Cercueil de Nedjemânkh
cercueil doré de la fin de la période ptolémaïque d'Égypte antique
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Le cercueil de Nedjemânkh est un cercueil doré de la fin de la période ptolémaïque d'Égypte antique. Il a servi à abriter la momie de Nedjemânkh, un prêtre du dieu-bélier Harsaphes.
| Cercueil de Nedjemânkh | |
Détail du cercueil de Nedjemânkh | |
| Dimensions | 181 × 53 × 28 cm |
|---|---|
| Matériau | Cartonnage (lin, colle et gesso), gesso, peinture, or, argent, résine, verre, bois, bronze plombé |
| Fonction | Sarcophage |
| Période | Entre 150 et 50 av. J.-C. |
| Culture | Égypte antique |
| Date de découverte | 2011 |
| Lieu de découverte | Égypte |
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Le cercueil a été acheté par le Metropolitan Museum of Art de New York en 2017 et a été au centre d'une exposition intitulée Nedjemankh and his Gilded Coffin (« Nedjemânkh et son cercueil doré »)[1], mais il a été rapatrié en Égypte en 2019 avant la clôture initialement prévue de l'exposition[2].
Description

Le cercueil mesure 181 cm de long, 53 cm de large et 28 cm de profondeur[3]. Il est fait d'un assemblage de cartonnage (lin, colle et gesso), de peinture, d'or, d'argent, de résine, de verre, de bois et de bronze plombé[3][réf. incomplète]. Il est recouvert de vignettes ou d'images représentant des incantations funéraires du Livre des Morts. La pesée du cœur face à la plume de Maât ou l'embaumement sont des scènes funéraires courantes en Égypte antique. Une inscription évoque aussi l'or et l'argent.
À l'intérieur du couvercle se trouve une représentation de Nout, la déesse du ciel, partiellement recouverte de feuille d'argent[3]. En bas du cercueil est représenté le pilier Djed[3], un hiéroglyphe représentant la stabilité et la colonne vertébrale d'Osiris, le dieu de l'au-delà. Selon le Livre des Morts, le pilier Djed placé sur une momie ou à proximité permet au mort de retrouver sa colonne vertébrale dans l'au-delà, mais aussi de ressusciter de la même manière qu'Osiris[4].
Comme sur la plupart des cercueils (ou sarcophages) égyptiens, les inscriptions ne représentent pas seulement le Livre des Morts, mais parlent aussi de l'identité du défunt, de ses titres et des grandes actions qu'il a réalisées de son vivant. Le cercueil de Nedjemânkh liste ses différents titres, qui sont tous des titres de prêtre, suggérant qu'il s'est voué au culte de Harsaphes : « prêtre », « prêtre sameref », « prêtre qui orne l'image divine », « prêtre de Harsaphes-qui-réside-en-Héracléopolis »[5]. Le sarcophage étant destiné à servir d'abri au défunt qui y vivrait spirituellement dans l'au-delà, les Égyptiens, du moins les plus riches, prenaient soin de décider de la création de leur cercueil et de ce qui devait y être inscrit. Nedjemânkh s'est assuré que son cercueil porterait un hymne évoquant l'or et l'argent comme « la chair des dieux », et qu'il serait décoré de ces deux métaux précieux, l'or à l'extérieur et l'argent, plus précieux dans l'Égypte antique, à l'intérieur[5] : selon les croyances égyptiennes, cela devait permettre au défunt de devenir divin dans l'au-delà[5].
Provenance
Le cercueil de Nedjemânkh a été pillé en Égypte en 2011, en profitant des troubles de la Révolution égyptienne de 2011 (également appelée avec d'autres révoltes Printemps arabe)[6]. Il a ensuite été restauré à Hambourg et vendu avec de faux documents certifiant son origine[2],[7]. Le Metropolitan Museum of Art de New York l'a acheté en juillet 2017 d'un marchand d'art parisien[1] expert en archéologie méditerranéenne (particulièrement des « civilisations grecque, romaine, égyptienne et du Proche-Orient »)[8], Christophe Kunicki[9], pour environ 3,5 millions d'euros[2].
Les faux documents certifiant l'origine du cercueil de Nedjemânkh affirment qu'il a été exporté d'Égypte en 1971 avec l'autorisation du Département des Antiquités, qu'il a appartenu à Habib Tawadrus, le propriétaire de la société Habib & Company au Caire, également marchand d'art, et qu'il a été envoyé en Suisse par ses héritiers[10]. L'exportation aurait été faite par un représentant des héritiers de Habib Tawadrus, qui a fourni une traduction du permis d'exportation délivré en 1971 par l'ambassade allemande au Caire[10]. L'Égypte autorisait l'exportation de certaines antiquités jusqu'à la loi de protection des antiquités promulguée en 1983[11]. Le Metropolitan Museum avait été assuré que le cercueil était demeuré en possession des héritiers jusqu'à sa vente au musée en 2017.
Retour en Égypte
Le , une photo de Kim Kardashian prise avec le cercueil lors d'un gala au musée est diffusée sur Internet, et attire l'attention de Matthew Bogdanos, expert en lutte contre le trafic d'antiquités au bureau du procureur de Manhattan, qui découvre la véritable origine de l'artefact grâce au témoignage de l'un des pillards[7], souhaitant se venger de ses complices qui ne l'avaient pas payé[12]. En , le Metropolitan Museum est approché par le bureau du procureur de Manhattan qui lui donne les preuves que le certificat d'origine du cercueil de Nedjemânkh était un faux. D'autres enquêtes ont ensuite montré que le cercueil avait été volé en 2011 et que son historique était inventé de toutes pièces[8],[11]. Le musée publie un communiqué le [7] avant de fermer l'exposition Nedjemankh and his Gilded Coffin qui lui était consacrée et qui était prévue jusqu'en [8], et à l'automne 2019, le cercueil est rendu au département des antiquités égyptiennes[11],[7]. Il est exposé au musée national de la civilisation égyptienne[13].
Après l'annonce indiquant que les certificats d'origine étaient faux, une enquête a été lancée. Le musée a déclaré vouloir « poursuivre en justice toutes les parties (…) impliquées dans la tromperie »[14]. La police française soupçonne Roben Dib, un marchand d'art germano-libanais, d'avoir comploté avec Christophe Kunicki pour créer de faux certificats d'origine et blanchir des artefacts volés au Moyen-Orient pendant les troubles politiques du Printemps arabe[15]. Christophe Kunicki et son époux Richard Semper ont été arrêtés pour fraude en bande organisée et blanchiment d'argent[14].