Chbab Srey
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Le Chbab Srey (traduction khmère : chbab signifie code et srey signifie femme) est un code de « bonne » conduite traditionnel cambodgien, dans lequel les femmes sont encouragées à adopter un comportement obéissant, particulièrement envers leur mari. Sous une forme d’un recueil de poèmes didactiques, le chbab srey contraint la femme à demeurer au foyer, éviter toute confrontation et servir son mari. Son enseignement se fait à l’école, à la maison et par les moines. Ce code de conduite s’est transmis de génération en génération jusqu’en 2007 (pour la version du roi Ang Dung) et jusqu’en 2016 (pour la version de Moeurn Mai)[1]. Bien que le chbab srey ne soit plus enseigné, le code de conduite laisse en héritage une pensée traditionnelle dont certains s’y réfèrent toujours.
Une tradition orale
Du XIVe au XIXe siècle, l’enseignement du Chbab Srey se fait principalement à l’oral[2]. Son origine se réfère aux méthodes traditionnelles d’enseignement au Cambodge. En raison des influences monarchiques et bouddhiques, l’éducation cambodgienne en période précoloniale vise à solidifier la hiérarchisation sociale déjà établie. L’enseignement se donne dans les temples-écoles locaux. Les filles y sont interdites d’accès, en raison des distractions qu’elles peuvent représenter pour les moines bouddhistes. Alors que les garçons apprennent à lire les textes sacrés du bouddhisme en khmer, les filles sont contraintes à rester à l’intérieur. Traditionnellement, elles respectent le « chol mlub », qui signifie « entrer dans l’ombre[3] ». Ainsi, les filles passent la journée à domicile, où elles apprendront très tôt les responsabilités domestiques. L’enseignement du Chbab Srey débute donc à la maison.
Contribution du roi Ang Duong
La littérature khmère se distingue à partir du XIXe siècle en raison d’une interprétation phallocentrique des différents codes de conduites. L’arrivée au pouvoir du roi Ang Duong s’officialise alors que le pays représente l’arène politique de ses deux voisins : le Vietnam et la Thaïlande (autrefois le Siam). Le roi Ang Duong poursuit un processus administratif afin d’initier une adaptation misogyne du chbab srey. Il débute également de nombreuses réformes et l’écriture de divers chbab (chbab srey, chbab pros). Il est mentionné que les motivations littéraires du roi se reposent sur ses rancœurs envers sa nièce Ang Mey. Celle-ci détient l’appui des Vietnamiens alors que le roi Ang Duong conserve l’appui des Siams. Peu avant le règne du roi Ang Duong, les vietnamiens parviennent à prendre le contrôle et couronner Ang Mei au pouvoir. Jumelées aux persécutions vietnamiennes, le couronnement de Ang Mei répand un sentiment de rancœur au roi Ang Duong et sa population. C’est à travers ses nombreuses réformes et codes de conduites que le roi Ang Duong oriente la littérature khmère vers une vision misogyne. D’ailleurs, le Chbab Srey veille à corriger le comportement des femmes en plus de restreindre ses ambitions. Ang Mei, quant à elle, reflète une figure de la tutelle vietnamienne auprès de la pensée populaire cambodgienne[3].
Signification du «chbab srey »
Traduction du poème intégral
Le contenu du Chbab Srey s’est transmis à l’oral du XIVe au XIXe siècle avant d’être introduit dans la littérature khmère[4]. Le « père » de la poésie khmère Krom Ngoy s’y réfère dans ses œuvres. La version originale du roi Ang Dung se réfère à une narratrice à la troisième personne. Il s’agit de la mère d’une nouvelle mariée qui donne des conseils à sa fille pour préserver la prospérité familiale. La mère discipline sa fille à obéir et respecter son mari, marcher et parler doucement ainsi que maintenir une séparation entre la vie familiale et la communauté[4].
« Votre jupe ne doit pas froisser lorsque vous marchez. Vous devez être patient et ne manger que lorsque les hommes de votre famille ont fini. Vous devez servir et respecter votre mari en tout temps, et surtout, vous ne pouvez pas toucher la tête de votre mari sans d'abord vous saluer. Vous devez prouver votre patience et ne jamais répondre à la colère de votre mari. L'école est plus utile pour les garçons que pour les filles. La place d’une femme est à la maison, elle s’occupe de son mari et de ses enfants [5]»[6].
Le Chbab Srey contient 225 vers sur l’image de la « femme khmère parfaite ». Celle-ci se doit de réaliser l’intégralité des tâches domestiques, garder le silence pour le maintien de la paix familiale et pardonner son mari. Le Chbab Srey fait référence aux « trois flammes » qu’une femme se doit de protéger pour la préservation de l’harmonie familiale, notamment le respect aux parents, le respect à son mari et le contrôle sur la propagation du commérage. Il englobe l’intégralité des sphères sociales d’une femme en incitant une attitude distincte en société, en famille et à la maison[4].
Contrôlez les flammes ; ne les laissez pas se répandre en soufflant dessus. Sinon, ils se disperseront, se répandront et brûleront tout le monde. (Traduction, lignes 37-38)[4],[6].
N'apportez pas de flamme extérieure à domicile ; en soufflant obstinément dessus et la voir se transformer en feu. Prenez le contrôle d’une flamme intérieure (dans la famille), et ne la laissez pas sortir pour qu’elle se transforme en feu à l’extérieur (Traduction, lignes 39-40) [6],[4].
Une flamme que vous devez garder est celle des bonnes actions de vos parents qui ont pris soin de vous. Et fille, engagez-vous sur le chemin, servez vos parents et ne leur faites pas de mal. (Traduction, lignes 45-46)[4],[6].
Une flamme à respecter envers votre mari est celle d'avoir régulièrement des relations sexuelles avec lui. Et certainement le servir. Ne le fâchez pas et ne le décevez pas. (Traduction, lignes 50-51)[4],[6]
Dès leur jeune âge, les filles sont soumises à un enseignement de la vie maritale avec le Chbab Srey. Le code de conduite donne des conseils spécifiques sur les comportements attendus d’une « bonne épouse ». Les leçons d’une bonne épouse se détaillent aux « Sept Caractéristiques », dans laquelle l’obéissance d’une femme est synonyme d’une « bonne épouse » alors que la résistance d’une femme est synonyme de « mauvaise épouse »[4].
Même si votre mari vous insulte, allez au lit et réfléchissez à ce propos. Revenez vers lui et utilisez des mots doux pour rectifier son erreur. Même si votre mari vous réprimande, n'oubliez pas de le garder pour vous. Si quelque chose ne va pas, n’oubliez pas les conseils qui vous ont été donnés. Si vous n’avez pas peur et n’écoutez pas les conseils qui vous ont été donnés, (vous ne créerez) que des arguments. (Traduction, lignes 79-83)[4],[6]
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Compréhension du message
Les poèmes didactiques dans le Chbab Srey visent à intégrer la vision d’une femme vertueuse[4]. Initialement enseigné à l’oral, la méthode didactique permet une mise en application rapide et sans questionnements de ses principes. Dès leur jeune âge, les filles sont initiées aux responsabilités domestiques. Toutes les sphères de leur vie relèvent du chbab srey : l’habillement, la posture, le comportement, et même les activités conjugales. La pression du mariage en bas âge et le manque de soutien parental au niveau de l’éducation illustrent l’influence du Chbab Srey. Le statut social de la femme dépend directement de celui de son mari et de sa famille.
