Chemours

société chimique américaine From Wikipedia, the free encyclopedia

Chemours Company, communément appelée Chemours (phonétique : «kem-owrs), est une société chimique américaine qui a été fondée en juillet 2015, à la suite d'une scission de la société DuPont[2]. Le nom de la nouvelle société a été choisi pour réaffirmer son ancrage dans la chimie[2]. Chemours est le leader mondial du dioxyde de titane et des produits fluorés[2]. Son siège social est situé à Wilmington, dans le Delaware, aux États-Unis[3].

Historique

En octobre 2013, DuPont a annoncé qu'elle prévoyait d'opérer une scission et ainsi de se séparer de sa branche « performance chemicals » pour constituer une nouvelle société appelée à être cotée en bourse à partir de la mi-2015[4]. En décembre 2014, DuPont a déposé son "formulaire 10" auprès de la SEC et a annoncé que la nouvelle société s'appellerait "The Chemours Company"[5]. L'opération s'est terminée le 1er juillet 2015 et les actions de Chemours ont commencé à se négocier à la Bourse de New York à la même date.

Lors de l'annonce du spin-off, Chemours représentait un ensemble de 37 sites de production dans le monde et employait 9 100 salariés[2]. Les sites étaient en majorité en Amérique du Nord (25 aux États-Unis, 1 au Canada) mais on en trouvait aussi 5 en Europe (Malines en Belgique, Malmö en Suède, Dordrecht aux Pays-Bas, Sudbury au Royaume-Uni, et Villers-Saint-Paul en France), 3 en Asie (Taïwan, Chine et Japon) et 2 en Amérique latine (Mexique et Brésil). Cet ensemble avait généré en 2013 un chiffre d'affaires de 6,86 milliards de dollars (4,55 milliards € à l'époque), dégageant un EBIT de 10%[2].

À l'exception de Sudbury, toutes les usines européennes appartenaient à la Division Produits fluorés de DuPont, le leader mondial des réfrigérants fluorés et les résines industrielles fluoropolymères. Le centre de R&D de cette division est implanté à Mantes-la-Ville (Yvelines)[2].

En 2018, Chemours conservait 28 sites de production dans le monde et 7 000 employés. Quinze sites étaient en Amérique du nord, trois en Europe (Malines, Villers-Saint-Paul, Dordrecht), 3 en Chine, 2 au Japon, 2 au Brésil, 2 au Mexique et 1 à Taiwan. L'entreprise annonce pour 2018 un chiffre d'affaires net de 6,6 milliards de dollars, en hausse de 7 % par rapport à l'année précédente, un bénéfice net de 995 millions de dollars, en hausse de 33 % par rapport à l'année précédente, et un bénéfice par action de 5,67 dollars, en hausse de 48 % par rapport à l'année précédente, l'EBITDA étant de 1,7 milliard de dollars, en hausse de 22 % par rapport à 2017[6].

Produits

Chemours produit et vend des produits chimiques spécialisés appartenant à trois segments: les dérivés du titane (basés sur le dioxyde de titane, activité dont la rentabilité est très élevée[7], les produits fluorés (ex.: fluides frigorigènes, résines et dérivés fluoropolymères industriels, y compris Fréon, Téflon, Viton, Nafion et Krytox), activité dont la rentabilité est forte[8] et les solutions chimiques (cyanure, acide sulfurique, aniline, méthylamines et métaux réactifs).

Freon 134a refrigerant for car AC

Critiques

Chemours a assumé diverses responsabilités légales découlant de poursuites contre DuPont, notamment à la suite du scandale de Parkersburg, et à la suite de la pollution des réseaux d'eau potable au PFAS et au GenX (en), un substitut du PFOA, provoquée par l'usine de Fayetteville, en Caroline du Nord. Cette usine a déversé de grandes quantités de ces produits dans la rivière Cape Fear[9],[10]. D'après un rapport de Chemours à la Securities and Exchange Commission, il y aurait en cours 1 300 procédures pour exposition à l'amiante depuis les années 1950, 16 pour des maladies liées au benzène, 30 liées aux composés perfluorés et polyfluorés (PFAS), à quoi s'ajoute l'affaire de Fayetteville révélée plus récemment[11].

En 2018, l'avocat Robert Bilott a assigné les entreprises chimiques 3M, DuPont et Chemours, afin d'obtenir le statut de recours collectif au nom de toutes les personnes vivant aux États-Unis qui ont été exposées non seulement au PFOA mais aussi à des composés apparentés connus sous le nom de PFAS. Ces produits pratiquement indestructibles s'accumulent dans le corps humain et dans l'environnement, créant une série de risques de santé publique particulièrement l'affaiblissment du système immunitaire, le dysfonctionnement du foie et les malformations congénitales[12].

En 2019, Chemours a attaqué DuPont en justice, estimant que les coûts de règlement des différents problèmes environnementaux avaient été sciemment sous-évalués par DuPont et demandant soit le déplafonnement de la responsabilité de DuPont, soit le remboursement des 4 milliards de dollars versés à DuPont par Chemours au moment de la scission. Dans le cas de Fayetteville, le coût avait été estimé à 2 millions quand il semble à présent devoir largement dépasser les 200 millions[13].

Aux Pays-Bas, à Dordrecht, l'entreprise est visée en 2023 par un recours collectif de 2 400 personnes pour pollution aux PFAS et au GenX, et en 2024, 1 600 co-déclarants se sont joints à la plainte officielle visant à engager la responsabilité personnelle des dirigeants pour avoir sciemment rejeté des substances toxiques dans l'environnement pendant des décennies, alors que les risques étaient connus[3].

En France, la société qui exploite à Villers-Saint-Paul dans l'Oise depuis 2002 (tout d'abord sous son ancien nom, DuPont) une usine de composés de PFAS pour des mousses anti-incendie, annonce en 2023 recruter pour développer des produits liés à la filière de l'hydrogène vert, avant de faire volte-face et décider de la fermeture de l'usine. Accusée de se comporter en prédateur, et de partir sans dépolluer, la société assure avoir divisé par 39 ses émissions de PFAS entre 2022 et 2024, sans que les quantités émises les années précédentes et depuis 2002 ne puissent être documentées par l'entreprise. Elle est toutefois considérée comme étant l'un des cinq plus gros émetteurs en France, et soupçonnée depuis 2013 d'être à l'origine d'une importante pollution identifiée dans la Seine[4].

Lobbying

Chemours est selon le Corporate Europe Observatory la société la plus active dans la campagne de lobbying visant à contrer le projet de l'union européenne d'interdiction de 10 000 PFAS (appelés aussi « polluants éternels »)[14],[15], campagne qui voit une multiplication des commentaires telle que, avec plus de 100 000 pages à lire, l'adoption du projet, initialement prévu en 2025, « n’est aujourd’hui plus envisagée avant 2026, voire 2027 »[16]. Son rapport fait notamment état d'un doublement des dépenses de lobbying de Chemours. Ses tactiques consistent à multiplier les réunions de haut niveau avec les différents départements de la Commission européenne au détriment des ONG, à mobiliser ses alliés et fournisseurs et à faire pression sur eux pour qu'ils interviennent auprès de la Commission, et à promouvoir un dispositif moins contraignant comme alternative à une interdiction des PFAS, à savoir une proposition de benchmark[14] ,[15]. Son budget de lobbying pour la seule Union européenne est passé de 550 000 euros, en 2017, à plus de 2,25 millions d’euros, en 2023, d’après ses déclarations au registre de transparence de l’UE[16],[17]. Selon Le Monde, le groupe a « mis en place un « portail de plaidoyer » en ligne, protégé par mot de passe, qui fournit vidéos, tutoriels et argumentaires à ses clients »[16]. Chemours intervient aux côtés du CEFIC, le groupe de lobbying de l'industrie chimique doté d'un budget de 10 millions d'euros, dont elle copilote avec 3M, Arkema et Daikin la branche « FluoroProducts & PFAS for Europe ». Chemours est par ailleurs membre de l'association professionnelle Plastics Europe, qui est très active elle aussi pour promouvoir une « production responsable » des PFAS[14]. Sollicité, Chemours a répondu qu'il ne visait pas à retarder les travaux de la Commission, mais à l'informer aux mieux des tenants et aboutissants[14],[15].

Notes et références

Annexes

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