Charles Ramond définit « la philosophie comme "résolution de problèmes théoriques par les moyens du langage ordinaire" », précisant ainsi cette définition : « l'outil de la philosophie est à mes yeux le langage ordinaire, je veux dire par là le langage que nous utilisons tous les jours dans nos conversations courantes ; un langage qui mobilise toutes les subtilités de la rhétorique (allusions, double sens, ironie, mensonge, humour, poésie, parfois méchanceté et même brutalité). C’est pour cela que je m’inscris dans la tradition des philosophes maîtres de l’art d’écrire, de Platon à Derrida, en passant par Rousseau et Nietzsche[3] ».
Il a « connu personnellement Derrida », mais « de loin », d'abord lorsqu'il étudiait à l'École normale supérieure, où il a reçu son enseignement, et « de temps à autre, comme organisateur de conférences », sans pour autant « pouvoir [s]'autoriser d'une réelle familiarité[4] ». Les travaux de Charles Ramond, par leur attention soutenue au langage et à sa musicalité, portent la marque de Derrida, mais aussi de la formation musicale de l'auteur : « je suis plutôt musicien que peintre ; l'oreille plutôt que l'œil, l'entendement plutôt que l'intuition ». Il explique que son intérêt pour la dimension philosophique du langage ordinaire[5] et de la chanson populaire[6], et pour des auteurs contemporains comme Michel Foucault, Gilles Deleuze, René Girard, Alain Badiou, Jacques Rancière et Stanley Cavell, lui vient de sa sensibilité « à la variété des styles et des discours de la philosophie », ajoutant n'avoir « jamais considéré que la philosophie était une pure affaire de logique et d'argumentation ». Il affirme ainsi qu'« on peut parfaitement raisonner sur et avec les termes les plus ordinaires : on peut faire des syllogismes impeccables en parlant de chats ou de marmites », car « il n’y a pas de degrés de conceptualité[3] ». Une telle conception de la philosophie ne sacrifie en rien rigueur, clarté et précision, car « ce "langage ordinaire" doit être mis, pour qui veut philosopher, au service de la résolution de problèmes théoriques ». Charles Ramond soutient que tout problème, théorique ou pratique, demande assurément « de la réflexion, donc de la théorie, pour être résolu. Mais certains problèmes sont uniquement théoriques, c’est-à-dire qu'ils ne peuvent être résolus par aucun autre moyen que par la réflexion[3] ». D'où la nécessité de maîtriser aussi bien la réflexion philosophique elle-même que les ressources du langage qui la rendent opérante – non seulement la logique et les concepts, mais également les figures de style ou la rhétorique, afin d'accéder à toutes les subtilités de la pensée.