Cheb Azzeddine
chanteur algérien
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Cheb Azzedine (en arabe : الشاب عز الدين), de son vrai nom Abed Benaouda (en arabe : بن عودة عابد), né le à Chlef en Algérie et mort le dans la même ville, est un chanteur algérien de raï.
Chlef,
| Surnom | Cheb Azzedine (الشاب عز الدين) |
|---|---|
| Nom de naissance | Abed Benaouda (بن عودة عابد) |
| Naissance |
Chlef, |
| Décès |
(à 43 ans) Chlef, |
| Nationalité |
|
| Activité principale | Auteur-compositeur-interprète |
| Genre musical | Raï |
| Labels | Editions El Meftah, Editions Meddad |
Biographie
Cheb Azzedine naît à Chlef dans une famille modeste, et grandit dans des quartiers populaires de la ville, notamment à El Firma et Chegga. Cet environnement populaire, marqué par les difficultés économiques et sociales, nourrit très tôt sa sensibilité pour les injustices et les inégalités qu’il exprimera plus tard dans ses chansons[1]. Jeune, il s’intéresse au football et joue dans une équipe locale, avant de se tourner ensuite sérieusement vers la musique Raï[2].
Cheb Azzedine se marie à l’âge de 18 ans et devient père de six enfants, dont une benjamine, Amira, décrite comme particulièrement proche de lui, et un fils aîné, Djamel, coiffeur de métier. Ce cadre familial relativement précoce s’inscrit dans la continuité de son ancrage dans les milieux populaires de Chlef. Dans son quartier, il est connu comme « l’ami des pauvres », réputation liée autant à sa manière de vivre qu’aux thèmes qu’il aborde dans ses chansons. Il ne possède pas de permis de conduire, expliquant à ses proches qu’il n’aime pas conduire, et vie un quotidien simple et peu ostentatoire à la vie matérielle[1].
Ses débuts dans la musique se déroulent surtout dans des mariages, cafés, fêtes et dans les espaces de sociabilité ruraux et périurbains, loin des cabarets huppés des grandes villes, où sa voix et ses textes trouvent un écho immédiat. Il devient une des voix marquantes du Raï local « Chelfi » avec des titres très proches de la jeunesse dans le contexte de la décennie noire[1]. Les textes abordent notamment la pauvreté, la « hogra » (l’injustice et le mépris), l’exil, mais aussi l’attachement à la mère et aux proches[3]. Cette combinaison de critique sociale et de sensibilité intime contribue à son ancrage dans ce que certains décrivent comme le « pays profond » algérien, loin des centres de pouvoir et des grandes scènes clinquantes. Sa langue de travail est l’arabe dialectal, dans la tradition du Raï « Chelfi » ou « Aârloubi (paysan, campagnard) », qui mêle instruments modernes et sonorités populaires. Cette inscription locale dans la scène de Chlef reste une constante de sa carrière, qu’il s’agisse de ses débuts dans les fêtes ou de ses enregistrements en studio[4].
En 1998, Cheb Azzedine enregistre sa première cassette aux éditions Meftah, une maison de production de Chlef qui diffuse de nombreux artistes Raï régionaux[5].
En 2002, il sort son premier grand succès populaire, « Ache Dani Lelghorba », chanson marquante de son répertoire, suivie de « Wach Jabek Liya Kheira », qui le feront connaitre au-delà des frontières algériennes. Ces titres contribuent à installer son image d’artiste proche du public, traitant de l’exil, des difficultés de la vie et des déchirements familiaux de façon directe et accessible[6],[7]. Le chanteur Raï ne mâche pas ses mots, dit à voix haute ce que d'autres disent tout bas. Cheb Azzedine dénonce le mauvais fonctionnement des politiques[8].
En 2005, il enregistre « Chouf El Hogra Chouf », chanson dans laquelle il critique explicitement la gestion des responsables locaux à Chlef, citant notamment le wali et le procureur de la République de l’époque. Le texte évoque les abus de pouvoir, les arrestations, les saisies de biens et l’indifférence supposée d’une partie de l’appareil judiciaire. Cette chanson, interdite d’antenne, vaut à Cheb Azzedine une condamnation pour « outrage à corps constitués », suivie d’un passage en prison qui marque durablement sa trajectoire et son image de chanteur engagé. Le patron de la maison d'édition Fraternelle est condamné à la même peine. Ils sont aussi condamnés à verser une amende à la partie civile, à titre de dommage et intérêt pour avoir commercialisé cette chanson[9],[10]. L'emprisonnement de Cheb Azeddine est mentionné dans les observations d'Al Karama pour Human Rights Watch, et Algeria-Watch dans le troisième rapport périodique de l'Algérie au Comité des droits de l'homme de l'ONU (audience du 23 juillet 2007)[10],[1].
Décès
Cheb Azzedine s'éteint le 6 février 2019[11] à l’hôpital de Chlef en Algérie, des suites d’un accident vasculaire cérébral. Sa disparition suscite des hommages dans la presse algérienne et sur les réseaux sociaux, où de nombreux fans saluent un chanteur qui exprimait les préoccupations du « pays profond » et qui a marqué le raï des années 2000[12],[13].