Centre-Sud (Montréal)
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Au temps de la Nouvelle-France, alors que la ville est fortifiée, un espace à l'est de ses murs se développe tranquillement et finit par prendre la dénomination de Faubourg Québec. Le site est nommé ainsi, car c'est par là que les voyageurs en provenance de Québec devaient passer pour se rendre à Montréal. C'est à cet endroit également que les rapides du courant Sainte-Marie dans le fleuve Saint-Laurent empêche les canots et les voiliers de remonter plus loin, d'où la désignation du Pied-du-Courant.
La famille Molson s'installe dans le quartier en 1782, dans une petite brasserie appartenant à Thomas Loyd. La brasserie Molson devient la plus ancienne brasserie en Amérique du Nord encore en activité.
C'est en 1824 qu'un premier bateau à vapeur parvient à franchir les rapides. La flotte de Molson contribuera au transport des passagers et du courrier.
Le chemin du Roy est devenu la rue Notre-Dame tandis que le ruisseau Saint-Martin est canalisé sous la rue Saint-Antoine[1]. Autour de la brasserie, des habitations de prestige sont construites. Une prison, le Pied-du-Courant, est également édifiée, un peu plus à l'est.
Désignation
On appelait autrefois le Centre-Sud « le Faubourg à m’lasse », en référence à ses usines de mélasse aux puissants effluves. Une autre expression, « Le Bas de la ville », est encore utilisée. L’appellation « Les Faubourgs », dans un esprit de revitalisation urbaine, fait aujourd’hui surface. « Terrasse Ontario » désigne quelquefois les rues résidentielles montant vers la rue Sherbrooke.
Caractère
Un des éléments architecturaux les plus anciens du quartier est la Prison du Pied-du-Courant où furent notamment emprisonnés les rebelles patriotes (1837-1838), dont certains furent exécutés sur place (notamment Chevalier de Lorimier)[2] et Charles Hindenlang.
Le cadre bâti ancien du quartier est surtout constitué de multiplex à trois étages datant de la fin du XIXe siècle. Parmi les éléments caractéristiques de cette typologie encore largement répandue dans les rues résidentielles, on note l’alignement sur rue, les mansardes et les traditionnelles portes cochères.
La crise économique des années 1930, doublée de conditions sanitaires difficiles pour les familles ouvrières résidant dans le quartier, a mené à la construction de bains publics (Bain Généreux, Bain Mathieu, Bain Quintal) dont la plupart ont aujourd'hui été affectés à d'autres vocations mais qui peuplent néanmoins toujours la topographie du quartier[3].
Dominé par la masse harmonieuse du pont Jacques-Cartier, le stock bâti de cette époque a fortement été mis à mal, entre autres par la désindustrialisation du centre de la région métropolitaine, le transfert vers l’est du Port de Montréal et les opérations urbaines lourdes, notamment celles liées à la voirie. La situation géographique du Centre-sud, à la porte du centre-ville, le place au cœur des voies de communications. Ainsi, l’élargissement du boulevard René-Lévesque, la construction de bretelles d’accès au pont Jacques-Cartier, la vocation autoroutière de la rue Notre-Dame Est, ont forcé l’expropriation de centaines de foyers et la démolition complète d’îlots. D’autres opérations d’envergure, comme l’implantation dans les années 1960 et 1970 d’immenses sièges d’institutions au caractère fonctionnaliste, ont aussi fragilisé le tissu social et bâti du quartier. De graves incendies – le quartier a été le plus sévèrement touché par la grève des pompiers de 1974 – ont laissé de nombreux terrains vacants au milieu des rangées de plexes victoriens. Ces espaces ont été transformés en «parcs de poche» ou en jardins communautaires[4]. De nombreuses ruelles vertes, apparues à partir des années 2000 à l'initiative des résidents et d'Éco-quartier, aident à lutter contre les nombreux îlots de chaleur du quartier.
Le bunker des Rock Machine est situé au Centre-Sud de 1992 à 1997[5].
En parallèle, de récents projets de logements sociaux et coopératifs ainsi que plusieurs immeubles de condominiums ont vu le jour dans les dernières années et plusieurs autres sont en voie de réalisation. De nombreux terrains vacants restent toutefois à combler.
Économie et héritage industriel

De nombreux témoins de l’âge d’or industriel subsistent dans le cadre bâti. Certains demeurent condamnés, tandis que d’autres ont été réaffectés à de nouveaux usages. Par exemple, une partie des installations de l’ancienne usine Molson a été démolie pour laisser place au développement du Quartier de la Molson, un projet immobilier[6]. D’autres, comme l’usine Grover, ont été recyclés en ateliers pour artistes — musiciens, plasticiens, concepteurs de décors et de costumes, etc.
En plus des grands réseaux de radio et de télévision, les sièges de grandes institutions se greffent au quartier : la Sûreté du Québec, Énergir (Gaz Métropolitain), la Confédération des syndicats nationaux, la Société des alcools du Québec et les bureaux montréalais du ministère de l’Éducation du Québec.
Cité des ondes

Le projet de « Cité des ondes » mis de l'avant par l'administration Drapeau concentre trois des quatre grands réseaux de télévision francophone du Québec :
- le Réseau TVA ;
- la Société Radio-Canada ;
- Télé-Québec, ont leur siège dans le Centre-Sud.
La Cité des ondes est à l'origine de cette concentration, à laquelle s'ajoutent de nombreuses autres chaînes télévisées et radiophoniques.
Enjeux sociaux
Le Centre-Sud est un quartier populaire à forte population défavorisée et aux écarts de revenus très importants. Ses origines ouvrières, sa proximité du centre-ville, la gentrification soutenue des quartiers adjacents et les nombreuses fractures urbanistiques infligées à son tissu urbain depuis les années 1950 en font l'un des quartiers les plus sensibles et complexes de Montréal. Sur la rue Ontario se trouve l'un des organismes les plus célèbres, « Dans la rue », qui a été fondé par le père Emmett Johns, surnommé Pops.


