Il perd sa mère à l'âge de 4 ans. Jusqu'en 1755, Étienne de La Porte est son gouverneur, à qui il rendra hommage dans un de ses livres: «Formant mon âme en même temps que mon esprit, il acquit d'autant plus de droits à ma reconnaissance que je crois que si je valais quelque chose, ce serait à lui que je le devrais.»
À l'âge de 15 ans, il rédige son premier ouvrage, Discours sur la profession des armes. En 1751, son père le conduit à Vienne et le présente à l'empereurFrançois Ier et à l'impératrice Marie-Thérèse, qui le fait chambellan. Le , il épouse à Vienne la princesse Françoise-Marie-Xavière de Liechtenstein.
Après la guerre, il publie deux volumes de théorie militaire, Préjugés militaires en 1780 et Fantaisies militaires en 1783, ainsi que des Mémoires sur les campagnes du prince Louis de Baden, contre les Turcs, & les François en Hongrie, & sur le Rhin en 1787, nourris de son expérience de terrain et ses lectures; il est considéré comme un des meilleurs théoriciens militaires autrichiens de son époque. Nommé grand bailli du Hainaut le et colonel-propriétaire(de) du 30e régiment d'infanterie, il considère les troupes wallonnes comme «les plus vaillantes du monde». En revanche, pendant la révolution belgique, il ne croit pas souhaitable d'armer les paysans et se contente pour eux d'un service de pionniers. Pendant les guerres de la Révolution, il n'exerce pas de commandement, hormis une brève visite à son régiment devant Valenciennes, mais se fait le conseiller du jeune archiduc Charles d'Autriche-Teschen, nommé gouverneur des Pays-Bas autrichiens en 1793. Son Journal et sa correspondance contiennent de nombreux commentaires sur les événements militaires de son temps[1].
Entré en diplomatie, sa sympathie pour les rebelles belges lui en ferme la porte. Lors de l'annexion par la France, en 1792, ses biens sont confisqués. Il ne reverra plus son château de Belœil mis sous séquestre, et s'installe définitivement à Vienne en 1792.
Retraite et dernières années
Il est alors un homme âgé au seuil de la vieillesse (58 ans) et vit assez pauvrement, ne s'occupant plus que d'art et de science. Catherine II, pour améliorer sa situation, le fait feld-maréchal russe et lui donne une terre en Crimée.
Le , à la suite de la confiscation de ses biens lors de l'annexion française, il reçoit une compensation par le recès de la Diète d’Empire[2]. À l'article 11 de la résolution, il est écrit que: «pour la perte de Fagnolle, le prince de Ligne obtient l'abbaye d'Edelstetten comme comté». Il obtint également un siège au conseil impérial (Reichsfürstenrat), au banc des comtes de Souabe, le siège CXXVI (no126). Le , deux ans avant la dissolution du Saint-Empire, il vend Edelstetten au prince Esterhazy de Galantha.
Le crépuscule de sa vie se déroule au moment du congrès de Vienne, dont il devient le «maître des plaisirs». «C'est une chose étrange qu'on voit ici, pour la première fois, le plaisir conquiert la paix», dit-il à son ami et alter ego, le prince de Talleyrand. Auteur du célèbre «Le congrès danse beaucoup, mais il ne marche pas», il annonce sa propre mort (dans sa 79eannée) par: «Il manque encore une chose au Congrès: l'enterrement d'un feldmarschall, je vais m'en occuper.»
Charles-Joseph de Ligne fut membre de la loge bruxelloiseL’Heureuse Rencontre. En 1785 fut fondée la loge Ligne équitable du régiment de Ligne, dont il fut le vénérable maître[4],[5]. Ses funérailles ont lieu en l'église des Écossais à Vienne(en) et il est ensuite inhumé dans la capitale autrichienne.
d'une relation adultère avec «Mademoiselle Fleury» (Marie-Anne-Florence Bernardy-Nones) (, Anvers - , Orly), il eut une fille légitimée en 1810, (Fanny-)Christine - celle que l'on nomme "Titine" dans les chroniques familiales - ( - ), mariée le avec Maurice O'Donnell von Tyrconell(en) ( - ), comte O'Donnell von Tyrconell, dont postérité;
François Léopold (1764-1771);
Louis-Eugène (, Bruxelles - , Bruxelles), marié, le au château de Belœil, avec Louise van der Noot de Duras (, Bruxelles - , Paris, remariée au comte Charles d'Oultremont), dont:
Il avait eu également de ses relations extra-conjugales deux filles, la première (1770-1770) née d'Angélique D'Hannetaire (1749-1822), la seconde, Adèle (1809-1810), née de «Mademoiselle Adélaïde».
Titres
Charles-Joseph de Ligne au Parc d'Egmont à Bruxelles.
Certains de ses livres ont été imprimés, hors commerce, sur son imprimerie privée, installée dans son hôtel bruxellois[8],[9].
Beaucoup de ses textes ont paru en tiré à part et aussi regroupés dans les rares 34 volumes de l'ouvrage intitulé Mélanges militaires, littéraires et sentimentaires[9].
Lettres et Pensées, publiées par Mad. la Baronne de Staël Holstein, Londres, 1809, 2 volumes;
Œuvres choisies du maréchal prince de Ligne, publiées M. de Propiac, faisant suite auxLettres et Pensées du même auteur, publiées par Madame la Baronne de Staël, Paris, 1809, 1 volume;
Fragments de l'histoire de ma vie, manuscrit publié chez Plon par Félicien Leuridant, 2 tomes, Paris, 1928.
Charles-Joseph de Ligne, Œuvres, édition établie et présentée par Roland Mortier, Bruxelles, Éditions Complexe, 2006, coffret composé de 3 tomes (ISBN978-2-80480-081-9).
Fragments de l'histoire de ma vie, 2 tomes, édition établie et présentée par Jeroom Vercruysse, Paris, Éditions Honoré Champion, 2009.
Bruno Colson, «Le prince de Ligne et les mutations de la guerre de 1792 à 1807», Études sur le 18e siècle, no45, , p.45-97 (DOI10.4000/13zrn, lire en ligne, consulté le )
Basil Guy, «Le Prince de Ligne et Voltaire ou (d'après l'air célèbre des Noces de Figaro) «se vuol ballare, signor Voltaire»?», Cahiers de l'AIEF, vol.54, no1, , p.103–113 (DOI10.3406/caief.2002.1451, lire en ligne, consulté le ).
Il était surnommé «le prince rose» (en allemand: «der rosarote Prinz»), en raison de son amour pour cette couleur: ses calèches, sa livrée, son papier à lettres et sa maison de la Mölker Bastei(de) à Vienne, étaient en rose; Source: «www.histoire-empire.org», Le Congrès de Vienne (consulté le )
Marthe Oulié, Le Prince de Ligne; un grand seigneur cosmopolite au XVIIIesiècle, Paris, Hachette 1926.
Claude Pasteur, Le Prince de Ligne: l’enchanteur de l’Europe, Paris, Librairie académique Perrin, 1980 (ISBN226200188X).
Nicolas Joseph Peetermans, Le Prince de Ligne; ou, Un écrivain grand seigneur à la fin du XVIIIesiècle, Liége, Renard, 1857.
Raymond Quinot, Charles-Joseph de Ligne, prince wallon et européen, Gilly, Institut Jules Destrée pour la défense et l’illustration de la Wallonie, 1973.
Frédéric Auguste Ferdinand Thomas de Reiffenberg, Le Feld-maréchal prince Charles-Joseph de Ligne, Bruxelles, Hayez, 1845.
Joseph Schulsinger, Un Précurseur du sionisme au XVIIIesiècle: le Prince de Ligne, Paris, Librairie internationale de langue française, 1936.
Maurice Wilmotte, Le Prince de Ligne et la France Bordeaux, 1916.
Louis Wittmer, Le Prince de Ligne, Jean de Muller, Frédéric de Gentz, et l’Autriche. Paris, [s.n.], 1925; Lévy, 1890.
Groupe d'Études lignistes de Bruxelles Site consacré à la présentation de l'intégrale des 34 volumes des "Mélanges militaires, littéraires et sentimentaires".