Chaussée de Sein
formation granitique sous-marine en Bretagne
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La chaussée de Sein est le prolongement vers l’ouest, sur environ 25 kilomètres, des formations granitiques de la pointe du Raz, en Bretagne. Son point le plus élevé qui se situe dans l’est de la Chaussée, constitue l’île de Sein.
| Chaussée de Sein | |
Carte de la chaussée de Sein. | |
| Géographie | |
|---|---|
| Pays | |
| Archipel | Aucun |
| Localisation | Mer Celtique (océan Atlantique) |
| Coordonnées | 48° 02′ 43″ N, 4° 53′ 32″ O |
| Nombre d'îles | 2 îles, plusieurs dizaines de rochers et récifs |
| Île(s) principale(s) | Île de Sein, Kélaourou |
| Point culminant | non nommé (15 m sur l'île de Sein) |
| Géologie | Récif |
| Administration | |
| Région | Bretagne |
| Département | Finistère |
| Commune | Île-de-Sein |
| Démographie | |
| Population | 215 hab. (2013) |
| Gentilé | Sénan |
| Plus grande ville | Île-de-Sein |
| Autres informations | |
| Découverte | Préhistoire |
| Fuseau horaire | UTC+01:00 |
| modifier |
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Ses nombreux récifs et ses forts courants en font une zone de navigation périlleuse ayant donné lieu à de nombreux naufrages.
La longue et difficile construction au XIXe siècle du phare d'Ar-Men, qui balise l'ouest de cette chaussée, est racontée dans le roman de Henri Queffélec, Un feu s'allume sur la mer.
L'exploration des fonds sous-marins dans le secteur de Toul ar Fot a révélé en 2022 la présence à 9 mètres de profondeur d'une construction imposante, un long mur de monolithes datant de la fin du Mésolithique et barrant une vallée sous-marine dont la fonction est inconnue.

Description
Topographie
La chaussée de Sein est un espace marin de 41 386 hectares situé sur la façade maritime Atlantique de la France, dans la région littorale de la Bretagne dépendant de la commune de l'Île de Sein dans le département du Finistère. Elle est le prolongement vers l’ouest des formations granitiques de la pointe du Raz. Orientée est-ouest, elle s’avance vers le large en se rétrécissant et se trouve limitée au nord et au sud par deux escarpements sous-marins atteignant très rapidement les 50 mètres de profondeur côté nord et jusqu'à 100 mètres au nord d'Ouessant. Peu étendue, la plate-forme de Sein est en grande partie immergée et son point le plus haut, à l’est de la Chaussée, constitue l’île de Sein[1].
Courants
La chaussée de Sein est en continuité avec les fonds et les falaises du Cap Sizun et ce secteur de l’Iroise est traversé de courants de marées particulièrement intenses.
Les forts courants et le relief sous-marin rocheux formé de dangereux récifs est à l’origine du dicton des marins : « Qui voit Sein, voit sa fin. »[2].
Fond marin
Les fonds marins de la chaussée de Sein sont de nature granitique. Ils forment une mosaïque d’habitats de roches, blocs, galets et bancs de sable. Les hauts fonds sont essentiellement rocheux mais des accumulations meubles de sable, graviers coquilliers ou galets sont également présentes. De part et d’autre de la chaussée de Sein se trouvent de vastes hauts fonds et des champs de rides de sables grossiers. Ces accumulations de sable du haut fond d’Ar Men et de celui d’Ouessant sont constitués d'une base de 6 km sur 3,5 km et atteignent jusqu'à 25 mètres de hauteur[1].
Au sud, le banc de Kafarnao présente une topographie particulière de dunes hydrauliques provoquées par les courants de marée. La partie septentrionale est constituée de rides courtes et la partie méridionale de grandes rides parallèles[1]. Ces dunes sous-marines, d'une hauteur allant jusqu'à 40m, sont une première barrière naturelle contre la houle océanique. Lieu poissonneux, de frayère, nourricerie et refuge des alevins de toutes espèces, elle est longtemps pour les locaux une ressource de pêche douce à la palangre de turbots, raies douces, lieux jaunes[3]...
Exploitation minière
Ces zones sablonneuses du banc de Kafarnao font l'objet d'une exploitation minière à partir de 1988 après l'autorisation de prélèvements accordée aux Sabliers de l'Odet. Les bancs sont endommagés par 20 ans d'extraction minière. En septembre 2008, un an après sa création, le conseil de gestion du Parc naturel marin d'Iroise (PNMI) émet, à la demande du ministère de l'Économie, un avis favorable au renouvellement de la concession minière déposée par les Sabliers de l'Odet. Celui-ci est accordé officiellement en 2011 pour une durée de dix ans et pour un volume annuel d'extraction de 65.000m³ maximum de ce sable coquillier du banc de Kafarnao, utilisé pour «l'amendement des sols et la nutrition animale des porcs et volailles»[4]. Le titre minier est soumis à des études complémentaires préalables à l'extraction[5]. En 2014, une enquête publique provoque la mobilisation d'associations et de citoyens[6]. En août 2014, à la suite de l'avis défavorable du commissaire enquêteur, la société retire sa demande d'exploitation avant un nouvel avis du Parc marin, attendu pour le mois de septembre qui risquait d'être négatif, et avant la décision finale du préfet[7].
Faune et flore
Combinées avec le substrat, les conditions de courant constituent des fonds marins propices à une grande diversité d’habitats et abritent une faune et une flore variées en bon état de conservation.
La zone abrite des espèces devenues rares à l’échelle des côtes bretonnes comme la langouste rouge. Basé sur les macroalgues et le phytoplancton, le riche réseau trophique de la grande zone rocheuse de la chaussée de Sein entretient des superprédateurs comme le grand dauphin (Tursiops truncatus), une population sédentaire qui fréquente le milieu côtier à l’intérieur de l’isobathe des 30m. Son territoire d'une surface d'environ 6 km² s'étend de l'est de l'île à la partie ouest de la chaussée, au niveau de Ar Fot, en passant par le nord de Sein[1]. Les grands dauphins sont de bons indicateurs de l’état de conservation d'un milieu marin et font, à ce titre, l’objet d’un suivi par photo-identification sur la Chaussée de Sein coordonné par l’équipe du Parc naturel marin d'Iroise[8].
Le phoque gris (Halichoerus grypus), une espèce protégée en France depuis 1972, montre une présence saisonnière régulière. En 2025, on compte 80 phoques gris dans la chaussée de Sein[9].
Mesures de protection
La chaussée de Sein appartient au Parc naturel marin d’Iroise créé le 28 septembre 2007[10],[11].
Elle est désignée en mai 2014 comme zone spéciale de conservation du« Site Natura 2000 chaussée de Sein » [12].
Toponymie
La chaussée de Sein est désignée par une riche toponymie en langue bretonne reflétant la mémoire de la communauté bretonnante. Dans les années 1990, des membres de la Société d’archéologie et de mémoire maritime (SAMM), une société d’archéologues sous-marins amateurs composée de plongeurs professionnels, de scientifiques, d'historiens et d'experts maritimes[13], rencontrent des habitants et des pêcheurs de l’île de Sein chez un particulier, Josic Fouquet, possédant une carte marine de la chaussée et l'examinent avec eux afin de retrouver les toponymes de chaque élément du relief. Un premier index regroupant la liste des noms en breton des différents cailloux, rochers, plateaux ou tombant est établi[14].
Trente ans plus tard, la carte et l’index sont confiés aux membres de la SAMM. Un travail complémentaire de collecte et d'investigations de chercheurs en toponymie nautique permet d'établir une carte exhaustive de la chaussée avec un index complet en breton.
Récits
Henri Queffélec publie en 1956 Un feu s'allume sur la mer, un roman fondé sur les archives de la construction du phare d'Ar-Men élevé pour baliser l'ouest de la chaussée de Sein. Sa construction sur ce rocher de la chaussée de Sein, accostable uniquement à basse eau pendant les grandes marées, quelques jours par mois en été et pour quelques heures seulement, nécessitera sept ans pour les seules fondations et la base du phare (1867-1874) et sept autres années pour que le phare soit enfin allumé en 1881.
Louis Le Cunff, écrivain régionaliste breton, décrit ainsi la chaussée de Sein en 1976 dans Bretagne du bout du monde : La chaussée de Sein « allonge ses terrifiantes mâchoires de granit sur près de vingt kilomètres. La dernière roche apparente porte un nom simple: « Armen », "la Pierre". C'est là qu'est bâti le fameux phare du même nom. Mais les roches sous-marines étalent encore leur traîtrise pendant des milles et des milles : ce sont les « Vajins », plus communément désignées par les cartes marines sous le nom de "Basses-Froides" ».
Secteur terriblement dangereux. Les Îliens l'appellent « ar Vered Ne », le "Nouveau Cimetière". Mais en fait depuis la Pointe du Raz jusqu'à l'ultime bouée qui, dans l'ouest d'Armen, signale la fin des périls, c'est bien la même et immense nécropole de navires. (..) Autrefois, quand la nuit ou la brume renfermaient sur les navires leur rideau d'incertitudes, les pilotes se signaient. Il n'y avait alors aucun de ces phares, aucune de ces bouées et de ces balises qui jalonnent aujourd'hui la plus grande route maritime du monde »[15].
Un cimetière de navires
Le raz et la chaussée de Sein sont des zones de navigation particulièrement périlleuses. Au large de l'île de Sein, théâtre de naufrages redoutables ayant causé des milliers de morts, se trouve un des plus grands cimetières de navires du monde[16].
Pour la seule période allant de 1724 à 1789, les archives de l'Amirauté mentionnent 43 naufrages, mais tous n'étaient pas recensés, notamment ceux qui se perdaient corps et biens, ni ceux des navires de la Royale, comme le naufrage de la frégate La Charmante, qui allait de Lorient à Brest afin de rejoindre l'escadre de Ternay le ; ce naufrage fit 210 victimes. Le bateau était commandé par Jean-Baptiste Mengaud de la Hage (1741-1780), ami d'enfance de La Pérouse qui écrit : « La Marine a fait une perte irréparable »[17]. Le vaisseau de guerre Le séduisant y coule en 1796.
Dans le courant du XIXe siècle plus de 100 naufrages sont recensés, dont par exemple pour la seule année 1880 ceux du Schildrate, du Carwing, du Beignon, de la goélette françaiee Inès et du trois-mâts autrichien Régulus. En 1890 le vapeur français Amélie, qui venait de Newcastle et se dirigeait vers Nantes, chargé de minerai, se brisa sur le rocher de Gorlébreiz. Parfois le nom des navires reste inconnu comme celui survenu dans la nuit du qui vint se jeter sur les récifs de Sein : le rapport indiqué "Inconnu supposé anglais"[18]. On compte également les bricks anglais Bellissima (1835) et Lady Hoover (1875), le trois-mâts norvégien Baltic (1885), les vapeurs Galdames (1886) et Pretoria (1892). Au XXe siècle, le pétrolier est-allemand Boehlen (1976) et le chalutier belge Marco (2011) s'y sont abîmé en mer. D'innombrables bateaux de pêche ont coulé dans les eaux de la chaussée de Sein[16].
La station de sauvetage SNSM de Sein veille sur les zones de navigation particulièrement périlleuses du raz et la chaussée de Sein depuis 1866[16].
Archéologie sous-marine
En 2022, sous 9 mètres d'eau, sur les hauts-fonds situés à l’ouest de l’île de Sein, un mur de 120 mètres de long, large de 20 mètres à sa base, est découvert par Philippe Bodénès et des archéologues de la Société d’archéologie et de mémoire maritime (SAMM), à une position indiquée par le géologue Yves Fouquet[19]. Il avait repéré à cet endroit, grâce à des cartes lidar et des données issues du Service national d’hydrographie et d’océanographie (Shom), une structure de 120 mètres barrant une vallée sous-marine[20].
Une recherche, conventionnée avec le parc naturel marin d’Iroise, est autorisée par le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm). Deux explorations sont effectuées en mars et en avril 2023 sur ce site dit de Toul ar Fot, avec le soutien de la Société nationale de sauvetage en mer et d’un pêcheur de l’île. Elles permettent à huit plongeurs de mesurer les dimensions exactes du mur et de découvrir soixante-deux monolithes et grandes dalles se dressant jusqu'à 1,7 mètre au-dessus de la crête aplatie du mur de 2 mètres de haut. En fonction des anciennes positions du niveau de la mer, l’époque de construction de l'ouvrage est estimée à la fin du mésolithique (huit à sept mille ans avant le présent), période à laquelle le niveau de la mer à Sein était de sept mètres plus bas qu’au début du XXIe siècle. Cette construction précède de plusieurs siècles les alignements de Carnac[20].
La fonction du mur est à préciser. Une des hypothèses est que ce mur pourrait avoir été un barrage à poissons. Sa très grande taille suggère qu'il aurait aussi pu constituer un ouvrage de protection contre les tempêtes[21].