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Chats dans la culture Internet

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Les chats sont très présents dans la culture Internet, du fait des diverses pratiques numériques liées à la diffusion, à la transformation et à l'appropriation d'images, de vidéos et de mèmes mettant en scène des félins au sein des communautés en ligne. Ce phénomène, dont les racines remontent aux débuts de la démocratisation d'Internet dans les années 1990, est aujourd'hui considéré comme l'une des expressions les plus emblématiques du folklore numérique.

Exemple de mème de Grumpy Cat

Histoire

Les premières images de chats apparaissent sur le web dès le début des années 1990[1]. Cette présence numérique prolonge toutefois une tradition culturelle plus ancienne. L'image du chat traverse les siècles et les cultures, de la déesse égyptienne Bastet au maneki-neko japonais du XIXe siècle, en passant par le personnage Hello Kitty, créé par la société Sanrio dans les années 1970[2].

La longévité de la figure féline dans la culture populaire trouve également un ancrage dans la littérature de l'ère moderne, notamment à travers l'anthropomorphisme, l'un des procédés les plus constants de sa représentation. Le roman satirique Beware the Cat (en), écrit au XVIe siècle siècle par l'auteur britannique William Baldwin (en), figure parmi les toutes premières œuvres narratives en prose de la littérature anglaise et met en scène une société de chats anthropomorphes dotés d'un langage complexe[3]. Cet œuvre révèle une tradition rhétorique ancienne qui mobilise le chat et l'humour pour faciliter la connexion affective entre des êtres que tout semble opposer[4]. Ce même procédé traverse ensuite les médias successifs : des photographes du XIXe siècle siècle mettent en scène des félins humanisés en cartes de visite et livres d'images[5], Thomas Edison fait entrer les chats au cinéma dès 1894 dans The Boxing Cats[6], et les félins investissent tour à tour la bande dessinée, le dessin animé et la publicité télévisée au cours du XXe siècle[5].

L'exposition How Cats Took Over The Internet du Museum of the Moving Image juxtapose des images de chats anciennes et contemporaines, établissant un lien entre les démarches de photographes du XIXe siècle et celles des internautes d'aujourd'hui[6]. Les travaux d'Aby Warburg sur la « survivance » des images, développés par Georges Didi-Huberman, offrent un cadre théorique pour comprendre ce phénomène : les images traversent les frontières du temps et de l'espace pour s'inscrire durablement dans la mémoire collective[7]. À la différence d'autres contenus viraux, l'image du chat se fixe de manière durable sur Internet[8]. Les premières formes d'appropriation créative du félin sur le web prennent des formes variées : des sites de diffusion en direct dits Kitty Cams émergent dès 1996, suivis en 1998 d'une tendance consistant à numériser des chats sur des scanners de bureau[9]. La première vedette féline du web, une chatte prénommée Kitty dont les propriétaires avaient installé une webcam dans la pièce où elle se reposait, attire plus d'un million de visiteurs sur son site dès 1998[5].

Théories

Anthropomorphisation

Portrait du photographe Harry Pointer avec trois de ses chats

L'une des caractéristiques centrales de la représentation du chat, aussi bien dans l'histoire de l'art que sur Internet, est l'anthropomorphisme. Les artistes du XIXe siècle comme Harry Pointer ou Harry Whittier Frees (en) mettaient déjà en scène des chats vêtus ou adoptant des poses humaines, une pratique que les internautes contemporains perpétuent[10]. Les représentations humoristiques d'animaux anthropomorphes sur Internet, et les chats en particulier, fonctionnent comme des blagues universellement intelligibles qui ont largement contribué à l'émergence d'une culture web globale, au-delà des clivages linguistiques, ethniques et politiques[4],[11]. Cette humanisation favorise l'identification et la formation de communautés autour d'une figure partagée[1].

Dès les débuts, les utilisateurs de forums en ligne développent un dialecte surnommé le « Meowchat », visant à imiter le supposé langage des chats[1]. Ce phénomène culmine avec l'apparition du lolcat, né sur le forum 4chan lors du « Caturday » en 2006, un rendez-vous hebdomadaire du samedi consacré au partage de photos de chats[1]. Le lolcat le plus célèbre, connu sous la formule « I can has cheezburger ? », donne naissance à un véritable jargon, le « kitty pidgin », caractérisé par des fautes de syntaxe et d'orthographe volontaires censées imiter le parler d'un enfant ou d'un animal[12].

Viralité, mémétique et fonction affective

La notion de mème, introduite en 1976 par le biologiste Richard Dawkins dans Le Gène égoïste, désigne un élément culturel transmis par imitation à travers le temps[13]. Appliquée au contexte numérique, la mémétique est définie comme une expérience sociale créatrice, à la fois ludique et transgressive, fondée sur le respect de normes collectives et sur la réappropriation individuelle[14]. Le mème se présente ainsi comme une production plurisémiotique combinant des composantes verbales, visuelles et sonores, dotée d'un fort potentiel de circulation[15].

Deux grandes modalités de réappropriation sont distinguées : la réplication, qui consiste à reproduire un mème à l'identique, et la variation, qui implique une transformation plus marquée du contenu d'origine[16]. Parmi les mèmes de chats entrés dans la mémoire collective figurent notamment la femme qui crie après un chat, Grumpy Cat, ou encore Vibing Cat[17].

Au-delà de leur dimension ludique, les images de chats remplissent une fonction affective et sociale. Elles opèrent comme une forme de monnaie culturelle, échangée pour compenser l'impossibilité de la coprésence physique et maintenir un lien social entre internautes[18]. Des recherches en psychologie des médias suggèrent par ailleurs que le visionnage de ce type de contenus aurait un effet de réduction du stress et d'augmentation de l'énergie chez les utilisateurs, sans que ces derniers n'en ressentent de culpabilité[5],[19].

Dimension politique

L'image du chat peut également se mettre au service d'un discours politique. En , lors du blocus de Bruxelles consécutif à des opérations antiterroristes, les habitants ont massivement publié des images de chats sur les réseaux sociaux afin d'éviter la diffusion d'informations susceptibles d'être utiles aux terroristes[5],[20].

Plus récemment, dans le contexte de l'élection présidentielle française de 2022, des chercheurs ont analysé la façon dont des mèmes de chats ont été mobilisés pour soutenir ou critiquer différentes personnalités politiques[21]. Le phénomène dit de « catwashing » désigne à cet égard la stratégie consistant à exploiter l'image affective et inoffensive du chaton pour adoucir une communication politique jugée clivante[22].

Dans la musique

En 2011, apparait Nyan Cat, consistant en un gif animé en 8-bits d’un chat volant gris en pop-tart rose, avec un arc-en-ciel derrière lui, et en fond sonore une reprise de la musique Nyanyanyanyanyanyanya! par une voix artificelle créée avec UTAU et nommée Momone Momo[23]. C'est Chris Torres, alors employé dans une compagnie d’assurances au Texas, qui est à l'origine de ce phénomène Internet. Celui-ci possédait un site personnel où il dessinait des blagues à l'aide de sa communauté qui lui donnait à sa demande des mots-clés pour inspirer ses créations[24].

Le musicien sud-africain The Kiffness produit sur YouTube, depuis 2021, une série de compositions musicales construites à partir de sons viraux de chats. Sa collaboration avec l'« Alugalug cat », un chat dont les vocalisations particulières sont devenues virales, donne lieu à un mashup musical qui inspire à son tour une reprise collective impliquant des musiciens du monde entier[25],[26]. En 2024, il détourne les déclarations de Donald Trump affirmant que des migrants mangent des chats et des chiens dans la ville de Springfield, en Ohio, pour en faire un titre parodique intitulé « Eating the Cats », rapidement partagé à l'échelle mondiale[27].

Notes et références

Voir aussi

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Timelines

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