à Bologne lors de la grève générale en soutien aux maçons luttant contre les maîtres d'œuvre[1]. Après trois mois d'emprisonnement à la prison de San Giovanni in Monte, il fut libéré en juillet. Fin 1911, il fut employé comme commis à la CdL de Bologne. C'est durant cette période que Morisi entra en contact avec Benito Mussolini, alors secrétaire de la fédération socialiste de Forlì et directeur de l'organe de presse Lotta di classe[1]. Selon l'écrivain Ugo Giorgio Andalò, Morisi ne pouvait que souffrir « la fascination de l'intelligence de Mussolini » et finir par admirer « son esprit polémique décisif. »
En 1912, Morisi quitta Bologne pour Lecco, où il travailla pendant quelques mois comme commis au bureau d'état civil local. En septembre, il assuma le rôle de secrétaire de la CdL de Lecco, s'exprimant lors de plusieurs rassemblements dans les environs[1]. Après de vives discussions avec un délégué du PSI lors d'une réunion à Chiavenna, il fut condamné en juillet 1914 à quarante-cinq jours de prison pour outrage[1].
Le tournant interventionniste : atteindre le front à tout prix pour la « cause de liberté »
Le déclenchement de la Première Guerre mondiale déclencha une crise chez Morisi qui, bien que soutenant au début « la thèse selon laquelle la guerre ne concernait pas le prolétariat puisqu'il s'agissait de la lutte violente entre les deux grands capitalismes allemand et anglais », devint vite un soutien de l'intervention quelques jours après avoir constaté les « les massacres en Belgique [et] les destructions violentes en France. »[1] Ces évènements lui firent écrire que « outre l'intérêt, de grandes valeurs morales étaient également en jeu. » Convaincu de la nécessité de participer au conflit, en lien avec sa sympathie pour le garibaldinisme, il s'engagea dans un corps de volontaires sous le commandement de Peppino Garibaldi[1]. Après avoir quitté sa famille et atteint la commune de Vintimille, il fut arrêté sur le front de mer par des Carabiniers et emmené à la prison de Gênes où il retrouva d'autres de ses « amis du malheur » qui, comme lui, tentèrent de traverser la frontière. Après quelques jours, Morisi fut transféré à la prison milanaise de San Vittore, puis quatre jours plus tard au pénitencier de Lecco :
« Une pensée me terrifiait : devoir arriver dans ma ville, si lié comme un criminel de droit commun, parmi les gens qui me connaissaient et ne pouvaient pas savoir ce que j'avais fait. Mais par la volonté du sale gouvernement italien, cela aussi devait être subi, et d'ailleurs, ceux comme nous, révolutionnaires, qui se mettent hors la loi pour une cause de liberté, contre tous les intérêts politiques louches, doivent être prêts à tout. » [1]
Libéré après son arrivée à Côme, il se mis immédiatement à chercher un nouveau moyen de traverser la frontière française pour combattre sur le front. Lors de la deuxième tentative pour atteindre les centres d'enrôlement de Garibaldi, Morisi était accompagné de l'anarchiste individualiste Antonio Pavoni[1]. En direction de la Suisse et après un long périple, Morisi et Pavoni arrivèrent à Lyon d'où ils partirent pour se rendre à Montélimar, où se trouvait l'un des dépôts du 4e Régiment de Marche du 1er étranger. Arrivé tard dans la ville de Drôme, Morisi retrouva sur place Gino Coletti avec qui il avait « partagé une vie à Bologne. »[1] Enrôlé le lendemain (19 octobre 1915), il fut affecté à la 4e compagnie du 1er bataillon dirigé par le lieutenant Carlo Bazzi (1883-1916). En novembre, Morisi fut transféré à Mailly-le-Camp avant d'être enfin déployé sur le front à la mi-décembre, évènement qu'il raconta dans ses brefs Souvenirs d'un Garibaldiens (14 pages). Il reçut une Médaille Militaire française, équivalente à la Médaille d'Or italienne, une Médaille Verdun et deux Croix de Guerre pour la campagne 1915-18[1].
Après la dissolution du corps, il retourne à Lecco, où il arrive le 16 avril, mais doit de nouveau faire preuve de vigilance à l'égard des autorités. Embauché par le bureau municipal comme commis, il fut rappelé au combat le 25 février 1916 (numéro d'enregistrement 16612) et affecté au dépôt du 77e régiment d'infanterie de la brigade toscane. Arrivé dans la zone de guerre en mars, il fut immédiatement libéré pour myopie sur décision de l'hôpital militaire de Brescia[1].
Dans l'immédiate après-guerre : de la piazza San Sepolcro à Fiume
De retour à Lecco, il se fit le défenseur acharné de l'interventionnisme et reprit contact avec Mussolini en devenant correspondant pour Il Popolo d'Italia, journal dans lequel il attaqua les neutralistes[1]. La socialiste Maria Coppini Zanini, qui dénonça la « monstrueuse folie de la guerre », dénonça également la propagation d’une violence lexicale sans précédent, en citant les expressions de Morisi, publiées dans Il Popolo d’Italia : « sympathique le coup de canon » ; « écoutant presque avec plaisir cet immense fracas qui a du divin » ; le massacre opéré par la mitrailleuse décrit comme « messidor de vies humaines. »[3] Dans un article intitulé « Ariditismo proletario », publié dans L'Internazionale du 21 juin 1919, Morisi écrivit également que la violence de rue était :
« la guerre qui continue, qui s'étend, qui sort des tranchées et se transporte dans les places, dans les rues, la guerre qui amputera avec le sang de l'humanité souffrante, qui brisera définitivement les chaînes de la servitude ouvrière (…) Ainsi, nous éradiquerons des consciences ouvrières les derniers résidus de lâcheté : seulement la fièvre, avec l'ardeur de la lutte incessante, violente, nous ferons des prolétaires modernes, des combattants, et des arditi de la lutte, qui aux salaires faciles, aux conquêtes commodes, sauront opposer le mépris incessant de la vie, sacrifiée pour la beauté de l'idéal. »[4]
En 1919, Morisi s'installa à Milan, où, en plus de poursuivre son travail de reporter pour le journal de Mussolini, devint rédacteur en chef de La Diana Garibaldina, le nouveau magazine bimensuel de la Fédération nationale Garibaldina[1]. Le 23 mars 1919, il participa à la réunion sur la piazza San Sepolcro, dont il fut l'un des protagonistes avec la présentation d'un ordre du jour, approuvé par acclamation, qui applaudit les « travailleurs de Dalmine et de Pavie qui, dans leurs luttes de classe légitimes, n'ont pas négligé leurs devoirs envers la nation. » Nommé membre du Comité central, il rejoignit, en mai de la même année, le Secrétariat national des Faisceaux de combat, nouvelle organisation dont il se fit un actif propagandiste à Stradella, Modène, Plaisance, Lugo, Ferrare et Ravenne[1].
En septembre, alors que Gabriele d'Annunzio occupe Fiume, Morisi quitta Milan avec quatre compagnons pour la ville d'Istrie, avec deux camions chargés de pneus d'avion et d'huile lubrifiante. Une fois à Mestre, les cinq réussirent à monter à bord d'un bateau à vapeur pour Pola, à bord duquel ils évitèrent le contrôle des Carabiniers[1]. Morisi resta longtemps à Fiume, revenant plusieurs fois pendant la régence de D'Annunzio. De retour de Fiume, Morisi, en tant que secrétaire administratif du Parti fasciste de Milan (en juillet 1920), organise, avec Mussolini, une réception pour les légionnaires revenant des Balkans dans le hall du Teatro Lirico[1].
Fascisme padouan et carrière durant le régime
Au printemps 1921, après avoir pris le commandement du Parti fasciste de Milan, il mène la campagne électorale où il recueille plus de cent vingt mille voix. Il s'installe ensuite à Padoue en décembre suivant, appelé à diriger les fascistes locaux ; secrétaire fédéral à Vicence, il redevint la figure de proue du fascisme padouan lorsqu'il participa, fin octobre 1922, à la marche sur Rome[1]. Sa direction fut marquée par son attitude conciliante envers l’Agraria (organisation des propriétaires terriens) avec laquelle il tenta de construire une relation de collaboration[5]. Il proposa lors d'une réunion la création d'une fédération agricole des travailleurs de la terre dans la province, afin de construire un pont vers l’Agraria et de mettre fin aux affrontements[5].
Ayant démissionné de son poste en janvier 1923, il fut employé en juillet 1924 à Vintimille à l'Office d'émigration en tant qu'employé. Devenu propagandiste pour les Fasci Italiani all'Estero, il organisa plusieurs cycles de conférences sur le thème du corporatisme dans divers lieux en France comme à Moyeuvre-Grande où il déclarait que « le fascisme, né du peuple, œuvre pour le peuple. »[6]
Pendant la Seconde Guerre mondiale, en avril 1941, à la suite de l'occupation italienne de la côte adriatique et du démembrement consécutif de l'État yougoslave, la ville de Kotor (dans l'actuel Monténégro) et ses environs furent annexés au Royaume d'Italie, formant la province du même nom. Morisi fut choisi pour occuper le poste de secrétaire de la ville fédérale[1]. Entre mai 1941 et avril 1942, il fut membre d'office du Conseil national du Parti national fasciste (PNF), mais aussi conseiller national de la Chambre des faisceaux et des Corporations[1]. Après la chute du régime en 1943, il rejoint la République sociale italienne (RSI) durant laquelle il occupa le poste de chef provisoire de la province de Pescara, poste qu'il occupa jusqu'au 16 janvier 1944[1]. Il décéda en juin 1946.