La chapelle Saint-Jean, dédiée à saint Jean Baptiste, est une chapelle localisée à Hoenheim, dans le Bas-Rhin en France. Située sur la rue principale, à côté de la mairie, elle n'est pas alignée avec les autres bâtiments de la rue, si bien qu'elle est très immédiatement repérable lorsqu'on traverse le village.
Elle aurait été édifiée au XIIe siècle, au centre du village[1], dans la partie la plus en hauteur afin de la protéger des innombrables inondations venant du Ried et de l'Ill[2],[3]. L'essentiel de l'édifice actuel a été réalisé au XVIème siècle[1], en remplacement d'un bâtiment plus ancien.
La tour carrée à trois étages de style roman a été construite au XIIe siècle et est percée d'ouïes géminées, c'est-à-dire deux ouvertures identiques très rapprochées l'une de l'autre, et abrite le chœur. Réunir tour et chœur sous un même toit revenait moins cher que de les ériger séparément. C'est une caractéristique de tradition romane que l'on connaît également dans de nombreuses églises dans le Kochersberg. Le chœur est orienté vers l'Est, vers le soleil levant, comme la plupart des églises construites au moyen âge.
Y sont également conservées deux dalles funéraires datant du moyen-âge, chacune Inscrite MH(2012) au patrimoine mobilier:
la stèle de Maria Elisabeth von Uttenheim, née von Degenfeld, posée vers 1626[4]
la stèle du prêteur royal Jean-Baptiste Klinglin et de son épouse Marie-Anne Françoise Weinemer, posée vers 1721[5]
Historique
Première mention écrite vers 1350
La première mention écrite de ce lieu dédié à saint Jean Baptiste est retrouvée en 1350 dans des documents anciens quand l'évêque Berthold Il de Bucheck légua le village aux Murnhardt. Il est cité que le doyen du Grand Chapître de la cathédrale de Strasbourg, en sa qualité d'ayant-droit dîmier, restait le curé en titre, sans être pour autant le desservant résidant. Des curés à gages, des "Lütt Priester", passaient de paroisse en paroisse.
Cette chapelle était le privilège des Seigneurs de Hoenheim. Au moyen-âge, Hoenheim dépendait de la seigneurie des Rathsamhausen, puis des Uttenheim, puis de l'évêché de Strasbourg et ensuite de la famille des Klinglin dont des pierres tombales subsistent dans la chapelle. Son utilisation est donc probablement passée de chapelle privée à chapelle funéraire. Trois squelettes y furent d'ailleurs découverts en 1910.
Elle renferme encore aujourd'hui la stèle de la tombe dame Marie-Elisabeth de Uttenheim, née de Degenfeld, décédée le à l'âge de 35 ans. Sur la stèle de Marie-Elisabeth d'Uttenheim, l'épitaphe indique:
«En l'an 1626, le 12 décembre, mourut la noble et vertueuse dame Marie-Elisabeth d'Uttenheim, née de Degenfeld, endormie dans la paix du Seigneur à l'âge de 35 ans. Que Dieu lui accorde une heureuse résurrection»[4]
Elle abrite également le monument funéraire du prêteur royal Jean-Baptiste de Klinglin, endormi en 1725, et de son épouse en deuxième noces Marie-Anne Françoise Weinehmer, morte en 1731. Sur la stèle, l'épitaphe en latin est plus difficilement lisible
«HIC IACET [...] MARIA [...] WEIN [...] JOHANN KLINGLIN [...] PACID [...] 1721 DE [...] REQ [...]»[5]
Longue période d'affectations non religieuses
Profanée en 1793 lors de la Révolution, la chapelle servit alors de morgue, et même de hangar pour les pompes à incendie. Seule la cloche, datant de 1669, avait une destination religieuse puisqu'elle invitait les fidèles de Hoenheim à se rendre aux offices et à sonner le glas. Une fêlure a justifié la refonte de la cloche en 1881 par Louis Edel, fondeur de cloches de Strasbourg.
Retour à sa destination de lieu de culte, période protestante
Lors de la séance du , le maire Joseph Wolff et son conseil décidèrent de restaurer la chapelle, servant jusqu'alors de dépôt aux pompiers, et de la confier à la communauté protestante afin qu'un culte puisse être célébré[6]:
„so wird doch der evangelischer Bevölkerung der Weg nach Bischheim erspart bleiben“ (afin d'épargner à la communauté protestante ce trajet vers Bischheim)
Restaurée en 1938-1939, la communauté protestante en fit son lieu de culte. Un culte s'y tenait les samedis soir, de mariages, des baptêmes...
Dans la soirée du vers 19h30, la façade principale s'effondra subitement suite à une rupture de canalisation produite dans la maison voisine. Les dégâts furent considérables puisque par la suite, il fallut démolir toute la nef. Seul le clocher du XIIe siècle était resté intact. L'effondrement fut constaté par le pasteur Georges Bronnenkant et le maire Joseph Bouchesèche. La veille, ils avaient pris la décision de ne pas célébrer de culte dans cette chapelle. Le , le conseil municipal décida de procéder au déblaiement et à l'étaiement du restant de la chapelle. La communauté protestante de la commune fit appel au maire Joseph Bouchesèche afin de trouver un lieu pour les cultes dominicaux. Le , la commission des Arts du Consistoire décida que "la chapelle aura sa forme et son aspect d'antan". Le la décision du conseil municipal fut prise d'engager les travaux d'aménagement et d'équipement.
Le dimanche , la chapelle St Jean, ce "Gloeckel" (clocher) auquel les habitants de Hoenheim tenaient tant, rénovée, fut mise en service solennellement par un culte de dédicace. Le maire André Debes et le pasteur Georges Bronnenkant mirent l'accent sur l'importance de cette journée qui s'inscrivait dans l'histoire de Hoenheim. Le lundi , lors de la St Jean-Baptiste, la paroisse organisa une journée portes ouvertes. La population put découvrir la grande "fresque de la réconciliation " réalisée par le peintre Pavel Čanda (*1930 Prague; +1995 Saverne), ancien élève à l'École des Arts décoratifs de Strasbourg. La fresque, toujours visible aujourd'hui, illustre la prophétie biblique messianique d'Isaïe, chapitre 11 et représente la réconciliation entre des paires de créatures antagonistes au sein de la nouvelle Jérusalem (herbivores, humains et prédateurs cohabiteront paisiblement). En 1978, la paroisse protestante de Hoenheim inaugura sa toute nouvelle Eglise de la Réconciliation, rue des voyageurs, et délaissa la chapelle St Jean.
La chapelle devient le siège de la paroisse orthodoxe roumaine
En 1984 la paroisse orthodoxe roumaine s'installa à la chapelle, avec le père Vasile Iorgulescu. Elle fut embellie par des icônes réalisées par son épouse. Le bâtiment fit l'objet de travaux de rénovation. Puis la municipalité procéda, en 2001, à la reconstruction du clocher. Finalement, la chapelle s'étant rapidement avérée trop petite, la communauté orthodoxe roumaine déménaga en 2006 dans une église mise à disposition par les Sœurs de Marie Réparatrice, rue sainte Élisabeth à Strasbourg.
La ville de Hoenheim attribue l'usage de la chapelle à une œuvre caritative
Depuis 2011 la chapelle abrite le vestiaire de la Conférence Saint Vincent-de-Paul de Hoenheim, association caritative d'utilité publique, au service des personnes isolées ou en situation de besoin d'aide. Fondée en 1833 par Frédéric Ozanam (1813-1853), un jeune étudiant en droit lyonnais, elle est placée sous le patronage de saint Vincent-de-Paul (1581 -1660) car elle se destine à la pratique des bonnes œuvres et à la diffusion de la foi.
Photos
la chapelle vue depuis le parking de la mairie
la chapelle vue depuis la rue, sous la neige
la chapelle avec au premier plan la fontaine de la mairie
's Gloeckel: la cloche encore présente dans le clocher
La cloche sur son mécanisme dans le clocher
Notes et références
12(de) Das Dorf Hönheim - Geschichtliche Notizen [«Notes historiques du village de Hoenheim (non traduit)»], Straßburg i. E., Jul. Manias u. Cie,
↑Jean-Pierre Zeder, Aspects de Hoenheim autrefois .2., Strasbourg, Éditions Oberlin,
↑Jean-Pierre Zeder, L'habitat autrefois, Bischheim, Edité par la Ville de Hoenheim, (ISBN2-9507798-0-6[à vérifier: ISBN invalide])