Charles Monselet
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Le roi des gastronomes |
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C. Duvergier |
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Adolphe Candé (gendre) |
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Charles Monselet, né le à Nantes et mort le à Paris 9e, est un écrivain, journaliste, chroniqueur, romancier, poète et auteur dramatique français.
Il est, avec Grimod de La Reynière, Brillat-Savarin, le baron Brisse et Joseph Favre, au nombre des premiers critiques gastronomiques français[1].
Fils d’un libraire[2], Monselet a manié des livres avant d'en écrire, et pris, dès l’enfance, le gout des livres et l’amour des lettres. Il passe les neuf premières années de sa vie, dans sa ville natale[a], avant que ses parents n’emménagent à Bordeaux. Après une jeunesse bordelaise, il revient dans sa ville natale en 1852, et fait ses premières armes dans la carrière journalistique, après un apprentissage, comme son père, de compositeur, puis de correcteur, au Courrier de la Gironde[2], pour s’élever des faits divers, à l’entrefilet, puis aux articles dans les petits journaux main, jusqu’à ce que Félix Solar l’appelle à Paris lorsqu’il a fondé L'Époque (1865)[3], où il vit dans la familiarité des écrivains bohème Baudelaire, Théophile Gautier, Albert Glatigny, Alfred Delvau, Charles Bataille, Amédée Rolland, et autres[4]. Il était également un des hôtes les plus assidus de la maison de Victor Hugo, qui lui disait souvent: « Quand je vous écris, à M. Monselet quai Voltaire, j'ai toujours envie de mettre sur l'enveloppe : à M. de Voltaire, quai Monselet[5]. »
L'Époque ayant sombré, il passe à la Presse, et aborde successivement tous les genres : histoire littéraire, bibliographie, théâtre, poésie, romans, nouvelles, feuilletons de théâtre, articles de critique. Il ne refusait rien[2]. Il a fourni des séries de chroniques et de feuilletons au Pays, l'Assemblée nationale, l’Athenœum et la Presse, des études très soignées insérées dans la Revue de Paris, de Laurent-Pichat et de Cormenin, la Bibliothèque galante du XVIIIe siècle, des articles au Constitutionnel, au Monde Illustré, puis au Figaro[3].
Imprégné de l’esprit du XVIIIe siècle, dont il avait les allures, les gouts et tournure d’esprit[6], Monselet a disséminé au jour le jour cet esprit dans des fantaisies au Figaro bihebdomadaire, à l’Événement, puis au Figaro quotidien, où il a mené ses campagnes les plus longues et les plus remarquées, et auquel il a collaboré jusqu’à deux ou trois ans avant sa mort. Laborieux, écrivant très lentement avec grande difficulté, et très mal payé pour des articles, dont la quantité aurait pu emplir une bibliothèque[4]:395, Monselet a excellé dans les petits tableaux parisiens, dont il a formé, par la suite, une galerie : la Lorgnette littéraire, les Tréteaux, le Théâtre de Figaro, les Femmes qui font des scènes, etc. où se retrouve le faire spirituel du portraitiste des Originaux du siècle dernier, mais avec une couleur toute moderne, une observation rapide et exacte[2].
Fin lettré nourri de la lecture des auteurs du XVIIIe siècle, bibliophile passionné[6], il a fait connaitre, dès le début à l’Artiste, et plus tard à la Revue de Paris, les groupes les moins connus de son époque de cette société de beaux esprits. Le premier, il a évoqué et remis en lumière les curieuses physionomies dans les Oubliés et les Dédaignés, réhabilitation pittoresque d’auteurs méconnus du XVIIIe siècle, pointant par comparaison, l’éclectisme des écoles stylistiques du mitan du Second Empire[7]. Il a été l’historiographe d’Élie Fréron et de Restif de la Bretonne, des abbés galants de la Régence et des figures originales ou excentriques qui ont connu un moment de célébrité à la veille de la Révolution de 1789[2].
Sa bibliographie compte une quarantaine de volumes, instantanés littéraires, nouvelles folâtres pleins de couleur, de gaieté et de naturel, romans d'amour et policiers, où la femme a souvent un rôle central, notamment dans la Franc-Maçonnerie des femmes (1856).
Poète, il a exercé une note finement sensualiste avec des vers francs, pleins d’une verve capiteuse et savamment contenue, dans son recueil le Plaisir et l’Amour, appliquant à des sujets contemporains avec une grande habileté de facture, l’art raffiné et galant du XVIIIe siècle[2]. Son poème Les Petites Blanchisseuses a connu une grande notoriété au XIXe siècle. Les journalistes parisiens qui évoquent très souvent ce poème libertin, dans leurs articles parlant des blanchisseuses au moment de leur fête : la Mi-Carême, ne citent jamais que le premier quatrain[8], très correct, qui ne laisse entrevoir la suite :
Les petites blanchisseuses
Que l’on voit, chaque lundi,
Aux pratiques paresseuses
Porter le linge à midi[9]
Il est l'un des auteurs du pastiche Le Parnassiculet contemporain[10], et fut l'ami de Capot de Feuillide, auquel il a consacré une critique favorable dans La Lorgnette littéraire. Dictionnaire des grands et des petits auteurs de mon temps[11]. Un portrait minute, particulièrement saisissant, de Charles Baudelaire, orne, parmi d'autres, cette amusante galerie de portraits[11]:20.
Pour le théâtre, il avait écrit une grande comédie en vers destinée à la Comédie-Française, le Valet de Tartuffe, mais Monselet était plus l’héritier de Chamfort que de Molière. Il a donné une parodie, une revue, un petit acte représenté à Bade, trois actes de comédie en collaboration avec Lemonnier, et l’Ilote, comédie en vers écrite en collaboration avec Paul Arène, représentée au Théâtre-Français[2]. Il faisait la critique théâtrale au Monde illustré[12], et pourtant il mettait rarement le pied dans une salle de spectacle. Quand on lui demandait pourquoi, faisant de la critique théâtrale, on ne le voyait jamais au théâtre : — C'est que, répondait-il, je craindrais de me laisser influencer[5] ! Il a même caressé l’idée de fonder un théâtre dont il aurait été le directeur : le théâtre de la Porte-Montmartre, dans l’esprit de la comédie italienne du siècle précédent, projet jamais entrepris, les mille actions de mille francs demandées au public n’ayant jamais été souscrites[3].
Doté d’un solide appétit[b], ce glouton, à la réputation surfaite[c], a consacré un sonnet au cochon[14] :
Car tout est bon en toi, chair graisse, tripe ;
On t’aime galantine, on t’adore boudin.
Ton pied, dont une sainte a consacré le type,
Empruntant son arôme au sol périgourdin,
Dut réconcilier Socrate avec Xantippe,
Ton filet qu’embellit le cornichon badin
Forme le déjeuner de l’humble citadin ;
Et tu passes avant l’oie au frère Philippe.
Mérites précieux et de tous reconnus ;
Morceaux marqués d’avance, innombrables, charnus ;
Philosophe indolent qui mange et que l’on mange !
Comme dans notre orgueil, nous sommes bien venus
À vouloir, n’est-ce pas, te reprocher ta fange ?
Adorable cochon, animal roi, cher ange[12] !
Aimant à ressusciter les vieilles traditions, à table, il était l’homme du couplet de la fin[12]. Désireux de ressusciter les traditions de Grimod de la Reynière et de Brillat-Savarin, cet épicurien invétéré a publié l’Almanach gourmand (1865), la Cuisine poétique et fondé, en 1858, une revue hebdomadaire consacré à la gastronomie, Le Gourmet, qui n’a connu que 24 numéros de février à aout[15]. Monselet était néanmoins plus sybarite qu’hédoniste, plus bâfreur que bec fin[d] : l’écrivain Eugène Chavette, qui était fils de restaurateur, voulant prouver qu’il n’était pas un gastronome connaisseur, l’ayant invité un jour, en compagnie d'Aurélien Scholl, au Brébant, célèbre pour les repas qu’y organisait l’élite intellectuelle et artistique parisienne, lui a fait servir un repas où les plats ne correspondaient pas au menu imprimé de ce restaurant : les nids d’hirondelles étaient en fait de simples nouilles à la purée de flageolets, la barbue du cabillaud cuit sur un peigne, le coq de bruyère, un petit dindonneau avec de l’absinthe, le Château-Larose, du Mâcon avec quelques gouttes de punch Grassot, etc. Monselet trouva les plats et les crus exquis. Devant le triomphe de Chavette, Monselet dit à ses amis, d’un ton doux et résigné : — J'ai des enfants… ne me perdez pas[13] !
Malgré son ventre proéminent, il s’est battu au pistolet avec Émile Augier et à l’épée avec Théodore Barrière[e], mais à un agent matrimonial, qui insistait pour avoir un duel, il a simplement répondu : « Vous m'embêtez ! je ne veux pas me marier[5] ! »
Atteint d’une affection du cœur environ deux mois avant sa mort, il a été soigné par le Dr Piogey pendant toute sa maladie[12]. Il a laissé quatre enfants : deux fils, André, journaliste qui publiera une biographie de son père ; Étienne, peintre, et deux filles, Clotilde, dite de Monsay au théâtre, et Louise, artiste ainsi que son mari, Adolphe Candé, du théâtre de Saint-Pétersbourg. Il repose au cimetière du Père-Lachaise[f].
Hommages
Il existe plusieurs odonymes portant son nom dont : une rue à Nantes, une rue à Paris et une rue à Bordeaux (d)[18],[19]
Jugements
« C’est le monsieur qui s’est trompé de siècle[6] »