Centre des femmes de Montréal
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Le Centre des femmes de Montréal (anciennement Centre d’information et de référence pour femmes) est un centre communautaire qui a pour mission d’accueillir les femmes, de les renseigner et de les accompagner dans diverses démarches en leur fournissant des services adaptés à leurs besoins (aide légale, aide administrative, aide à l’emploi…).
Origine et évolution
En 1972, un groupe de femmes se regroupe pour écrire une rubrique féministe dans le Logos, un journal clandestin montréalais. Le but était de montrer la réalité des femmes et de les informer sur différents enjeux. Face à l’ampleur des demandes de renseignements, Mona Forrest et Jackie Manthorpe décidèrent d’ouvrir un local où les femmes pourraient venir chercher les informations, être conseillées et orientées en étant accueillies par des personnes de confiance[1]. Après l’obtention d’une bourse, le centre ouvre sous le nom du Centre d’information et de référence pour femme (CIRF). Rapidement, le centre met en place une ligne téléphonique pour répondre efficacement aux demandes. Le centre favorise une approche globale plutôt que spécifique. Cela lui permet de se pencher et d’aider sur différents dossiers . Les services proposés sont en adéquation avec les demandes. Le centre évolue en fonction des femmes, mais également en fonction des transformations de la société qui amènent de nouvelles problématiques. L’objectif principal est “d’aider les femmes à s’aider elles-mêmes”. Le centre fournit les ressources nécessaires pour encourager l’autonomisation des femmes[2]. Chaque année, le centre reçoit 30 000 appels et accueille en moyenne 100 femmes par jour[3].
Missions et services
Le centre vise à soutenir les femmes dans le besoin. Il est habilité à intervenir dans divers domaines comme les violences conjugales, l'intégration des femmes immigrées ou autochtones ou encore la lutte contre la pauvreté[2]. Les services rendus sont influencés par le contexte social et les demandes qui en découlent. En 1974, le besoin d’information se fait savoir. Le centre crée les Pages jaunes des femmes de Montréal. C’est un annuaire qui regroupe les informations et contacts d’associations, de services d’aides légales, de services de santé ou des maisons d’hébergement d’urgence pouvant être utiles à la communauté de femmes. L’annuaire est rédigé en français et en anglais[4]. Le centre soutient également les actions politiques visant l’amélioration de la condition féminine. En 1975, le CIRF appuie le boycottage de la campagne ‘Why Not’ organisée par gouvernement pour l’année internationale de la femme. Les mouvements féministes dénoncent une hypocrisie de la part d’un gouvernement qui ne soutient pas la cause assidûment. En guise de protestation, le CIRF encouragea les femmes à renvoyer leur badge ‘Why Not’ au Secrétaire d’État concerné[5]. Le centre est un organisme polyvalent qui fournit des services en fonction des demandes des femmes. Celui-ci propose des ateliers d’arts martiaux, des ateliers de budgétisations pour les nouveaux arrivants, ou encore des classes de français. Il y a autant de services offerts que de problématiques répondues[1].
Contexte social
Une révolution féministe
Entre 1960 et 1980, le Québec connaît d’importantes transformations sociales issues de la Révolution tranquille[6]. Ce contexte de modernisation et de remise en question des autorités religieuses et patriarcales favorise l’émergence de nouvelles possibilités d’action pour les femmes. Dès la fin des années 1960, la revendication d’autonomie devient un enjeu central du mouvement féministe québécois. Les militantes cherchent à reprendre le contrôle sur leur vie personnelle, économique et reproductive, en abandonnant les formes traditionnelles d’aide sociale héritées des décennies passées[7].
La création de la Fédération des femmes du Québec (1966) constitue une première étape vers une structuration politique collective. Dans le même temps, des groupes comme le Front de libération des femmes (1969) conçoivent la lutte féministe comme une remise en question globale des rapports de pouvoir, en établissant un lien entre la domination patriarcale, l’exploitation économique et la dépendance politique du Québec[8]. Ces initiatives marquent le passage d’un féminisme réformiste à un féminisme de rupture[9].
Dans ce contexte, la création du CIRF en 1973 participe à la structuration des ressources féministes en offrant un lieu centralisé d’information, d’orientation et de documentation répondant à un besoin croissant de coordination du mouvement[1]. Les années 1970 voient la multiplication de telles initiatives, liées à des revendications concrètes, soit le droit à la contraception et à l’avortement, la reconnaissance du travail domestique et la création de garderies populaires[10]. Ces luttes traduisent un changement important car les femmes s’approprient collectivement les moyens de connaissance, de communication et d’action publique[7]. Le développement du CIRF s’insère ainsi dans un contexte où les groupes féministes cherchent à établir des bases matérielles et organisationnelles pour soutenir leurs actions[2]. Le centre exprime cette volonté d’autonomie, mais cette indépendance, considérée comme une remise en cause des modèles hiérarchiques et religieux, provoque une opposition grandissante au Québec.
Mouvements opposés
À partir du milieu des années 1970, les critiques envers le féminisme se sont multipliées au Québec. Les gains obtenus par les femmes en matière d’éducation, de travail et de droits reproductifs ont provoqué une contre-mouvement idéologique et social[11]. L’antiféminisme s’est manifesté sous plusieurs formes dont la dénonciation du militantisme dans les médias, des pressions politiques et, dans certains cas, des attaques directes contre les infrastructures du mouvement. Les espaces autonomes créés par et pour les femmes sont devenus des cibles symboliques, perçus comme des menaces à l’ordre social établi[12].
Le CIRF illustre concrètement cette tension. Entre 1976 et 1978, le centre a été victime de plusieurs attaques de vols, vandalisme, puis un incendie criminel qui a détruit complètement ses locaux et son centr de documentation. Ces attaques visaient à fragiliser le réseau de coordination et la visibilité du mouvement féministe. La disparition de documents, d’archives et d’outils d’information a nui directement à la mémoire collective et à la capacité d’action du centre. Malgré ces contraintes, la réaction du CIRF met en évidence un resserrement de la coopération avec d’autres groupes de femmes et une gestion désormais collective des ressources et des espaces[2].
Notes et références
- 1 2 3 (en) Ruth Roach Pierson, Marjorie Griffin Cohen, Paula Bourne, and Philinda Masters, Canadian women’s issues: Volume I: Strong Voices, Toronto, James Lorimer & Company., , 460 p., p. 39
- 1 2 3 4 « L’entraide au féminin : le Centre des femmes de Montréal », sur Encyclopédie du MEM, (consulté le )
- ↑ « Centre des femmes de Montréal : une ressource pour toutes les femmes », sur www.port-montreal.com (consulté le )
- ↑ « BAnQ numérique », sur numerique.banq.qc.ca (consulté le )
- ↑ Branching out ( 1975, novembre /décembre). Why Not ? Because… . p. 7. The Alberta Women's Memory Project. https://awmp.athabascau.ca/documents/November-December%201975.pdf
- ↑ Lamoureux, D., & Dupuis-Déri, F., Les antiféminismes : Analyse d’un discours réactionnaire, Montréal, Qc, Éditions Remue-ménage,
- 1 2 Conseil du statut de la femme, « Pour les Québécoises : égalité et indépendance. », (consulté le )
- ↑ Brabant, A, « Mouvements de femmes et organismes communautaires à Montréal », (consulté le )
- ↑ Emilie Goulet, Comment comprendre les transformations du mouvement des femmes au Québec ? Analyse des répercussions de l’antiféminisme, Université de Montréal,
- ↑ Girard, É., « Les organismes communautaires, tisser le lien social à Montréal. », (consulté le )
- ↑ Baillargeon, D., Brun, J., & Lebel, E., « « J’vois pas pourquoi j’travaillerais pas » : Le travail salarié des femmes mariées à l’émission télévisée Femme d’aujourd’hui (Société Radio-Canada, 1965–1982) », Recherches Féministes, vol. 30, no 2, , p. 75-93 (lire en ligne)
- ↑ Moss, J., « Living with liberation: Quebec drama in the feminist age », Atlantis, vol. 14, no 1, , p. 56-65 (lire en ligne)