Cencelle
site archéologique médiéval en Italie
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Histoire du site
Selon le Liber pontificalis, la ville est fondée par le pape Léon IV le afin d’abriter les habitants de Centumcellae (Civitavecchia) et l’évêché de la ville[1], rendant ainsi la ville moins vulnérable aux razzias des Sarrasins opérant en mer Tyrrhénienne[2]. Selon la biographie papale, la nouvelle ville est baptisée Leopoli (Léopolis, ville de Léon), mais la ville est toujours appelée Centumcellae - civitas o castrum centumcellensis, nom qui évolue en Centucelle - Cincelle - Cencelle.
La ville est créée sur un embranchement de la via Aurelia, sur un site en hauteur facile à défendre entre le fleuve du Mignone et de son affluent le Melledra. Ce site avait déjà été occupé à l’époque étrusque[2]. Au moment de la fondation, le mur d’enceinte, une église, le palais épiscopal avec le cimetière sont construits en pierre, et les habitations sont construits en bois[2]. Celle-ci ont été progressivement remplacées par des constructions en maçonnerie.
L’église, placée sous le patronage de saint Pierre, est reconstruite et agrandie entre la fin du XIe et le début du XIIe siècle[2].
La ville est endommagée par le tremblement de terre de 1349, ce qui a nécessité des restaurations des principaux édifices[2]. La ville décline progressivement jusqu’à être abandonnée au début du XVe siècle[3]. Dans la seconde moitié du XVe siècle, la zone urbaine est utilisée pour l’exploitation des mines d’alun des monts de la Tolfa[4]. Au XVIIe siècle, Cencelle devient le centre d’une vaste exploitation agricole[2].
Le site est l’objet de campagnes de fouilles à partir de 1994, dirigées par Letizia Pani Ermini de l’université la Sapienza en collaboration avec plusieurs autres universités et instituts de recherche[5]. Francesca Romana Stasolla puis Giorgia Maria Annoscia ont ensuite dirigé les fouilles.
Description
Les fouilles ont permis de dégager plusieurs ensembles, dont des bâtiments artisanaux, un quartier d’habitation, un pôle noble, un pôle religieux.
L’enceinte de la ville était dotée de tours de plan rectangulaire et percée de trois portes. La rue principale courait entre la porte occidentale et la porte orientale (via carraria). Au centre, vers le sommet de la colline, la rue s’élargissait dans une place (platea comunis), entre l’église San Pietro au sud et le palais civique au nord.
L’église San Pietro, qui remplace un édifice antérieur, est reconstruite en style roman entre la fin du XIe et le début du XIIe siècle. S’ouvrant par un portail central, elle comporte trois nefs et un chevet à trois absides. La nef centrale est pavée d’une mosaïque de style cosmati, les nefs latérales de dalles de tuf. Le presbytère est construit au-dessus d’une crypte. Un baptistère s'ouvre dans la nef de droite, dallé de tuf marmoréen et remployant des éléments décoratifs de la première église, dont les fonts baptismaux octogonaux[6].
- La crypte.
- Passage vers la crypte.
- Presbytère.
L’église n’est plus utilisée pour le culte entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle ; un four est installé dans la nef de gauche pour fabriquer les cloches et la crypte est utilisée pour la transformation de produits agricoles[6]. Quelques sépultures ont été retrouvées dans l’église, le long des murs latéraux ; une zone d’inhumation a aussi été retrouvée à l’est de l’église. Son usage reste important même après la fin de l’utilisation de l’église[7].
Le palais civique se compose de plusieurs bâtiments, construits séparément, probablement au-dessus de structures préexistantes, et réunis au fur et à mesure : une tour (XIIe siècle), une maison-tour et un palais public avec une cour et une fontaine (fin XIIe et début XIIIe siècle), un atelier céramique. À la fin du XIVe siècle, en lien avec les restaurations dues au tremblement de terre de 1349, l’atelier cesse de fonctionner et le palais est restructuré[8].
Les fouilles, croisées avec les sources iconographiques, ont permis d’obtenir des informations sur la vie quotidienne absentes des sources textuelles. Par exemple, les femmes sont totalement absentes des sources écrites ; les sépultures ont permis, par analyse du système musculo-squelettique, de déterminer des activités genrées, le squelette des femmes étant marqué par des activités domestiques et artisanales, celui des hommes par un travail agricole. Les femmes ont ainsi pu fabriquer au domicile une partie de la céramique utilisée pour la cuisson et le service, comme les testelli (plat qui pouvait être utilisé pour la cuisson du pain sur les braises mais aussi pour le service à table)[9].
Le cimetière est exempt de sépulture de catastrophe. Les corps étaient inhumés simplement enveloppés d’un linceul, avec les vêtements et les bijoux du défunt[9].
Économie
La ville était insérée dans les circuits commerciaux régionaux : elle était fournie en poisson par les pêcheries situées sur le Mignone et la côte tyrrhénienne. Des ateliers de meuniers, de forgerons, de potiers, des tavernes se trouvaient dans la cité. Un céramiste produisait de la faïence au milieu du XIIIe siècle. Des activités de tissage sont aussi attestées[9].