Chambre aux deniers

Chambre privé d'un fonctionnaire sous la monarchie From Wikipedia, the free encyclopedia

La Chambre aux deniers (en latin camera denariorum) était sous l'Ancien Régime une chambre financière de l'Hôtel du roi agissant comme trésorerie pour les différents services de l'Hôtel. Elle apparaît dès le règne du roi de France Louis IX et disparaît par réforme en 1780.

Compte de l'Hôtel du Dauphin Charles, futur Charles VII (1421-1423).

Héritage de la Camera regis.

La Chambre du Roi (camera regis) était l'espace privé du roi dans son palais. Au début du XIIIe siècle, commence à se mettre en place une séparation entre les services liés à la personne du roi et les services de l'État placés sous l'autorité du roi.

La Chambre du Roi prend place au coeur de l'Hôtel du roi (hospitium regis) au milieu du XIIIe siècle quand on constate les premières ordonnances de l'Hôtel[1] qui fixent la liste des personnes faisant partie de l'Hôtel, leur temps de service, leurs gages ou les prélèvements en nature qu'ils reçoivent.

La Chambre du roi proprement dit accueille les grands officiers de la Couronne avec des fonctions domestiques. Certains de ces grands offices sont les héritiers de ceux créés par les premiers rois mérovingiens puis carolingiens qui eux-mêmes reprenaient des offices existant à la cour impériale pendant l'Antiquité tardive : sénéchal, chancelier, connétable...

Avec le développement de la monarchie, le nombre de ces grands offices a augmenté.
Sous Charles VI, ils comprennent :

Au XIVe siècle selon Paul Lehugeur, l'Hôtel du roi comprend six métiers nécessaires à la personne du roi et au « commun », c'est-à-dire au personnel de l'hôtel — Paneterie, Échansonnerie, Cuisine, Fruiterie, Écurie et Fourrière — et six chambres — la chancellerie, le confesseur, l'aumônier, la chapelle, les maîtres de l'Hôtel et la Chambre aux deniers.

L'Hôtel du roi est réorganisé en profondeur au XVIe siècle pour devenir la Maison civile du roi.

Histoire

Quoiqu'aux premiers temps de la monarchie, le grand chambrier de France avec les chambellans eurent en charge la gestion du Trésor royal et de la chambre du roi, la chambre aux deniers a été créée pour assurer la régularité de la comptabilité et des paiements aux bénéfices des différents services de l'Hôtel puis de la Maison du Roi suite à l'augmentation du nombre d'offices.

« En la Chambre aux Deniers Maistre Guillaume de Peronne fera les payemens par demy an : et Maistre Brice par autre demy an, et commencera ledit maistre, et ne vendra point à court l'un tant comme l'autre fera l'office. S'il y vient, il n'y prandra riens, et celuy, qui fera l'office, mangera à court, et aura deux provendes d'avoine, fer et clou, et aura pour ses varlez, qui ne mangeront pas à court, 16. den. de gaiges par jour, avecques ce 12. den. pour foing et autres choses. Maistre Brice ne se mouvera, et aidera à Maistre Guillaume, et auront unes bouges, où il y aura 2. clefs, où l'en mettra l'argent, et tout l'argent, qui en ladite Chambre sera receus, ils sont tenus le dire à Maistre Ernoul de Soissons Clerc pour le Roy en ladite Chambre, et ainsi ne pourront-ils faire nuls payemens, que ledit Ernoul n'y soit appelez, etc. Item il plaist au Roy que ledit Ernoul monstre par escrit toutes les semaines la recepte faite en la Chambre toute la depense de son hostel, et toutes autres mises comptées par ladite Chambre, etc. Il y aura 2. sommeliers pour ladite Chambre, qui seront en l'escuerie, et portera un des sommiers les bouges à l'argent par chemin, et ira et vendra pour querre argent. Et l'autre sommier portera les escrits du Clerc de la Chambre en un coffre, et en l'autre coffre les registres et escrits du Contrerolleur, et les deux sommeliers, qui merront les 2. sommiers, auront bouche à court, etc. »

 Charles du Fresne du Cange, Glossarium mediae et infimae latinitatis, éd. augm., Niort, L. Favre, 1883‑1887, t. 2.

La Chambre aux deniers de l'Hôtel, même si elle redistribue les ressources financières entre les métiers et chambres de l'Hôtel, ne dispose pas de ressources propres. Elle était financée directement sur le Trésor royal puis sur les aides. Elle était soumise au contrôle de la Chambre des comptes, comme toutes les institutions à caractère financier dépendant de la Couronne, qui veillait aussi à l'application des ordonnances.

Au XVIe siècle se met en place le bureau de la Maison du Roi qui s'occupe de la comptabilité de la Maison du roi[2]

Maîtres de la chambre aux deniers

À partir des premiers Valois, le ou les maîtres de la Chambre aux Deniers réglaient toute la recette et la dépense de l'Hôtel du Roi (fourrage pour les chevaux, nourriture du roi et du commun, boisson, provision de chandelles, draps et draperies...). Il rendait ses comptes aux deux termes de Noël et de la Saint-Jean, assisté pour cela d'un contrôleur. Ils ont été par la suite rendus par procureur. Les comptes étaient divisés en deux parties, la recette et la dépense. Certains de ces comptes parmi les plus anciens sur tablettes de cire sont aujourd'hui conservés à la Bibliothèque nationale de France sous la cote Latin 9023.

« On appelle chez le Roi, Maîtres de la chambre aux deniers, ceux qui sont chargés de solliciter les fonds pour la dépense de la Maison du Roi et de payer les Officiers qui font la dépense. Il y a trois Maîtres de la Chambre aux deniers, qui servent alternativement. Ils assistent aux délibérations du Bureau où se donne l'ordre de la dépense de la Maison du Roi. »

 Antoine Furetière, Dictionnaire Universel, 1690.

« Maistre de la Chambre aux deniers. Est celuy qui manie les deniers qu’on employe pour la despense de bouche de la Maison du Roy. »

 Dictionnaire de l'Académie Française, 1ère éd., 1694.

Suppression

Jeton de compte de la Chambre sous Louis XV (Verdun, Musée de la Princerie).
Extrait du compte des dépenses de la Chambre aux Deniers de Marie-Antoinette, reine de France, en 1783 (BnF Ms. 10417).

Quoique le Régent fit réformer le personnel de la chambre par un édit de juin 1717 (enregistré au Parlement le ) et rétablit deux offices de maîtres en 1718[3] à la fin du XVIIIe siècle, la nécessité de réaliser des économies va amener Louis XVI à diminuer le nombre de ses officiers. Necker[4] proposa de rationaliser les grands offices et de remplacer tous les trésoriers particuliers par un seul trésorier général[5].

Cette réorganisation est entreprise à la suite de la publication de plusieurs édits entre et .

L'édit de janvier 1780 a créé un "Bureau général des dépenses de la Maison du Roi" qui comprenait :

  • 5 commissaires généraux nommés et révoqués par le tout puissant secrétaire d'État à la Maison du Roi et chargés :
    • de la Maison-bouche,
    • des Menus-Plaisirs,
    • des affaires de la Chambre,
    • du garde-meuble de la Couronne,
    • des écuries et de la vénerie
  • 2 maîtres des comptes,
  • 1 premier commis de la Maison du Roi,
  • 1 premier commis des Finances,
  • 1 trésorier général créé par l'édit de ,
  • 1 secrétaire,
  • 1 intendant du Trésor royal.

Dans le budget pour l'année 1788 que présente Jacques Necker à Louis XVI, signé par les contrôleurs du domaine royal, il est précisé que la Chambre aux deniers « était jusqu'en 1780 une Caisse où se payaient toutes les dépenses relatives au service de la Chambre du Roi, et de la Maison, et qui était alors nourrie en nature » [6] et que pour le budget présenté, « on a conservé le titre d'État de la Chambre aux deniers, à tout ce qui concerne le traitement des Officiers et Employés de la bouche du Roi, la nourriture en argent de tous les Officiers de la Maison, la dépense des consommations pour la bouche du Roi, des Enfants de France, de Madame, des Princes du Sang quand ils sont à la Cour, les charrois, le linge, la vaisselle... ».

Assez rapidement, le secrétaire d'État à la Maison du Roi va décider seul pour son travail particulier, et avec chaque commissaire général pour son office particulier. Le Bureau n'était plus qu'une formalité en 1789. Bien que les lettres-patentes du rappellent que les comptes doivent être signés par le grand maître et le grand écuyer de France, c'est, finalement, le secrétaire d'État à la Maison du Roi qui va demeurer seul maître des finances de la Maison du Roi.

Notes et références

Annexes

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