Charte de Rodolphe III (996)

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La charte de Rodolphe III est une charte de l'année 996 signée par le roi Rodolphe III de Bourgogne et accordant le comitatus, c'est-à-dire le pouvoir comtal sur la vallée de la Tarentaise à l'archevêque de Tarentaise, Aymon Ier/Amizon.

Cet acte est le plus ancien document conservé aux Archives départementales de la Savoie.

La vallée de la Tarentaise appartient au royaume d'Arles, puis sous le règne des Rodolphiens au royaume de Bourgogne transjurane[1]. Au cours de cette période, les Alpes sont l'objet d'invasions sarrasines[1],[2],[3]. L'historiographie récente a démontré qu'à défaut de véritables invasions, la présence des Sarrasins se limite à la présence de quelques bandes qui par contre rançonnent les voyageurs, pillent, voire parfois détruisent[1],[3],[4]. Leur présence fait surtout l'objet de « constructions historiographiques tardives » (Sorrel, 2006)[4]. Les Sarrasins implantés à La Garde-Freinet (Provence) sont défaits en 973 (cf. Présence sarrasine au nord des Pyrénées).

Au lendemain de cette défaite, le roi des Deux Bourgognes, Rodolphe III, cherche à réorganiser son royaume[1]. Cette réorganisation passe notamment à travers la concession de pouvoirs, le comitatus, aux évêques de son territoire[5],[6]. Rodolphe III octroie ces privilèges afin de renforcer son autorité face à l'influence grandissante  une quasi tutélaire  des empereurs du Saint-Empire issus de la dynastie des Ottoniens[5],[7],[8]. Pour l'archiviste Gilbert Coutaz, il se lance dans un « ensemble de donations de droits comtaux » en faveur du pouvoir ecclésiastique (Tarentaise en 996, Sion en 999, Lausanne en 1011, Vienne en 1023[5])[6]. Le médiéviste René Poupardin insiste sur le fait que ces donations offrent en réalité plus de droits aux récipiendaires qu'elles n'impliquent de devoirs envers leur suzerain[5].

L'archevêché de Tarentaise est aussi enclavé entre les possessions des Humbertiens, qui donneront naissance à la maison de Savoie[9].

Teneur de la charte

La charte de Rodolphe est un acte écrit scellé[10]. Les proportions du document sont de 60 par 44 cm[10]. Il est rédigé en minuscule caroline[10].

La fin du document nous informe de l'année, du lieu ainsi que du nom du scribe :

« Signum domini serenissimi regis Rodulfi.
Anselmus, regius cancellarius, hoc scripsit preceptum. Anno Domini Incarnationis nongentesimo nonagesimo VI, indicione vero X, regni autem regis Rodulfi III. Actum in Agauno feliciter.


Seing du seigneur sérénissime roi Rodolphe.
Anselme, chancelier royal, a écrit cet acte l'an de l'Incarnation du Seigneur 996, indiction 10, et le troisième du règne du roi Rodolphe. Fait à Agaune, sous d'heureux auspices[11]. »

L'acte est ainsi rédigé à l'abbaye Saint-Maurice d'Agaune, durant l'année 996[5],[11]. La signature est un monogramme du Rodolphe III, roi des Deux Bourgognes  RODVLF REX S  et elle est accompagnée d'un « grand sceau plaqué de cire brune à l'effigie du roi »[11],[10]. Le site des Archives départementales de la Savoie propose un agrandissant en ligne du document, ainsi que du sceau et de la signature[11]. Le document a été écrit par Anselme, le chancelier du roi, chanoine de l'abbaye Saint-Maurice d'Agaune.

La charte indique que le roi Rodolphe III « [donne] les pouvoirs comtaux », comitatus, à l'archevêque Aymon Ier/Amizon et à l'Église de Tarentaise, « voyant l'archevêché presque dépeuplé par les invasions sarrasines »[2],[11],[12],[13]. L'archevêché « sera soulagé grâce à cet honneur »[11]. L'évêque reçoit ainsi « tous les droits comtaux à la sainte Église de Dieu en Tarentaise »[11]. Le document ne précise cependant pas sur quels territoires s'applique le comitatus.

L'acte présente le roi Rodolphe III en « défenseur de l'Église et protecteur des évêques » face aux envahisseurs qui ont apporté la destruction, les Sarrasins[1], dits dans la charte Hyberinis incursionibus[11] Hiberniens »). Il nomme également Aymon Ier/Amizon (Amizo) à l'origine de la renaissance des richesses dans la vallée et que le roi récompense avec l'octroi du comitatus[1]. Ce terme peut d'ailleurs être traduit par « compagnon » permettant une seconde lecture du document, comme le souligne l'érudit local Jean-Paul Bergerie, « le bon roi Rodolphe est avant tout un calculateur qui cherche à asseoir son pouvoir en ayant des lieutenants fidèles »[1]. Les Sarrasins servent de « bouc émissaire » au récit, le document visant plutôt à limiter le pouvoir de contestation provenant des seigneurs laïcs du royaume[1],[13]. L'historien Henri Pirenne a souligné que « tout ce qui était donné aux évêques était autant de pris sur les princes laïques et ce n'était pas se dépouiller que les enrichir ; car plus ils étaient forts, plus efficaces étaient les services qu'ils rendaient à la couronne »[14].

L'archiviste paléographe Jacqueline Roubert précise que le comitatus, à cette période, n'a plus rien à voir avec celui du temps des premiers Carolingiens, il désigne désormais « un ensemble de domaines et de droits affectés à l'entretien de ces domaines ou découlant de leur possession »[3].

Conséquences

Voir aussi

Notes et références

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