Chang et Eng Bunker
frères jumeaux siamois thaï-américains
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Chang et Eng Bunker ( - ) sont deux Thaïlandais devenus Américains, célèbres pour être à l'origine de l'expression frères siamois, désignant les jumeaux fusionnés humains.
Biographie
Jeunesse
Ils naissent dans le Siam d'alors, à bord d'un bateau fluvial près de Bangkok. Leurs parents sont d'origine chinoise. Leur mère est âgée de 35 ans et a déjà donné naissance à quatre enfants « normaux ». L'accouchement se déroule sans trop de problèmes. Leur mère les allaite tous deux ; ils sont faibles à la naissance, mais Eng se fortifie tandis que Chang reste délicat. Elle a encore quatre autres enfants « normaux » par la suite[1].
Chang et Eng grandissent quasi normalement : ils participent aux travaux quotidiens ; ils accompagnent leur père, un pauvre pêcheur de rivière qui en fait d'excellents rameurs ; ils s'entraînent à courir, sauter et nager avec une coordination parfaite. Devenus grands, ils sont découverts en 1824 par Robert Hunter, un marchand écossais qui les voit canoter, nus jusqu'à la taille (une autre version indique qu'en 1827, à l'âge de 16 ans, ils sont présentés au roi Rama III et qu'à cette occasion, lors de leur séjour à Bangkok, ils font la connaissance de Robert Hunter[2]). En 1828, le commerçant écossais obtient de leurs parents qu'ils puissent partir en tournée d'exhibition en Amérique et en Europe. Ils passent ainsi huit semaines sur la côte est des États-Unis, puis en Europe en 1829, où ils sont exhibés à Londres. Ils sont alors interdits à Paris et en France, car les autorités médicales craignent la possibilité d'impressionner les femmes enceintes et de les faire accoucher de monstres[3],[4].
Carrières
Ils sont de caractère différent. Eng est agréable mais taciturne, militant de ligue anti-alcoolique et joueur d'échecs, alors que Chang, plus petit et physiquement plus faible, agressif et impétueux, aime boire et entraîne son frère dans les bas-fonds de New York[5]. Ils éprouvent une affection et une tolérance réciproques, supportent les épreuves et les petites maladies de l'autre, et « ils surent rendre leurs vies bien plus agréables qu'on aurait pu le penser »[3]. Ils se font tous deux chrétiens et appartiennent à l'église baptiste.

En 1839, ils s'établissent aux États-Unis afin d'acquérir la nationalité américaine et prennent le nom de Bunker. Ils sont exhibés dans le freak show de Phineas Barnum[6]. Dans chaque ville où ils passent, Barnum demande d'abord aux médecins locaux de se prononcer sur une éventuelle séparation. Leur avis est imprimé dans la presse locale, puis Barnum sollicite celui des avocats sur les conséquences légales d'une telle opération, créant ainsi un événement médiatique où chacun donne son opinion. Barnum n'agit cependant que dans un but publicitaire, n'ayant aucun intérêt, bien au contraire, à séparer les frères siamois[7].
Ils deviennent fermiers près de la ville de Mount Airy en Caroline du Nord. En 1843, ils épousent deux sœurs, Sarah et Adélaïde Yates. La vie commune à quatre devenant rapidement difficile, ils décident de vivre dans deux maisons séparées par un ruisseau, mais proches l'une de l'autre[8], et d'y passer alternativement trois jours chez l'une et trois jours chez l'autre[1].
Les deux sœurs ont chacune onze enfants. En 1966, la 5e génération de leurs descendants est recensée. La femme politique américaine Alex Sink, née en 1948, en fait partie. En 2006, leur descendance représente près de 1 500 personnes (toutes générations confondues), dont onze paires de jumeaux (dans la normalité statistique) et aucun jumeau conjoint[9],[8].
Fin
Ils se rendent une dernière fois en Europe (Londres, Paris) pour des exhibitions populaires ou médicales. À Paris, une intervention chirurgicale est envisagée, mais la séparation, jugée impossible à l'époque, n'a pas lieu. Selon certains commentateurs, ils se querellent au sujet d'une « séparation chirurgicale » ; selon d'autres, la véritable raison de cette annonce est publicitaire, à visée financière[3]. Durant le voyage de retour, en 1869, Chang est frappé d'une hémiplégie droite. Il reste paralysé durant les cinq dernières années de sa vie[1].
Chang meurt des suites d'une pneumonie dans la nuit du . En se réveillant, Eng demande que l'on fasse venir leur médecin traitant afin de le séparer du corps de son frère, mais celui-ci arrive trop tard et Eng meurt deux heures après son frère.
Le médecin, nommé Hollingworth, parvient à convaincre la famille qu'une autopsie est souhaitable. Les corps sont examinés à Philadelphie par William Henry Pancoast et Harrison Allen. Il est établi que leurs foies sont reliés. Ce double foie est exposé dans le formol au Mütter Museum de Philadelphie. Ils sont enterrés, non pas dans un cimetière — leur famille craignant que leurs restes ne soient volés — mais sous la cave de leur maison[1].
Description médicale
Jumeaux fusionnés réunis au niveau du sternum et du foie, Chang et Eng Bunker sont un exemple typique de frères siamois dits xiphopages (unis au niveau de l'appendice xiphoïde). 81 % des xiphopages ont un foie commun (leurs foies sont reliés l'un à l'autre). 33 % présentent des malformations intestinales et 25 % des malformations cardiaques [5].
Leur première description médicale a été faite à Harvard en 1829. À cette époque Eng mesurait 1,57 m et Chang 1,56 m. Ils avaient les caractéristiques des Chinois en portant leurs cheveux noirs en longues queues, enroulées trois fois autour de la tête[3].
Selon les témoignages de l'époque, Chang et Eng ressentent une même sensation lorsqu'on touche leur seul appendice xiphoïde, lequel reste suffisamment élastique pour leur permettre de marcher côte à côte. Ils éprouvent simultanément le besoin de manger et de boire. Leurs fréquences respiratoires et cardiaques sont synchrones en dehors de l'effort[5].
Chang qui s'adonnait à la boisson, avait une forte déviation de la colonne vertébrale. Tous deux ne voyaient plus en avant, à force de regarder obliquement vers l'extérieur. Leur point de jonction était une bande de cartilage (processus xiphoïde commun) entourée de tissus cutanés, d'une longueur de 7,5 cm en 1829, et de 11,4 cm en 1869[3].
Tous les grands chirurgiens d'Amérique et d'Europe (comme James Young Simpson en Angleterre, ou Auguste Nélaton en France) ont eu l'occasion d'examiner les frères siamois et de donner leur avis sur les possibilités de séparation chirurgicale. Toutes ces opinions divergentes peuvent être retrouvées dans les plus grandes bibliothèques médicales universitaires.
À l'autopsie, on trouva une liaison hépatique par la bande cartilagineuse où s'inséraient des fibres communes de leurs diaphragmes. Il y avait peu de communications vasculaires entre les deux foies. Les cavités péritonéales et leurs intestins étaient indépendants[3]. L'absence de malformations cardiaques explique probablement leur longévité.
L'appellation frères siamois fut donnée à tous les jumeaux reliés, quel que soit leur site de jonction, car aux États-Unis, cet état fit l'effet d'une nouveauté. Cette appellation était cependant injustifiée, car la situation de tels jumeaux était déjà connue en Europe depuis l'Antiquité[1],[6], notamment par Ambroise Paré, dans son Livre traitant des Monstres & Prodiges (1573) au chapitre IV entièrement consacré à ce sujet.