Château d'Åkerö
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| Château d'Åkerö | |||
Vue du domaine d'Åkerö en 2011 | |||
| Nom local | Åkerö slott | ||
|---|---|---|---|
| Période ou style | Rococo/Néoclassique | ||
| Type | château de campagne | ||
| Architecte | Carl Hårleman | ||
| Début construction | 1752 | ||
| Fin construction | 1757 | ||
| Propriétaire initial | Carl Gustaf Tessin | ||
| Destination actuelle | visites occasionnelles ; locations | ||
| Coordonnées | 58° 53′ 35″ nord, 16° 34′ 16″ est | ||
| Pays | |||
| Région historique | Södermanland | ||
| Localité | Flen | ||
| Géolocalisation sur la carte : comté de Södermanland
Géolocalisation sur la carte : Suède
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| Site web | https://www.akero-sateri.se/historia/ | ||
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Le château d'Åkerö (Åkerö slott) est un château de campagne situé dans le Södermanland en Suède. Bien que le domaine ait une histoire remontant au Moyen Âge, le château actuellement visible a été construit à la demande de Carl Gustaf Tessin (1695-1770), d'après les plans de l'architecture suédois Carl Hårleman (1700-1753). Ce domaine constitue un bel exemple de l'influence de la mode française dans l'architecture civile suédoise[1].
Le Canard blanc de Jean-Baptiste Oudry fut longtemps exposé au château d'Åkerö[2].
Avant le château d'Hårleman
Le domaine d’Åkerö, situé sur une petite île rocheuse du lac Yngaren (sv) dans la paroisse de Bettna, est considéré comme l’un des plus anciens établissements de la région. Sa position insulaire offrait à la fois des voies de communication par l’eau et une protection naturelle contre les attaques terrestres. Des archives attestent de la présence de propriétaires agricoles sur le site dès les XIIᵉ et XIVᵉ siècles.
En 1281, le seigneur Ulf Karlsson (Ulv) (sv) vend Åkerö à l’Allemand Fredrik Stikting, probablement arrivé en Suède sous le règne de Magnus Ladulås[3]. Le domaine passe ensuite au notable Bo Nilsson (Natt och Dag) (sv), dont les héritiers divisent la propriété en deux parties distinctes, dites d’Åkerö et de Sundby. Ces deux entités sont transmises au cours des XIVᵉ et XVᵉ siècles par héritages et alliances matrimoniales à plusieurs grandes familles de la noblesse suédoise, notamment les Natt och Dag, Grip, Lillje et Svarte Skåning (sv) [4].
À la fin du XVe siècle, les deux parties du domaine sont réunies sous Folke Gregersson (Lillie) (sv). C’est vraisemblablement à cette période, ou au début du XVIᵉ siècle, qu’un manoir en pierre est édifié sur l’île. Ce bâtiment, de plan carré et flanqué de tours d’angle, est représenté sur une illustration d’Erik Dahlbergh publiée dans le Suecia antiqua et hodierna vers 1680[5].
Au XVIᵉ siècle, Åkerö appartient à la puissante famille Bielke (sv), par l’intermédiaire d’Anna Klemensdotter Hogenskild, veuve du conseiller Nils Bielke. Une chapelle est construite sur le domaine en 1577 et décorée de peintures murales en 1585[6]. À la suite du massacre de Linköping (en) en 1600, au cours duquel plusieurs membres de la famille Bielke sont exécutés, le domaine est brièvement confisqué par la Couronne avant d’être restitué aux héritiers.
Le manoir subi un important incendie en 1660 et ne fut jamais entièrement restauré. Malgré cela, le bâtiment reste debout durant plusieurs décennies. Le domaine demeure dans différentes branches de la famille Bielke jusqu’au début du XVIIIᵉ siècle, avant d’être transmis par héritage et successions complexes à la famille Horn, puis contesté devant les tribunaux.
En 1745, les héritiers de la famille Sparre obtiennent gain de cause dans le litige successoral[6]. Parmi eux figure le comte Carl Gustaf Tessin, qui rachète les parts des autres héritiers et devient propriétaire du domaine en 1748, marquant le début d’une nouvelle phase dans l’histoire d’Åkerö .
Période Tessin et propriétaires ultérieurs

Sous la propriété de Carl Gustaf Tessin, le domaine connait une transformation majeure, avec l’édification au milieu du XVIIIᵉ siècle du bâtiment principal encore visible aujourd’hui, qui remplace alors l’ancien manoir médiéval.
Contraint par des difficultés financières, Tessin doit toutefois revendre Åkerö à son beau-frère, le comte Axel Wrede Sparre (sv), tout en continuant à y résider jusqu’à sa mort en 1770. À la mort de Wrede Sparre en 1772, le domaine est hérité par son gendre, le comte Fredrik Sparre (sv), considéré comme le fils adoptif de Tessin. Celui-ci conserve Åkerö jusqu’à son décès en 1803[6].
Le domaine passe ensuite à son propre gendre, le maréchal Fredrik Fabian Montgomery, qui le vend au directeur Carl Abraham Arfwedson. En 1858, ce dernier lègue la propriété à ses petits-enfants, Karl Rudolf et Maria Theresina Cederström, épouse du lieutenant-colonel baron Sten Erik Gabriel Leijonhufvud (sv). Ils restent propriétaires jusqu’en 1900, date à laquelle Åkerö est vendu à l’ingénieur G. F. Enderlein et à son épouse Bertha Svensson[7].
Le domaine demeure par la suite dans la famille Enderlein, étant transmis en 1922 à leur fils, G. F. Enderlein, puis, en 1957, à ses enfants, A. F. Enderlein et M. Palmers[7].
Le château
La construction par Carl Hårleman
Le château d’Åkerö est un exemple représentatif de l’architecture aristocratique suédoise du XVIIIᵉ siècle, marquée par une forte influence française tout en conservant certains éléments des traditions locales. Sa connaissance repose en grande partie sur les écrits de son commanditaire, le comte Carl Gustaf Tessin, figure majeure de la vie politique et culturelle suédoise, dont la notoriété a permis la conservation de témoignages contemporains et de récits documentant l’évolution du domaine.
Tessin entre en possession du domaine en 1745 par l’héritage de son épouse, la comtesse Ulrika Tessin, née Sparre[8]. Lors de la première visite du site en 1746, le couple juge l’ancien manoir du XVIᵉ siècle inadapté à ses aspirations. L’ensemble médiéval, composé notamment d’un château, d’une chapelle désaffectée, de bâtiments administratifs et de maisons en bois, est alors considéré comme insatisfaisant pour les ambitions du couple. En raison de sa situation privilégiée sur les rives du lac Yngaren, Tessin décide en 1748 de faire démolir l’ancien château afin d’édifier une résidence conforme aux principes architecturaux modernes, principalement inspirés de la France. Les matériaux issus de la démolition sont réemployés pour les fondations du nouvel édifice[9].
À la suite de sa visite du site en 1749, Tessin confie le projet à son proche collaborateur et ami Carl Hårleman, alors l’un des principaux représentants de l’architecture d’inspiration française en Suède. Hårleman est en effet un ancien élève de Claude Desgots et fit plusieurs voyages en France. Cette collaboration s’inscrit dans un contexte professionnel étroit, Tessin ayant occupé la charge de Surintendant des Bâtiments de la Couronne avant d’y faire nommer Hårleman[10]. Entre 1750 et 1752, plusieurs projets sont élaborés et amendés conjointement, témoignant d’une maturation progressive du programme architectural.

La construction du corps principal du château débute en 1753[11]. Selon le journal tenu par Tessin, toujours conservé au château, la maîtrise d’ouvrage est confiée à un entrepreneur nommé Falck. En 1756, le gros œuvre est achevé et les travaux de décoration sont engagés, marquant l’achèvement de l’édifice principal après environ quatre années de travaux. Parallèlement, la conception des ailes fait l’objet de réflexions spécifiques. Contrairement au modèle français, celles-ci sont conçues comme des bâtiments indépendants. Initialement prévues sur un seul niveau, elles sont finalement élevées sur deux niveaux afin d’assurer une meilleure harmonie avec le corps central. Leur construction, réalisée en bois enduit, commence en 1755 et s’achève en 1757[12].
En moins d’une décennie, Carl Gustaf Tessin parvient ainsi à faire édifier un ensemble architectural cohérent, caractérisé par une organisation spatiale et une élévation directement inspirées de l’architecture française. La toiture mansardée, le rythme des façades et la différenciation des niveaux entre le rez-de-chaussée et l’étage noble constituent autant d’éléments attestant de cette influence et de l’ambition esthétique du comte[13].
La distribution intérieure
Au XVIIIᵉ siècle, la France s’impose comme une référence majeure en matière de distribution des espaces intérieurs, fondée sur des principes répondant à la fois aux exigences de représentation sociale de l’aristocratie et à l’essor progressif du confort domestique. Cette primauté théorique est formulée dans les traités d’architecture, notamment ceux de Charles-Étienne Briseux et de Jacques-François Blondel, ce dernier affirmant que la distribution constitue le fondement même de l’architecture[14]. Ces idées se diffusent largement en Europe grâce à des ouvrages de référence, tels que le Traité d’architecture dans le goût moderne (1737-1738), qui prolonge une tradition déjà établie par Augustin-Charles d’Aviler à la fin du XVIIᵉ siècle.
Le château d’Åkerö bénéficie directement de cette théorisation française, tant par la formation de son architecte Carl Hårleman que par la francophilie affirmée de son commanditaire Carl Gustaf Tessin et de son épouse. Les séjours parisiens du couple, ainsi que les trois voyages d’Hårleman en France entre 1721 et 1745[15], lui permettent de suivre de près les innovations architecturales contemporaines ainsi qu'il l'indique lors de son deuxième voyage[16]. Sa connaissance approfondie de l’architecture française est attestée par sa correspondance et par une importante collection de dessins conservée au Nationalmuseum[17].

La distribution intérieure du château fait l’objet d’une réflexion approfondie et évolutive. Les projets conservés montrent une adaptation progressive du modèle français aux contraintes locales. Dès les premières esquisses, Hårleman adopte au rez-de-chaussée le principe de la double enfilade, séparée par un mur de refend central, permettant une circulation distincte entre la façade d’entrée et la façade sur jardin. Conformément aux usages français, l’appartement de réception de la comtesse est disposé côté jardin, tandis que l’appartement du comte, plus intime, occupe le côté cour. Cette organisation, bien que théoriquement élégante, se révèle peu adaptée au climat suédois, comme le reconnaît lui-même Tessin à partir de 1757[18], ce qui l’amène à modifier ses usages résidentiels puisqu'il fait aménager dans la foulée dans l’aile nord au premier étage, tout juste achevée, à côté de son important bibliothèque une petite chambre dans laquelle il passe ses hivers. Le comte a également fait installer une chambre pour la comtesse mais cette dernière demeure à l’année dans son appartement du bâtiment principal[18].
L’évolution du plan marque une rupture progressive avec les traditions architecturales suédoises. Le premier projet conserve un schéma national ancien, fondé sur une salle centrale associée à un escalier axial, organisant un plan géométral à six pièces. Cette disposition, typique des demeures suédoises, relègue les appartements sur les façades latérales[13]. Le premier étage est alors structuré autour d’un couloir central éclairé par un dispositif zénithal, une organisation que Gösta Selling rapproche de modèles parisiens, notamment de l’hôtel Galpin[19], connu par le recueil de Jean Mariette[20].

Le projet définitif, qui est celui réalisé, adopte de manière plus affirmée les principes français. L’escalier est décentré afin de libérer les façades pour le développement des enfilades d’appartements. La salle principale, placée dans l’axe de circulation vers le lac, initie l’enfilade d’apparat et devient le principal lieu de réception du couple. Les appartements, organisés en parallèle, suivent une hiérarchie stricte des espaces, depuis l’antichambre jusqu’aux cabinets intérieurs, selon un schéma canonique de l’architecture française. L'appartement de la comtesse, orienté avantageusement sur le lac est celui où se déroulent toutes les réceptions du couple[21]. Le premier étage conserve sa fonction d’accueil des invités, désormais desservi par un couloir longitudinal, solution alors considérée comme moderne et adoptée dans certaines résidences françaises contemporaines, telles que le château de La Motte-Tilly.
Par sa conception, Åkerö apparaît comme l’un des domaines suédois les plus directement inspirés du modèle français au XVIIIᵉ siècle. Toutefois, la diffusion de ce modèle demeure difficile à mesurer. Une publication architecturale majeure paraît en Suède en 1755, le recueil de Carl Wijnblad (1705-1768) gravé par Eric Rehn[22], illustrant plusieurs réalisations de Hårleman, sans toutefois mentionner Åkerö. La comparaison avec ces autres chantiers comme Granhammar (sv), ou Svindersvik (sv) montre néanmoins que le château s’inscrit pleinement dans leur continuité, tout en poussant plus loin encore l’assimilation des principes français[23].
Enfin, le domaine se distingue par la qualité de son décor intérieur, reflet des dernières innovations esthétiques et des pratiques sociales françaises. Bien que largement remanié après la mort du comte, ce décor est documenté par des inventaires, des écrits de Tessin et par des vues intérieures, faisant d’Åkerö un témoignage majeur de la culture architecturale et décorative aristocratique en Suède au XVIIIᵉ siècle.
La décoration intérieure
Une importante modernité
Le château d'Åkerö, en plus de démontrer l'influence française dans son plan, témoigne d'une importante modernité dans son décor intérieur, elle aussi directement héritée des voyages de Carl Gustaf Tessin à Paris. Parmi les éléments les plus modernes stylistiquement au sein du château, se trouve la salle à manger, réalisée en 1756, qui démontre la rapidité du transfert des conceptions néoclassiques en Suède, bien plus que les conceptions rococo[24]. Cette salle à manger a fait l'objet d'une longue réflexion par Tessin, accompagné dans ce projet par l'architecte français Louis-Joseph Le Lorrain, qui lui avait été recommandé par le comte de Caylus, et qui est connu pour être l'un des initiateurs français du « goût grec ». Pour satisfaire les envies de Tessin, Le Lorrain conçoit deux projets pour cette salle : l'un dans le style rocaille avec des lambris richement sculptés, l'autre dans le style néoclassique présentant des toiles de lin peintes, qui imitent des perceptives et des colonnes. C'est ce deuxième projet qui retient l'attention de Tessin[25].


Peinte par Olof Fredsberg, cette salle inaugure en Suède un nouveau type de décor : les trompe-l'œil. Réalisé à partir de toiles de lin tendues et peintes, le décor, d'une importante austérité, déploie une colonnade ionique accompagnée de sculptures feintes, et de perspectives. Parfois considérée comme le « premier intérieur néoclassique »[26], ce décor n'en est pas moins lourd de sens. En effet, sur la cheminée, en marbre de Kolmård, une scène attire l'attention : représentant Alexandre et Diogène, cette scène figurée est surmontée d'une inscription latin « Paululum a sole » (Éloigne-toi un peu de mon soleil). Bien que Tessin ait indiqué dans son journal que cette inscription ne puisse pas être interprétée comme une mise en abyme de sa relation tumultueuse avec le pouvoir royal, certains ne manquent pas de faire un rapprochement[25].
La modernité d'Åkerö est également visible dans l'importance des chinoiseries au sein du décor. Que ce soit au rez-de-chaussée, dans le cabinet de la comtesse, où l'armoire peinte par Olof Friedsberg d'après le magot chinois présent sur la carte de visite du marchand parisien Gersaint, surmonté de l'Amour ramoneur d'après une œuvre gravée de Charles-Antoine Coypel ou encore au premier étage[27]. Le premier étage, destiné à recevoir les chambres d'invité est en effet un lieu où Tessin n'hésita pas à disposer des œuvres importantes de sa collection comme des nature mortes d'Oudry, ou encore des étoffes précieuses comme des taffetas chinois, qui donnèrent d'ailleurs leur nom à une des chambres d'invités[28].
La place des collections dans les intérieurs du château
Le château d’Åkerö fut conçu par Carl Gustaf Tessin comme un écrin pour sa collection d’art, réunie tout au long de sa carrière diplomatique et de ses séjours à Paris et à Vienne. Malgré la vente d’une partie des pièces les plus précieuses à la Couronne en 1749, Tessin conserva au château un ensemble considérable d'œuvres. L’émerveillement qu’elle suscitait auprès des visiteurs de l’époque est résumé par Daniel Tilas (sv) en 1760 :
« Toute cette magnificence et la propreté impeccable du bâtiment lui-même ne valent rien comparées à ce qu’il renferme : de précieuses collections et une bibliothèque importante. Ce qui rend Akerö si remarquable, c’est qu’à l’exception des cabinets et collections de Sa Majesté la Reine à Drottningholm, on peut affirmer sans hésiter qu’aucun particulier en Suède ne possède de collections aussi vastes, de goût et de présentation aussi soignées que celles du comte Tessin[29]. »
L’inventaire de 1757, rédigé par Tessin lui-même, décrit avec précision la répartition des œuvres dans les appartements. Le salon principal présentait des portraits officiels et familiaux, parmi lesquels des œuvres de Georg Engelhard Schröder (sv), Johan Henrik Scheffel (sv), Antoine Pesne et Rosalba Carriera[30].
La chambre de la comtesse Ulla Tessin (sv) rassemblait des pastels de Gustaf Lundberg représentant ses proches et ses amies parisiennes, telles que les princesses de Conti et de Bourbon-Condé, ainsi que des portraits de célèbres dames de la haute société française des générations précédentes, comme la marquise de Sévigné, Ninon de Lenclos ou Mademoiselle de Charolais. Ces œuvres, exécutées par Alexandre Roslin à partir d’originaux plus anciens de Mignard et Gobert, furent adaptées afin de mieux s’intégrer au décor intérieur d’Åkerö : seuls les traits du visage furent copiés, tandis que la coiffure et les vêtements furent entièrement remis au goût des années 1750[31].

Le cabinet de la comtesse, représenté par une aquarelle de Fredsberg (sv) datée de 1762[32], présentait, au-delà de son décor sinisant, plusieurs pastels : un portrait de Carl Gustaf Tessin en tenue de membre du Conseil par Lundberg (1761) et, en dessous, celui d’Antonio Maria Zanetti, ami et collectionneur d’art, par Rosalba Carriera. On y trouvait également un paysage de Van Goyen et de nombreux objets décoratifs, tels que des vases en serpentine, un plâtre représentant Le Garçon à l’écrevisse du sculpteur Lambert Sigisbert Adam (1741), accompagné de deux figurines en terre cuite représentant des Savoyards, un cordonnier et une femme portant un fichu, peintes par Boucher. Le cabinet abritait aussi des figures en porcelaine, une statuette en bronze représentant la Victoire de Pietro Francavilla, ainsi que des bronzes français d’origine anonyme.
Le château renfermait par ailleurs une abondance de sculptures, dont plusieurs bronzes attribués à Adrien de Vries ou à Jean de Bologne, parmi lesquels un Neptune aujourd’hui conservé au Nationalmuseum[33] et une Bethsabée conservée au J. Paul Getty Museum[34]. À côté de cela, les cabinets de curiosités et de minéraux d’Åkerö étaient ornés, entre autres, d’un pastel de Lundberg représentant le fidèle ami de Tessin, Carl von Linné, qui avait organisé son herbier, rédigé la Flora Åkerœensis (1769) et décrit sa collection de minéraux[35]. Ces pièces abritaient les riches collections naturalistes du comte, composées de coquillages, de pierres et de fossiles.
La chambre du comte contenait des dessins et des peintures de maîtres français du XVIIIᵉ siècle, parmi lesquels Jean-Marc Nattier et notamment le portrait de la comtesse Ulla Tessin en robe rouge, Jean-Baptiste Oudry avec Le Canard blanc, ou encore des œuvres de Louis Tocqué. La « petite garde-robe » de Carl Gustaf Tessin, pièce intime attenante à la chambre à coucher et interdite aux femmes, reflétait par son accrochage le goût particulier du comte pour les curiosités licencieuses[36]. C’est là qu’était conservée La Nonne en prière de Martin van Meytens, exemple de pornographie du XVIIIᵉ siècle, exposée au milieu d’une douzaine de gravures dont des mezzotintes érotiques.
Les deux chambres d’amis situées à l’étage supérieur étaient ornées de dessus-de-porte formant pendant, signés Jean-Baptiste Oudry[37].
Ainsi, la collection de Carl Gustaf et Ulla Tessin à Åkerö illustre l’importance de leur réseau artistique et intellectuel. Elle comprenait principalement des œuvres des XVIIᵉ et XVIIIᵉ siècles, mêlant peintures, pastels, sculptures, arts décoratifs et naturalia. Présentée dans un château conçu comme la demeure d’un collectionneur, elle témoigne des pratiques de collection aristocratiques et du goût raffiné du couple au XVIIIᵉ siècle.
Malheureusement, la majeure partie de ces objets fut vendue après la mort de Carl Gustaf Tessin par son neveu en , lors d'une vente aux enchères organisée à Åkerö[38]. De ces trésors artistiques, il ne reste aujourd'hui que les grands décors intérieurs fixes.
Jardin et dépendances

Avant tout château de campagne, le château d’Åkerö est directement conçu pour être proche et en connexion directe avec la nature environnante. Son positionnement, en surplomb du lac Yngaren (sv) suffit à le démontrer. Dès l’origine, cette proximité avec la campagne est une donnée essentielle retenue notamment par la comtesse, qui, dès 1752, se réjouit de voit que le parterre sur lequel donneront ses futurs appartements est fleuri de roses, d’œillets et de fraisiers, le tout formant un « vrai régal pour les yeux »[39]. Cette connexion directe avec le domaine se retrouve directement dans la collection intérieure. Ainsi, dans la cage d’escalier, l’inventaire rédigé par le comte en 1757 indique la présence d’une œuvre mettant en valeur le caractère champêtre de cette résidence, il s’agit d’une peinture d’Olof Friedsberg représentant une citrouille géante d’environ 50 kg récoltée dans les jardins du château[18].
Différents plans permettent de connaître les projets que Tessin nourrissait, avec Carl Hårleman, pour les jardins. Eux aussi devaient, comme le château, être représentatifs de la diffusion du goût français en Suède. C’est vers 1749-1750 que l’architecte propose à Tessin un projet ambitieux pour les jardins, mêlant plaisir visuel et utilité, par l’élaboration d’un important potager[40]. Dans ce projet, Hårleman conçoit le jardin comme un espace cruciforme qui se développe du côté de l’entrée, la topographie du lieu, et la présence du lac, ne permettant en effet qu’un développement limité à l’est. Dans cette proposition, deux axes structurent le jardin : l’un, ouest-est, dans la poursuite du château, s’achève par une treille en berceau. L’autre, nord-sud, se conclut d’une part par une orangerie et de l’autre par un petit pavillon, qui conclut la perspective. De part et d’autre de ces axes, Hårleman réalise des bosquets et des allées transversales, capables de créer selon la conception du jardin à la française, des perspectives intéressantes[41].

Ambitieuse, la proposition d’ Hårleman ne vit jamais le jour. Désireux de conférer à son jardin un caractère plus champêtre, Tessin fait évoluer ce dessin vers une composition plus libre, moins structurée et plus parcellaire. Tessin est en effet intéressé par la botanique et désire cultiver des espaces autant rares pour certaines que communes pour d’autres au sein de son jardin[41].
La physionomie du jardin changea également en 1761 après que d’anciennes maisons de bois, encore debout, prirent feu. Tessin prit alors conscience de la nécessité de protéger sa nouvelle demeure contre feu et c’est alors qu’il décida de démolir l’ancienne chapelle et les dernières maisons en bois antérieures à la construction de son château. Tessin remplaça ces constructions par un pavillon, aujourd’hui connu comme le pavillon du gardien, au nord du château, comme l’avait prévu Hårleman sur son dessin[41].

Différentes descriptions dans du journal de Tessin démontrent sa passion pour les arbres variés, qu’il choisit toutefois en raison de leur qualité ornementale. Ainsi, il apprécie le sureau dont la vivacité des fruits rouge permet une composition intéressantes. Les poiriers et les pommiers apparaissent aussi en bonne place dans les plantations du comte, notamment parce qu’ils garantissent un bénéfice direct par la récolte de leurs fruits. Parmi les arbres les plus anciens sur le domaine, se trouve le pommier d’Åkerö, qui aurait été planté par Tessin lui-même, et qui donne aujourd’hui son nom à une variété de pommes toujours produites sur le domaine[42]. Tirant parti des conditions topographiques de son terrain, en 1762, Tessin entrepris la création d’un labyrinthe dans la partie occidentale de son domaine, sur un marécage où étaient plantés des aulnes. D’importants travaux sont alors entrepris afin de construire des allées au moyen de remblais mais aussi afin de permettre d’élever des palissades végétales. En , la famille royale en visite à Åkerö goûta ce divertissement[43].
Galerie
- Vue de la grande salle de l'aile nord en 1968. Les trompe l'oeil de Johan Pasch ont été commandés en 1753 par Tessin pour son château de Läckö mais finalement amenés en 1770 à Åkerö.
- Conservé dans les archives du château d'Åkerö, ce projet de Louis-Joseph Le Lorrain pour la grande salle du château offre à voir la proposition d'un décor rocaille.
- Vue de l'escalier du château d'Åkerö en 1965-1968
- Vue du cabinet de Madame Tessin en 1965-1968. On note la présence de l'armoire peinte par Olof Fridsberg, que l'on retrouve sur l'aquarelle conservée au Nationalmuseum.
- Nature-morte de Jean-Baptiste Oudry, située dans une chambre d'invité au premier étage du château, vue de 1965-1968.
- Projet de Carl Hårleman pour l'orangerie du château d'Åkerö, s. d., Académie royale des Beaux-Arts de Suède.