Charte d'Albert de Cuyck
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La charte d'Albert de Cuyck est un texte de 1196 par lequel le prince-évêque de Liège Albert de Cuyck confirme et regroupe des libertés octroyées antérieurement aux Liégeois et notamment la liberté individuelle, l'inviolabilité du domicile et le droit d'être jugé par le tribunal des échevins.
L'exactitude de la date de publication a fait l'objet d'interrogations de la part de Georges Depsy, historien et archiviste à l'Université Libre de Bruxelles. En effet, il daterait la Magna Carta liégeoise aux environs de l'an 1230[1].
Avènement d'Albert de Cuyck
En 1194 est élu le prince-évêque Albert de Cuyck mais il ne prit possession de son siège que deux ans plus tard en raison de conditions assez particulières.
L'évêque Albert de Louvain fut assassiné en 1192, son rival, Lothaire de Hochstaden, candidat de l'empereur Henri VI se maintenait à Liège contre tout droit. En , la majorité du chapitre donna néanmoins comme successeur à Albert, Simon de Limbourg et toutes les classes de la société prêtèrent leur appui moral au nouvel élu contre Lothaire et son protecteur. Seul un petit groupe d'impérialistes ne voulut pas reconnaître Simon et fit élire de son côté, en 1194, l'un de ses dirigeants, Albert de Cuyck. Simon décéda en , ce qui permit de résoudre le conflit de manière pacifique.
Causes expliquant l'octroi de la Charte de 1196
La défiance contre lui était des plus vive, et il est naturel de penser que le nouveau prélat dut songer à se rallier l'opinion publique. Il aura saisi avec empressement l'occasion de se rendre favorable la classe déjà importante de la bourgeoisie, en lui confirmant les libertés qu'aucun prince avant lui n'avait consacrées formellement. Tel est du moins ce que l'on croit pouvoir déduire des événements si troublés des années 1192 à 1196.
Par pure habileté, il octroya aux bourgeois de Liège, entre 1196 la charte mémorable qui porte son nom. Nous ne la connaissons du reste pas dans son texte original, mais par le diplôme de l'empereur Philippe de Souabe, qui, le , la reproduisit d'une manière textuelle en la confirmant.
Il jouit alors d'un respect indéniable comme le prouve l'épisode de la venue de l'empereur Otton IV dans la cité. Le duc de Brabant et le comte de Flandre engagèrent vivement les bourgeois de la cité à se prononcer pour l'empereur ; ils l'accompagnèrent même à Liège. Leurs efforts réussirent auprès d'un bon nombre d'ecclésiastiques et de laïques, mais non auprès d'Albert de Cuyck qui se tenait dans la forteresse de Huy. Ce fut de là qu'il prohiba même aux bourgeois de vendre des vivres à Otton. Ce roi partit de Liège vivement irrité contre le prince.
Son haut intérêt historique
La charte tenait à la fois de la constitution, du code de commerce et du règlement de police. Mais, pour la postérité, son intérêt le plus puissant réside en ce qu'elle garantissait plusieurs de ces libertés publiques dont les Belges d'aujourd'hui jouissent seulement en vertu de la Constitution de 1831. Elle les assurait parfois même dans un sens plus large, telle l'inviolabilité du domicile avec ses corollaires.
Elle a été constamment confirmée : en 1230, par l'Empereur Henri VII; en 1298, par Albert de Habsbourg; en 1415, par l'Empereur Sigismond; en 1509, par l'Empereur Maximilien; par Charles-Quint en 1521, par Ferdinand Ier en 1562. Un bourgmestre de Liège au XVIIe siècle résumait l'opinion de ses concitoyens, en proclamant que « la mettre en question, ce serait pour les Liégeois un crime aussi capital que pour les Musulmans discuter l'Alcoran » !
Appréciation
La grande Charte d'Albert de Cuyck ne conférait toutefois aux bourgeois de Liège que des droits civils. Il n'y est pas question d'institutions politiques, à proprement parler; il n'y est pas fait allusion à des partis politiques ni à des intérêts particuliers : elle légifère en quelque sorte pour toute la population vivant dans l'enceinte urbaine. Son but a été d'assurer à tous les Liégeois la pleine jouissance des libertés indispensables au jeu normal des facultés humaines. Elle est donc, en somme, la reconnaissance, indirecte mais formelle, de l'existence d'une collectivité vivante et agissante, ayant désormais des droits communs; elle est donnée à une Commune.
Cette commune existait dès ce moment; elle avait trouvé son expression dans un corps administratif nouveau, que l'on peut appeler, pour la facilité de la compréhension et du langage, le Conseil communal.