Charles Coward
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Londres, Angleterre, Royaume-Uni
Londres[1]
| Charles Coward | |
| Surnom | le Comte d'Auschwitz |
|---|---|
| Nom de naissance | Charles Joseph Coward |
| Naissance | Londres, Angleterre, Royaume-Uni |
| Décès | (à 71 ans) Londres[1] |
| Origine | Britannique |
| Allégeance | |
| Arme | artillerie |
| Grade | sergent |
| Années de service | 1937 – 1945 |
| Conflits | Seconde Guerre mondiale |
| Distinctions | titre de Juste parmi les nations médaille Héros britannique de l'Holocauste (à titre posthume) |
| modifier |
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Charles Coward, de son nom complet Charles Joseph Coward, surnommé le Comte d'Auschwitz, né à Londres, au Royaume-Uni, le et mort le à Londres, fut un militaire britannique fait prisonnier par les Allemands pendant la Seconde Guerre mondiale. Après plusieurs évasions échouées, il arriva au camp de prisonniers de guerre britanniques d'Auschwitz, où il fut témoin de nombreuses atrocités commises par les nazis, dont il donna des informations au monde extérieur et aida des détenus déportés autant qu'il le put.
Prisonnier de guerre
Charles Coward naît dans une famille modeste. Il est un cockney de la banlieue londonienne d'Edmonton. Il est militaire en Inde, dans un régiment d'artillerie, jusqu'en 1924, quand il retourne à la vie civile à Londres, en tant que sergent. Il se réengage dans l'armée en 1937[2],[3],[4]. Quand, en été 1939, la guerre menace avec l'Allemagne, il est marié et père de quatre enfants[5]. Dans l'armée, il instruit des recrues et son unité est stationnée en France. Il est légèrement blessé et fait prisonnier près de Calais, le , peu de temps après l'attaque de l'Allemagne contre la France[2],[6],[3].
Coward est détenu dans plusieurs camps de prisonniers et s'évade plusieurs fois mais est chaque fois repris[3],[4]. Il se trouve le plus longtemps au camp appelé Stalag VIII-B, en Pologne, près de la ville de Łambinowice (Lamsdorf en allemand)[7],[3]. Les camps de prisonniers sont administrés par la Wehrmacht, qui respecte dans ses grandes lignes, dans le cas des Alliés occidentaux, la Convention de Genève de 1929 concernant les prisonniers de guerre[8], et la situation des prisonniers est relativement bonne, surtout à partir du printemps 1941, quand ils commencent à recevoir des colis par l'intermédiaire de la Croix-Rouge[9]. Ils peuvent correspondre avec leurs proches, faire du sport, ils ont une baraque aménagée pour organiser des spectacles, une baraque bibliothèque. Les sous-officiers, comme les officiers, ne sont pas obligés à travailler mais peuvent être volontaires pour cela. Ils doivent seulement observer les règles prévues dans la Convention concernant leur comportement. Il y a des tentatives d'évasion qui échouent d'habitude. Elles ne sont punies, conformément à la Convention, que d'une sanction disciplinaire, d'une détention aux arrêts n'excédant pas 30 jours[10].
À Auschwitz

En , le camp de Lamsdorf est divisé en deux. L'appellation de Stalag VIII-B est attribué à un camp près de Cieszyn (en allemand Teschen). Il y a, subordonné à ce camp, un camp de travail de prisonniers de guerre britanniques, E715, situé dans le complexe concentrationnaire d'Auschwitz[11]. En , le commandant Lowe, prisonnier ayant la fonction d'administrateur en chef de la Croix-Rouge à Teschen, choisit Coward pour la fonction d'administrateur de la Croix-Rouge pour le camp E715[12], une autre dénomination de sa fonction étant « homme de confiance ». Il y est le seul sous-officier, représentant des prisonniers, leur porte-parole dans les relations avec les gardiens du camp[13],[3]. Il a aussi le droit de se déplacer, escorté par un gardien, au camp principal et dans les localités proches du complexe d'Auschwitz[14]. E715 est situé assez près d'un chantier où la compagnie IG Farben construit une usine pour la production du caoutchouc synthétique dénommé Buna. Le camp des Britanniques est en même temps à quelques centaines de mètres du camp de concentration Monowitz-Buna, appelé aussi Auschwitz III-Monowitz, où la grande majorité des détenus est constituée de Juifs déportés[2],[15]. Les Britanniques font des travaux dans l'usine ou à sa proximité, par exemple à la construction du système de transport de l'énergie électrique[13],[16]. En étaient utilisés à la construction environ 7 000 détenus d'Auschwitz III, 13 000 ouvriers étrangers réquisitionnés, parmi eux des Français du STO, 8 000 employés allemands d'IG Farben, 600 prisonniers de guerre britanniques et quelques dizaines de prisonniers de guerre italiens[17].
Coward est témoin de nombreux atrocités nazies qui ont lieu à Auschwitz. Il entend des coups de feu venant du camp Auschwitz-III, parfois cinq ou six par semaine[2]. Il voit les équipes de détenus juifs qui travaillent sur le chantier. Ils sont dans un état physique déplorable à cause de la sous-alimentation et vêtus, y compris l'hiver, de leur mince uniforme rayé, forcés à des travaux épuisants et traités avec cruauté par les contremaîtres allemands civils, les SS et les kapos, qui vont jusqu'à tuer, en les battant, ceux qui ne peuvent plus travailler[18],[19],[20],[21]. Il voit l'arrivée de transports de déportés, les cadavres déchargés des wagons et la séparation des aptes au travail, d'un côté, des vieillards et des femmes ayant des enfants, de l'autre[22],[23]. Il apprend, comme les autres Britanniques, que les derniers et ceux qui deviennent inaptes au travail sont tués dans des chambres à gaz et que leurs cadavres sont brûlés dans des fours crématoires. Les prisonniers britanniques aussi en voient la fumée et sentent l'odeur spécifique de celle-ci. Certains Britanniques travaillent aux mêmes endroits que des détenus juifs qu'ils contactent en secret et qui leur parlent de ce qui se passe à Auschwitz. Des ouvriers étrangers, des employés allemands et même des SS en parlent aussi. Coward en entend parler des habitants de la ville d'Oświęcim (Auschwitz en allemand) et le soldat qui l'escorte[24],[25],[26].
Les prisonniers britanniques ont une situation incomparablement meilleure que tous les autres obligés à travailler sur le chantier[27], mais quelques-uns d'entre eux non plus ne sont pas épargnés des coups d'un sous-officier allemand ou de certains employés allemands. Un Britannique est tué par un sous-officier qui lui tire dessus parce qu'il refuse de monter sans l'équipement nécessaire sur une poutre métallique couverte de glace[28],[29],[8].
Coward donne des informations sur ce qu'il constate et apprend, toutes les fois qu'il en a la possibilité, tout d'abord à son supérieur de Teschen. Il le fait par des lettres aussi, en utilisant un code préétabli avec les services d'informations de l'armée britannique dès avant d'être prisonnier. Il les adresse à son domicile mais au nom de William Orange qu'il fait apparaître comme son père, en fait déjà décédé. Sa femme comprend qu'elles sont en fait adressées au War Office (Ministère de la défense) et les y porte[22],[30]. De la même façon, Coward communique des informations à caractère militaire, ce qui sera apprécié après la guerre par le MI9, le service secret britannique d'aide aux prisonniers de guerre[4]. Des représentants de la Suisse, puissance protectrice du Royaume-Uni pendant la guerre[31] viennent deux fois au camp E715 au cours de l'été 1944[15], et Coward les informe eux aussi sur la situation des détenus d'Auschwitz III[32],[33],[15].
Les prisonniers britanniques cherchent à aider les détenus d'Auschwitz III comme ils peuvent : avec une bonne parole, des nouvelles de la guerre, de la nourriture, des cigarettes et des vêtements, en transmettant des messages de leur part vers l'extérieur. Ils font tout cela en secret, parce que c'est interdit, et au risque pour les détenus d'être punis[21],[8]. Une fois, Coward assiste à une scène entre un Britannique et un détenu qui ne tiennent pas compte de ce risque. Le Britannique jette quelque chose au détenu, celui-ci se penche pour le prendre et un surveillant lui tire dessus[34]. Coward demande à la direction d'IG Auschwitz la permission que les Britanniques donnent des vêtements et des chaussures aux détenus mais il essuie un refus[35],[33]. Il y aura aussi, après la guerre, quelques relations sur des prisonniers britanniques qui aident des détenus à s'évader[21].
Coward relatera, entre autres, dans sa déposition pour le procès IG Farben de Nuremberg, une action particulière. Un détenu juif lui parle d'un médecin juif de la marine de guerre britannique, détenu lui aussi à Auschwitz III. Le détenu qui contacte Coward transmet à celui-ci un billet de la part du médecin lui demandant de prévenir sa famille et les autorités britanniques sur sa situation. Coward veut contacter le médecin personnellement. Pour cela, il corrompt un kapo avec des cigarettes pour pouvoir échanger pour une nuit ses vêtements avec ceux d'un détenu. Après la journée de travail, il entre avec la colonne des détenus dans leur camp. Il passe la nuit dans leur baraque, où il voit dans quelles conditions inhumaines ils sont détenus et quelle nourriture ils reçoivent. Ils remportent dans le camp des morts sur le chantier et les tiennent debout à l'appel pour avoir leurs rations. Coward ne trouve pas le médecin et le matin, il sort toujours avec la colonne des détenus[36],[37]. Cette action sera confirmée par deux prisonniers de E715 qui en ont connaissance[4]. Le médecin sera identifié après la guerre comme Karel Sperber (en), un Juif de Tchécoslovaquie réfugié en Angleterre, en service sur un navire britannique coulé par les Allemands. Il est d'abord prisonnier de guerre, puis emmené à Auschwitz III, où il travaille à l'infirmerie[21],[4]. Il n'apprend pas l'action de Coward[38].
En été 1944, les Britanniques sont transférés dans un camp encore plus près de l'usine et du camp Auschwitz III. Leur chemin vers le chantier passe à côté de celui-ci et ils peuvent y voir des détenus pendus, entendre des coups de feu et des cris[39].
Le , les Américains bombardent pour la première fois le territoire du complexe Auschwitz. Voulant détruire l'usine, ils bombardent le camp des Britanniques, qui n'ont pas d'abri adéquat. Coward est vivant mais 39 prisonniers sont tués[40],[15].
En , c'est la période la plus difficile qui commence dans la vie de prisonnier de Coward. Les colis de la Croix-Rouge ne parviennent plus aux prisonniers[15] et leur nourriture est réduite au peu qu'ils reçoivent des Allemands. Le même mois, Coward est envoyé à Teschen, perdant la fonction qu'il avait[41],[3]. En , l'Armée rouge avance en Pologne et le camp est évacué, les prisonniers étant menés en marche vers l'ouest. Le groupe de Coward marche pendant près de trois mois, endurant la faim et le froid jusqu'à ce qu'il arrive à Hanovre. C'est là que Coward devient libre quand la ville est occupée par les Américains. Il rentre chez lui le [42].
Après la guerre
Coward est cité comme témoin à charge au procès IG Farben. Il écrit sa déposition le à Londres et répond aux questions du procureur et des avocats de la défense le devant le tribunal, en relatant les crimes nazis qu'il a constatés et qu'il a appris à Auschwitz[43],[3].
En 1950, Norbert Wollheim (en), un ancien déporté d'Auschwitz III-Monowitz intente, au tribunal de Francfort-sur-le-Main, un procès à IG Farben pour le travail forcé qu'il a subi, et demande des compensations. Coward témoigne en sa faveur le , et Wollheim gagne le procès[44],[3],[45].
Ronald Charles Payne et John William Garrod publient en 1954, sous le pseudonyme John Castle, un roman biographique sur Coward[46]. Sorti en 1962, un film réalisé par l'Américain Andrew L. Stone, intitulé Mot de passe : courage est basé en partie sur ce livre. Le rôle de Coward est interprété par Dirk Bogarde. Coward est consultant au tournage et a aussi une brève apparition dans le film[47].
Coward rencontre à nouveau Wollheim en 1960, dans un épisode dédié à Coward de la série d'émissions documentaires This Is Your Life (C'est votre vie) de la BBC[3],[48].
Coward visite Israël en 1962 et devient en 1965 le premier Britannique reconnu Juste parmi les nations par Yad Vashem[3],[49].
Honneurs posthumes

En 2003, on place une plaque mémorielle sur le bâtiment où habita Coward de 1947 à 1976, et en 2010, le gouvernement britannique le décore post motem de la médaille Héros britannique de l'Holocauste[50].