Christianisme dans l'Angleterre anglo-saxonne

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Le christianisme supplante le paganisme anglo-saxon comme religion des Anglo-Saxons au cours des premiers siècles du haut Moyen Âge. Il est introduit à la fin du VIe siècle avec l'arrivée de la mission grégorienne dans le royaume du Kent. La christianisation des Anglo-Saxons se poursuit tout au long du VIIe siècle sous l'impulsion des missionnaires venus de Rome et des royaumes francs dans le Sud de l'Angleterre et des moines irlandais venus d'Iona dans le Nord de l'Angleterre.

Contexte

Le christianisme est introduit en Grande-Bretagne à l'époque romaine. Trois évêques britanniques assistent au concile d'Arles en 314. L'archéologie suggère que cette nouvelle religion est surtout pratiquée dans les villes et par les couches supérieures de la population au IVe siècle[1]. Elle est plus répandue au Ve siècle, comme en témoigne le nombre de tombes présentant des caractéristiques chrétiennes (orientation est-ouest, absence de mobilier funéraire), mais le paganisme reste largement pratiqué[2].

Pendant l'Antiquité tardive, la colonisation de la Grande-Bretagne par les Anglo-Saxons voit l'arrivée sur l'île de peuples germaniques dont la religion est une forme de paganisme germanique. Ce paganisme anglo-saxon est peu attesté dans les textes comme dans l'archéologie. Quelques toponymes reflètent peut-être la présence de lieux de culte païens, tandis que d'autres font référence à des divinités telles que Woden (Odin) ou Thunor (Thor)[3].

Christianisation

Les ruines de l'abbaye Saint-Augustin de Cantorbéry avec la cathédrale moderne à l'arrière-plan.

La christianisation des Anglo-Saxons débute à la toute fin du VIe siècle. La mission grégorienne, envoyée par le pape Grégoire le Grand pour convertir les Anglo-Saxons, arrive dans le royaume du Kent en 596. Le roi Æthelberht, dont la femme, Berthe, est une princesse mérovingienne chrétienne, reçoit peu après le baptême[4]. Il favorise la propagation de la nouvelle religion dans son royaume et au-delà : les rois Sæberht d'Essex et Rædwald d'Est-Anglie se convertissent sous son influence. Le chef de la mission grégorienne, Augustin, devient le premier archevêque de Cantorbéry[5]. Dans son Histoire ecclésiastique du peuple anglais, Bède le Vénérable accorde à la mission grégorienne un rôle prépondérant dans la christianisation des Anglo-Saxons. En réalité, elle est également le fait de missionnaires francs, comme Félix en Est-Anglie dans les années 630 et Birin dans le Wessex au même moment[6].

Dans le Nord de l'Angleterre, le premier roi chrétien de Northumbrie est Edwin, le gendre d'Æthelberht, qui est baptisé en 627 et accueille le missionnaire romain Paulin comme premier évêque d'York[7]. Lorsque Edwin est tué au combat, en 632, Paulin s'enfuit dans le Sud et le nouveau roi Oswald, qui appartient à une lignée rivale, préfère faire appel aux moines irlandais d'Iona. Le monastère de Lindisfarne est fondé en 635 par Aidan[8]. Des missionnaires irlandais et northumbriens contribuent à la conversion ultérieure des Midlands et du Sud de l'Angleterre. Ainsi, c'est sous l'égide du Northumbrien Cedd que l'Essex est définitivement christianisé dans les années 650, tandis que le moine irlandais Fursy contribue à l'évangélisation de l'Est-Anglie[9].

Bède affirme explicitement que les Bretons insulaires refusent d'évangéliser les Anglo-Saxons. En réalité, il est vraisemblable qu'ils jouent un rôle dans leur conversion, notamment dans la moitié occidentale de l'Angleterre, de la Cumbria au nord jusqu'au Devon au sud. Dans le Galloway, l'église celtique de Candida Casa devient ainsi le siège de l'évêché anglo-saxon de Whithorn[10].

Le succès du christianisme auprès des rois anglo-saxons s'explique par le gain de prestige que leur accordent les rituels de la nouvelle religion, qui leur permet aussi de se présenter comme les héritiers des empereurs romains. Les diocèses et monastères chrétiens forment également des relais supplémentaires de l'autorité royale et offrent de nouveaux débouchés aux classes supérieures[11]. La christianisation du peuple s'étend vraisemblablement sur plusieurs générations après le baptême de son souverain, comme en témoignent les efforts de lutte contre le paganisme qui démarrent réellement à la fin du VIIe siècle[12].

Consolidation

Les ruines de l'abbaye de Whitby.

En 664, le roi Oswiu de Northumbrie organise le concile de Whitby afin d'uniformiser les pratiques religieuses observées dans son royaume. Des points comme le calcul de la date de Pâques ou la forme de la tonsure monastique sont en effet traités différemment par le clergé romain et par le clergé irlandais. Bède le Vénérable offre un récit détaillé des débats du concile, qui opposent le camp irlandais mené par l'évêque Colman de Lindisfarne et le camp romain mené par Agilbert et son interprète Wilfrid. Ce sont ces derniers qui emportent la décision[13].

Après une période d'obscurité pour le siège de Cantorbéry, un nouvel archevêque directement sacré par le pape arrive en Angleterre en 669. Théodore de Tarse sacre de nouveaux évêques et préside en 672 le concile de Hertford, premier grand synode de l'Église anglaise. Il procède également à la division du vaste diocèse d'York après avoir déposé son détenteur, Wilfrid, en 678. Une longue querelle s'ensuit et les deux hommes ne sont réconciliés que peu avant la mort de Théodore en 690[14].

Organisation

Carte des diocèses anglais vers l'an 1000.

L'Église anglaise est organisée sur le modèle de l'Église latine. Son clergé est divisé entre ordres majeurs (évêques, prêtres et diacres) et ordres mineurs (portiers, lecteurs, exorcistes et acolytes). La distinction entre moines et clergé séculier émerge tardivement, au moment de la réforme bénédictine. Les seconds restent libres de se marier et de détenir des biens[15].

Le pape Grégoire le Grand envisage un découpage de l'Angleterre en deux provinces ecclésiastiques, l'une ayant pour siège Londres et l'autre York, chacune comptant douze évêques. Ce plan n'est jamais appliqué en raison des circonstances de la conversion des Anglo-Saxons. À la veille de la conquête normande, le royaume d'Angleterre est partagé entre la province de Cantorbéry, qui comprend les diocèses de Cantorbéry, Dorchester, Elmham, Exeter, Hereford, Lichfield, Londres, Ramsbury, Rochester, Selsey, Sherborne, Wells, Worcester et Winchester, et la province d'York, qui comprend les diocèses d'York et de Durham.

En 672, l'archevêque Théodore de Tarse organise le concile de Hertford, dont l'une des décisions est l'organisation annuelle d'un concile en un lieu appelé Clofesho. Des réunions régulières des évêques des diocèses de la province de Cantorbéry sont attestées jusqu'au milieu du IXe siècle, lorsque les bouleversements politiques engendrés par l'ascension du Wessex et les invasions vikings y mettent un terme. À partir du Xe siècle, les affaires religieuses sont étudiées lors des réunions du conseil royal (le witan) auxquelles assistent les évêques du royaume[16].

Monachisme

Les premiers monastères sont fondés en Angleterre au VIIe siècle à l'initiative des rois. C'est dans ce contexte qu'apparaissent les premières chartes anglo-saxonnes, documents qui enregistrent les donations de terres effectuées par les souverains aux communautés monastiques afin d'assurer leur subsistance[12]. La noblesse commence à son tour à établir des monastères à partir des années 670. Ces établissements sont de taille très variable et suivent des règles diverses. Des auteurs comme Bède le Vénérable ou Boniface de Mayence dénoncent les abus observés dans certains d'entre eux[17].

Riches et mal défendus, les monastères constituent des cibles de choix pour les vikings. Le pillage de Lindisfarne, en 793, frappe l'imagination des chroniqueurs de l'époque : pour Alcuin, il constitue une punition divine pour les péchés de l'Église northumbrienne[18]. Les raids qui prennent place tout au long du IXe siècle entraînent la destruction et l'abandon de plusieurs monastères, comme Lindisfarne dont la communauté s'installe à Chester-le-Street, puis à Durham[19].

La seconde moitié du Xe siècle est marquée par un mouvement de réforme bénédictine. À l'instigation des prélats Dunstan de Cantorbéry, Oswald de Worcester et Æthelwold de Winchester, plusieurs monastères anglais sont refondés sur le respect de la règle de saint Benoît en remplaçant les communautés de clercs séculiers par des moines tenus au célibat. Ces monastères réformés, parmi lesquels on trouve ceux de Glastonbury, Abingdon et Winchester (Old et New Minster) comptent parmi les plus riches d'Angleterre jusqu'à la conquête normande et au-delà[20].

Saints et reliques

Références

Bibliographie

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