Cercueils personnalisés du Ghana

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Les cercueils personnalisés du Ghana sont en Europe aussi appelés cercueils de fantaisie, cercueils fantastiques ou cercueils proverbiales (abebuu adekai)[1].

Ils se sont développés des palanquins personnalisés qui aujourd'hui ne sont que rarement utilisés dans la Région d'Accra[2]. Les cercueils figuratifs sont faits par certains menuisiers de talent dans la Région du Grand Accra au sud du Ghana. Ces objets colorés qui ne sont pas seulement des cercueils, mais aussi véritables œuvres d'art ont été montrés pour la première fois à un large public occidental à l'exposition Les Magiciens de la terre au Centre Pompidou, Musée National d'Art Moderne de Paris 1989. Les sept cercueils qui ont été exposés en 1989 ont été réalisés par Kane Kwei (1922-1992) et par son ancien assistant Paa Joe (1947). Depuis lors, les cercueils d’art du Ghana ont été montrés dans de nombreux musées et galeries d'art à travers le monde.

Ataa Oko avec sa femme devant un cercueil en forme de bateau, environ 1960.

La raison pour laquelle principalement les Gas qui habitent dans la Région du grand Accra utilisent ces cercueils élaborés pour leurs funérailles est expliquée par leurs croyances religieuses concernant l'au-delà. Ils croient que la mort n'est pas la fin et que la vie continue dans l'autre monde de la même manière qu'il a fait sur terre. Les ancêtres sont également pensés pour être beaucoup plus puissants que les vivants et capables d'influencer leurs proches qui sont encore vivants. C'est pourquoi les familles font tout leur possible pour s'assurer que la personne morte est sympathique à leur égard le plus tôt possible. Le statut social du défunt dépend principalement de l'importance, du succès et de l'utilisation d'un cercueil exclusif pendant un enterrement.

Les cercueils personnalisés sont seulement vus le jour de l'enterrement quand ils sont enterrés avec le défunt. Ils symbolisent souvent les professions des gens morts. Certaines formes représentent aussi insigne royale ou sacerdotale et peuvent avoir une fonction magique et religieuse. Seules les personnes ayant le statut approprié sont autorisées à être enterrées dans ces types de cercueils. Différents animaux, comme les lions, les coqs ou les crabes peuvent représenter des totems du clan. De même, seuls les chefs des familles concernées sont autorisés à être enterrés dans des cercueils de ce type. Beaucoup de formes évoquent également des proverbes, qui sont interprétés des Ga de différentes manières. C'est pourquoi ces cercueils sont appelés alors cercueils proverbiaux (abebuu adekai)[3].

Historique

Palanquin figurarif ; dessin d'Ataa Oko (1918-2012)

Les Cercueils personnalisés se sont développés des palanquins figuratifs qui existaient à Accra déjà dans les années 1930. Mais depuis les années 1950 seulement, ces cercueils figuratifs sont aussi utilisés par les Ga chrétiens[2].Aujourd’hui les cercueils figuratifs sont devenus une partie intégrante de la culture funéraire locale. Quelques personnes croient que Kane Kwei a été l'inventeur de ces cercueils parce que des journalistes les avaient découvert dans son atelier.

Mais des chercheurs, dont les ethnologues Roberta Bonetti[4]et spécialement Regula Tschumi ne croient plus à ce mythe d'origine et elles attribuent l'origine à d’autres charpentiers[5].

Dans un récent article dans le journal African Arts (), Regula Tschumi montre comment les palanquins figuratifs des Ga sont liés avec les cercueils et pourquoi les rois qui utilisent des palanquins étaient aussi enterrés dans des cercueils figuratifs. Ses photos prouvent que les rois Ga ont utilisé des palanquins figuratifs déjà dans les années 1940 à Accra et qu'on ne pourra jamais savoir qui a inventé cette forme d'art extraordinaire[6].

L'idée de fabriquer et d'utiliser ces cercueils sur mesure avait été inspiré par ces palanquins figuratifs dans lesquelles les chefs Ga étaient transportés au début du XXe siècle. Ataa Oko qui est né en 1919 près d’Accra serait l'un de ceux qui aurait commencé autour de 1945 à fabriquer des cercueils personnalisés[7].

Sur le travail des maîtres

Les cercueils figuratifs sont exclusivement réalisés sur commande. Chaque maître emploie un ou plusieurs apprentis qui prennent en charge une grande partie du travail, ce qui lui permet de produire plusieurs cercueils en même temps. Pour leur fabrication, on utilise habituellement du bois local, le wawa. Dans le cas des cercueils de musée, en revanche, on emploie du bois précieux. Tous les travaux de menuiserie sont exécutés à la main. Les cercueils sont réalisés dans un délai de deux à six semaines, selon le degré de difficulté du motif et le savoir-faire des menuisiers. Quand il s’agit de projets très ambitieux, par exemple pour un cercueil en forme d’aigle, de crabe ou de poule ou dans le cas de pièces destinées au marché de l’art occidental, les maîtres menuisiers se font aider par des peintres professionnels d’enseignes. Plusieurs d’entre eux sont également reconnus pour leurs affiches de films ghanéens destinés au cinéma ou au marché de l’art international[8].

Sélection d'artistes

Kudjoe Affutu

Kudjoe Affutu (2007)

Kudjoe Affutu (né en 1985) a effectué sa formation de créateur de cercueils figuratifs auprès de l'artiste Paa Joe à Nungua, dans la région d’Accra. Depuis 2007, il dirige son propre atelier à Awutu (Région Centrale, Ghana), où il réalise des cercueils figuratifs et des sculptures pour des enterrements ghanéens, ainsi que pour des musées d’art et des collectionneurs privés.

En Europe, il s’est fait un nom grâce à sa participation à de nombreux projets d’expositions. Il a collaboré avec des artistes comme Thomas Demand, Saâdane Afif et M.S. Bastian et Isabelle L. Ses cercueils figuratifs et ses sculptures ont été exposés au Centre Pompidou, au Musée Tinguely Bâle, au Nouveau musée national de Monaco et au Musée d'ethnographie de Neuchâtel[9].

Eric Adjetey Anang

Eric Adjetey Anang est un sculpteur de cercueils figuratifs né en 1985 à Teshie au Ghana où il vit et travaille. Depuis 2009 il dirige l'atelier de son grand-père Kane Kwei. Il a participé à plusieurs expositions d'envergure internationale, invité des artistes américains en résidence, été l'objet de plusieurs films documentaires et contribue à des recherches scientifiques.

Paa Joe

Paa Joe 2006

Paa Joe est né en 1947 dans la région de Akwapim (Ghana). Il fait son apprentissage dans l’atelier de Kane Kwei à Teshie, mais quitte son maître dès 1974. En 1976, il ouvre son propre atelier à Nungua. En 1989 il est invité avec Kane Kwei à participer à l'exposition Les Magiciens de la terre à Paris. Depuis lors, ses cercueils sont montrés partout dans le monde. En 2005, ils sont exposés dans la galerie Jack Shainman à New York et Jack Bell à Londres. En 2006, il participe à l'exposition Six Feet Under au Kunstmuseum de Berne. En 2007, il quitte son atelier à Nungua et il ouvre un nouvel atelier à Pobiman près d'Accra où il travaille aujourd'hui[10].

Eric Kpakpo

Eric Kpakpo est un sculpteur de cercueils figuratifs né en 1979 à Nungua, Ghana. Il a fait son apprentissage de 1994 à 2000 dans l'atelier de Paa Joe à Nungua. Ensuite il est resté avec Paa Joe encore six ans avant d'ouvrir son propre atelier de cercueils personnalisés à La, près d'Accra. Depuis 2024 Kpakpo est artist de la galerie d'André Magnin à Paris.

Daniel Mensah

Hello avec son cercueil Oldtimer en 2006

Daniel Mensah appelé aussi Hello, est né en 1968 à Teshie, au Ghana. Il a fait son apprentissage dans l’atelier de Paa Joe à Nungua. Ce n'est qu'en 1998 qu'il ouvre son propre studio à Teshie. Les cercueils de Hello ont été montrés dans plusieurs expositions, comme au British Museum à Londres ou au Sainsbury Art Museum, à Norwich[11].


Ataa Oko Addo

Ataa Oko Addo (1919-2013) de La est un des premiers sculpteurs de cercueils figuratifs et un dessinateur ghanéen d'Art brut. Menuisier de formation, il faisait revivre grâce aux crayons de couleur ses créations originales, mais enterrées : des cercueils personnalisés selon les professions des défunts, des palanquins figuratifs et des esprits. Sa rencontre en 2002 avec l’ethnologue suisse Regula Tschumi est capitale : cette dernière cherche à obtenir des informations sur les sculptures funéraires d’Ataa Oko, désormais invisibles puisqu’elles sont enterrées, et lui demande de les dessiner. C’est ainsi que l’œuvre graphique de ce créateur autodidacte prend naissance et se développe année après année[12].

Galerie

Présence sur la scène internationale

Notes et références

Annexes

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