Chaya Czernowin
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Bard College (New York)
Université de Californie à San Diego (doctorat, 1993)
| Naissance | |
|---|---|
| Nom de naissance |
חיה צ'רנובין |
| Nationalité |
Israélienne et américaine |
| Formation |
Académie de musique Rubin, université de Tel Aviv Bard College (New York) Université de Californie à San Diego (doctorat, 1993) |
| Activités |
| A travaillé pour | |
|---|---|
| Membre de |
Akademie der Künste (Berlin, depuis 2017) Bayerische Akademie der Schönen Künste (depuis 2021) |
| Maître |
Abel Ehrlich, Yitzhak Sadaï, Dieter Schnebel, Eli Yarden, Joan Tower, Brian Ferneyhough, Roger Reynolds |
| Genre artistique | |
| Site web | |
| Distinction |
Prix Kranichsteiner (Darmstadt, 1992) Prix Ernst-von-Siemens (2003) Bourse Guggenheim (2011) Prix Deutschen Musikautor, GEMA (2022) |
| Discographie |
Discographie de Chaya Czernowin (d) |
Pnima… ins Innere (2000), Adama / Zaïde (2006), Infinite Now (2017), Heart Chamber (2019) |
Chaya Czernowin (en hébreu : חיה צ'רנובין), née le à Haïfa en Israël, est une compositrice israélo-américaine. Walter Bigelow Rosen Professor of Music à l'université Harvard depuis 2009, elle est l'une des voix les plus importantes de la musique contemporaine. Son œuvre — qui comprend quatre opéras, de nombreuses pièces orchestrales et de chambre, ainsi que des pièces électroniques — explore des temporalités alternatives, la fragmentation de l'identité et l'expérience corporelle du son, dans un langage d'une intensité physique et émotionnelle radicale.
Enfance et formation en Israël
Chaya Czernowin naît à Kiryat Haim, quartier ouvrier de Haïfa, fille de deux survivants de la Shoah. Son père, ingénieur, joue de l'accordéon et lui enseigne, ainsi qu'à sa sœur, des chansons en russe. Elle décrit l'atmosphère familiale comme « merveilleuse, pleine d'amour et de soutien, mais toujours traversée par quelque chose de menaçant et de caché » — une réalité indicible qu'elle cherchera à donner corps dans sa musique. Adolescente, elle joue dans un groupe de rock alternatif avant de se tourner vers la composition savante. Elle étudie la composition à l'Académie de musique Rubin de Tel Aviv auprès d'Abel Ehrlich et de Yitzhak Sadaï, et représente Israël au Rostrum international des compositeurs de l'UNESCO en 1980[1].
Études en Europe et aux États-Unis
À vingt-cinq ans, elle quitte Israël grâce à une bourse du DAAD pour étudier à Berlin auprès de Dieter Schnebel (1983–1985). Elle gagne ensuite les États-Unis, où elle étudie au Bard College avec Eli Yarden et Joan Tower, puis obtient son doctorat à l'université de Californie à San Diego (UCSD) en 1993, sous la direction de Roger Reynolds et Brian Ferneyhough. Elle reçoit à Darmstadt le Stipendiumpreis (1988) et le prix Kranichsteiner (1992)[1]. De 1993 à 1995, elle séjourne au Japon grâce à une bourse Asahi Shimbun, une période qu'elle décrit comme décisive pour l'élaboration de son langage. En 1997, elle est en résidence à l'Akademie Schloss Solitude à Stuttgart[2].
Carrière académique
De 1997 à 2006, Chaya Czernowin est professeure de composition à l'UCSD. De 2006 à 2009, elle est professeure à l'Université de musique et du spectacle vivant de Vienne, où elle est la première femme nommée à un poste de professeure titulaire de composition[3]. Depuis 2009, elle est Walter Bigelow Rosen Professor of Music à l'université Harvard[4]. En 2019–2020, elle est également Radcliffe Institute Fellow à Harvard[5].
Elle cofonde avec son époux, le compositeur Steven Kazuo Takasugi, et Jean-Baptiste Joly, directeur de l'Akademie Schloss Solitude, l'académie d'été biennale pour jeunes compositeurs de Schloss Solitude (2003–2019). Elle enseigne également à Tzlil Meudcan, cours international fondé en Israël par Yaron Deutsch de l'ensemble Nikel[1]. Elle est en résidence en composition au Festival de Salzbourg (2005–2006), au Festival de Lucerne (2013) et au Huddersfield Contemporary Music Festival (2021)[3]. En 2017, elle est élue membre de l'Akademie der Künste de Berlin, et en 2021 de la Bayerische Akademie der Schönen Künste de Munich[1].
Œuvre
Esthétique
L'œuvre de Chaya Czernowin crée une expérience sonore multisensorielle qui ouvre sur des territoires étranges et inconnus. Elle recourt à la métaphore comme outil de composition pour atteindre un monde sonore hors du familier : « Son travail réside dans un espace où l'expérience est ressentie comme une conscience instinctive et incarnée qui précède le langage — là où les mots ne sont pas encore pleinement formés »[6]. Sa musique se caractérise par la recherche de temporalités alternatives, le changement constant de perspective et d'échelle, la fragmentation et l'étirement de l'identité, une forte empreinte physique et une haute intensité émotionnelle[4]. Les titres de ses œuvres en hébreu — Maim (eau), Adama (terre), Esh (feu) — révèlent un rapport aux éléments primaires, pensés comme ce qui précède et fonde la possibilité même de la musique[6]. La critique Alex Ross écrit à son sujet dans The New Yorker en 2025 : « Je pense parfois que Czernowin est notre plus grand compositeur vivant. »[7]
Opéras
La percée internationale de Chaya Czernowin est consacrée par son premier opéra, Pnima… ins Innere (1998–2000), créé à la Biennale de Munich. L'œuvre, librement inspirée du roman Voir ci-dessous : Amour de David Grossman, met en scène un vieillard survivant de la Shoah et son petit-fils qui tente d'accéder à un traumatisme que l'aïeul ne peut lui transmettre. Les chanteurs sont placés hors scène, seuls des acteurs sont visibles, et le texte est réduit à des vocables inarticul. Pnima reçoit le Bayerischer Theaterpreis et est désigné « meilleure création de l'année » par le sondage annuel des critiques du magazine Opernwelt[6]. Son deuxième opéra, Adama / Zaïde (2004–2006), est une commande du Festival de Salzbourg pour le 250e anniversaire de Mozart : Czernowin crée un « contrepoint contemporain » à l'opéra fragment inachevé de Mozart, Zaïde, en imaginant une histoire d'amour impossible entre une Israélienne et un Palestinien, avec deux orchestres et deux distributions en présence simultanée[6]. Une seconde version enrichie d'un chœur, en collaboration avec le metteur en scène Ludger Engels, est créée au Stadttheater de Fribourg-en-Brisgau en 2017.
Infinite Now (2015–2016), commande de l'Opéra Ballet Vlaanderen (Gand), de l'IRCAM et du Nationaltheater Mannheim, superpose les matériaux de la pièce de théâtre FRONT de Luk Perceval (d'après À l'Ouest, rien de nouveau d'Erich Maria Remarque) et de la nouvelle Retour au pays natal de l'autrice chinoise Can Xue. L'opéra, créé en mai 2017, est à son tour désigné « meilleure création de l'année » par Opernwelt[7]. Heart Chamber (2018–2019), commande du Deutsche Oper Berlin où il est créé le 15 novembre 2019, est le quatrième opéra de Czernowin. Pour la première fois, elle en écrit elle-même le livret. L'œuvre est une histoire d'amour — la plus personnelle selon la compositrice — dans laquelle tous les sons électroniques sont issus d'enregistrements concrets d'objets en mouvement[8].
Cycles orchestraux et de chambre
Le triptyque orchestral Maim (2001–2007) pour grand orchestre et quintette de solistes explore la physicalité et le mouvement de la matière sonore. Anea Crystal (2008) pour deux quatuors à cordes et un octuor, Hidden (2013–2014) pour quatuor à cordes et électronique (avec l'IRCAM), et The Fabrication of Light (2020), créée par l'Ensemble MusikFabrik au festival Acht Brücken de Cologne, constituent des jalons majeurs de son œuvre de chambre et d'ensemble[3].
Le triptyque Vena (latin : veine, pouls, courant), composé entre 2020 et 2022, comprend trois pièces de grande envergure indépendantes : Memory Place pour dix percussionnistes, cordes et électronique IRCAM ; Unhistoric Acts pour chœur à vingt-quatre voix et quatuor à cordes, créé lors du centenaire des Journées musicales de Donaueschingen (2021) par le Jack Quartet et le SWR Vokalensemble sous la direction de Yuval Weinberg ; et Vena III: Immaterial pour six voix amplifiées, créé par les Neue Vocalsolisten au festival ECLAT de Stuttgart (2022)[3]. Le cycle Fast Darkness (2019–2022), en trois parties pour différentes formations, est complété en 2022 avec Fast Darkness III: Moonwords, créé à l'Ultima Festival d'Oslo par l'ensemble Temporum[3]. Atara (2021), pour soprano, baryton et grand orchestre sur un texte de Zohar Eitan, est créé à Wien Modern avec Sofia Jernberg, Holger Falk et l'Orchestre symphonique de la Radio autrichienne sous la direction de Christian Karlsen.
Parmi les créations récentes figurent Seltene Erde – Alchimia Communicationis (2023), créé par le Klangforum Wien à la Biennale musicale de Zagreb, et Ezov (mousse, 2024) pour quatuor à cordes, composé pour le 50e anniversaire de l'Arditti Quartet et créé à la Philharmonie de Paris en octobre 2024. Unforeseen Dusk: Bones into Wings (2024), pour six voix amplifiées et grand orchestre, est créé aux Journées musicales de Donaueschingen 2024 par les Neue Vocalsolisten et l'Orchestre symphonique du SWR sous la direction de Vimbayi Kaziboni, commande conjointe du New York Philharmonic et de la SWR. NO! A Lament for the Innocent (2025), pour deux orchestres et deux chanteuses en formation antifonale, est une œuvre dans laquelle la compositrice exprime son refus des violences politiques contemporaines ; la pièce est dédiée et créée par les soprani Sofia Jernberg et Keren Motseri[9],[10].
Diffusion et enregistrements
Les œuvres de Chaya Czernowin sont publiées aux éditions Schott. Ses enregistrements figurent sur les labels Mode Records, WERGO, Col Legno, Deutsche Grammophon, Kairos, NEOS, Telos, Naxos et Einstein Records[7]. En 2017, le disque portrait The Quiet – Works for Orchestra (Wergo) reçoit le prix trimestriel de la critique allemande du disque (Quarterly Critics' Choice, Deutscher Schallplattenkritik)[2].
Engagements politiques
Chaya Czernowin s'est exprimée publiquement contre la guerre menée par Israël à Gaza. Dans les notes de programme de son œuvre NO! A Lament for the Innocent (2025), publiées par le Hollywood Bowl et sur son site officiel, elle écrit que son cri de refus est devenu de plus en plus urgent « contre les crimes contre l'humanité commis par Israël, financés par les États-Unis, à Gaza et en Cisjordanie, contre l'abandon de nos propres otages israéliens, contre l'emprisonnement massif d'enfants palestiniens ». Elle y évoque « la brutalité jusqu'au niveau du nettoyage ethnique des Palestiniens sous couvert de religion », et décrit « 57 ans d'occupation » comme un processus souterrain ayant érodé les derniers vestiges d'une société capable « d'espoir pour la paix et d'empathie »[9],[11].
À l'occasion de la reprise de son opéra Adama / Zaïde au Theater Aachen en avril 2024, dans un contexte marqué par l'intensification du conflit israélo-palestinien, elle déclare : « Cela me déprime de voir des gens harcelés par une doctrine nationaliste qui tue toutes les impulsions humaines. Ou lorsque les masses ont le pouvoir de détruire un individu. Si vous obéissez à la voix de la communauté contre vos propres besoins individuels, vous êtes perdu. C'est l'une des raisons importantes pour lesquelles j'ai composé Adama — surtout en ce moment »[12].
Distinctions
Chaya Czernowin reçoit le prix Kranichsteiner aux cours d'été de Darmstadt (1992), le prix de la fondation Ernst von Siemens (2003), le prix de la Rockefeller Foundation (2004), le Fromm Foundation Award (2008), le Heidelberger Künstlerinnenpreis (2016) et la bourse Guggenheim (2011)[2]. En 2022, elle reçoit le Deutschen Musikautor:innenpreis de la GEMA dans la catégorie « Composition pour le théâtre musical » ; le jury écrit alors : « Chaya Czernowin est l'une des compositrices vivantes les plus importantes. Ses quatre opéras sont comme des ondes de choc pour le genre. Comme nulle autre, elle parvient à évoluer constamment, à chercher du nouveau, tout en maintenant un fil conducteur commun à travers toutes ses œuvres »[10]. Elle est élue membre de l'Akademie der Künste de Berlin en 2017 et de la Bayerische Akademie der Schönen Künste de Munich en 2021[1]. En 2023, elle est artiste internationale distinguée en résidence à la Zubin Mehta School of Music de Tel-Aviv[5].