Château de Conflans

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Destination initialemaison de plaisance
Propriétaire actuelparticuliers (nombreuses tours d'immeubles)
Château de Conflans
Image illustrative de l’article Château de Conflans
Le château de Conflans par Pierre-Denis Martin, début du XVIIIe siècle, musée de Sceaux
Période ou style Architecture de la Renaissance
Type château
Destination initiale maison de plaisance
Propriétaire actuel particuliers (nombreuses tours d'immeubles)
Destination actuelle Château détruit
Coordonnées 48° 49′ 21″ nord, 2° 24′ 12″ est
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Département Val-de-Marne
Commune Charenton-le-Pont
Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Château de Conflans

Le château de Conflans est un château aujourd'hui détruit et qui était situé sur l'actuelle commune de Charenton-le-Pont. De 1673 à la Révolution, il fut la résidence de campagne des archevêques de Paris. Il possédait une grande terrasse monumentale presque aussi grande que celle du château de Meudon, dont il était le pendant à l'est de Paris. En effet, de Conflans, les vues étaient éblouissantes : au nord sur la capitale, à l'ouest sur la Seine et au sud sur la confluence entre la Seine et la Marne.

Au Moyen-Âge

L'origine la plus ancienne connue du château est un hôtel que possédait à Conflans Robert II Comte d'Artois et que reçut en héritage sa fille Mahaut d'Artois en 1303.

Le roi Philippe V le Long réduisit une immense garenne que possédaient les rois de France, qui s'étendait de la Seine du pont de Charenton jusqu'à proximité de Paris, au nord jusqu'au Pré-Saint-Gervais et Rosny, à un territoire plus limité correspondant approximativement à celui de l'actuelle commune de Charenton. Philippe V céda ce domaine en 1316 à sa belle-mère, Mahaut Comtesse d'Artois (dont la fille, Jeanne, avait épousé le roi en 1307)[1].

Mahaut fit agrandir son hôtel de Conflans de 1314 à 1320. Ce logis était un manoir entouré de murs et de fossés, flanqué d'une tour et comprenant une chapelle[2]. L'hôtel appartient ensuite en 1330 à la petite-fille de Mahaut Jeanne de France d'Artois épouse d'Eudes IV duc de Bourgogne[3].

L'hôtel reste ensuite jusqu'à fin du XVe siècle la propriété des ducs de Bourgogne, le plus connu étant Charles-le-Téméraire, signataire en 1465 du traité de Conflans rappelé par une plaque commémorative dans le parc de Conflans. et encore, en principe, celle de Maximilien d'Autriche par son mariage avec Marie de Bourgogne. À cette époque, l'hôtel de Conflans abandonné est en ruine et Maximilien ne fait pas valoir ses droits[3].

À la Renaissance : le chef-d'oeuvre des Villeroy

Au début du XVIe siècle, Conflans est considéré comme faisant partie du domaine royal avec les maisons de la rue des Bordeaux et le Séjour du Roi.

Le fief de Conflans est démembré en 1553. La partie du Séjour de Bourgogne à l'emplacement de l'actuel lycée Notre-Dame-des-Missions, de la médiathèque de l'architecture et du patrimoine et de la chapelle de Conflans, qui comprenait «une vieille masure en ruine» et huit et demi arpents de terrain est vendue à Jean Gauchery, secrétaire du roi.

La partie correspondant au parc et au château de Conflans, tel qu'il sera reconstruit par la famille Villeroy et qui sera celle conservé jusqu'au XXe siècle, (à l'emplacement des immeubles du square Henri Sellier au sud de l'actuelle rue du Séminaire-de-Conflans) est vendue par le roi Henri II au propriétaire des vestiges de l'ancien manoir, Claude Dodieu, évêque de Rennes[4].

Claude Dodieu revend le bâtiment et le terrain à André Guillard en 1554 en conservant les droits seigneuriaux[5].

1568 : acquisition par Nicolas III de Neufville de Villeroy, dit Legendre

Proposition de restitution du grand parterre fin XVIe du château de Conflans, avec la statue de David et Goliath citée dans la description de 1619.
Restitution de l'intérieur de la galerie des portraits du château de Conflans, dont le décor peint est achevé en 1603.

André Guillard vend la maison le à Nicolas III de Neufville de Villeroy qui rachète en 1577, l'engagement dans le domaine royal (droits seigneuriaux)[5]. Le Claude de l’Aubépine et Marie de Malon (propriétaire du château et domaine de Bercy) lui vendent la maison seigneuriale de Conflans dans le fief de Bercy. Cette partie correspond à l'aile ouest, dernière partie détruite en 1967 du château (ancienne propriété Hartmann)[6].

La famille de Villeroy fit construire le château tel qu'il était lors de sa destruction au XXe siècle et en fit une des plus belles demeures de France avec un parc en terrasses s'étendant jusqu'au bord de la Seine. Henri IV y fit de fréquents séjours ainsi que Ronsard qui lui consacra une de ses plus belles épitres.

Restitution de la distribution supposée de l'aile du Pavillon du Roi au château de Conflans, fin du XVIe siècle.

Nicolas Legendre, seigneur de Villeroy, fait entreprendre d'importants travaux :

*réparation de la galerie basse des orangers et contrebutement du mur de soutènement du jardin des orangers par Jacques Lefèvre, maçon à Paris, en 1575[7].

*Construction en 1578 de l'étage haut de la galerie des Orangers par Christophe Lambert, maître maçon à Montigny, Jérôme Delaporte, maître charpentier à Paris et Jean Regnault et Mathieu Duquesne, couvreurs à Paris.

*Achèvement de la petite galerie en retour d'équerre à l'ouest et du cabinet en 1579 par le maçon Jacques Lefèvre.

*Etage de comble des nouvelles écuries en 1581 par Jean de Villiers, maître charpentier à Paris.

*Construction en 1582 du corps de logis entre cour et jardin de même ordonnance que la grande galerie par Pierre Chapponet, maître maçon à Paris et Nicolas Conseil, compagnon menuisier à Paris.

*Installation de bassins et fontaines entre 1580 et 1583 par le sculpteur Mathieu Jacquet.

*Décor de la galerie haute limite 16e siècle 17e siècle, achevé en 1603[7].

La grande galerie était la pièce la plus spectaculaire du château. Sa fenêtre terminale au nord donnait sur Paris, offrant une vue éblouissante. La galerie était éclairée par de nombreuses fenêtres (environ 10 ou 11) donnant sur la Seine à l'Ouest, et par 6 fenêtres à l'est, et une au bout au nord. Elle était décorée d'environ 350 portraits d'hommes et de femmes célèbres. Son plafond voûté - et non pas simplement plat - en relevait la splendeur, il était décoré de peintures de fleurs, de fruits, d'animaux et autres signes. Il s'agissait d'une pièce d'apparat reliant le corps central du château avec l'aile en retour dite du pavillon du roi. La galerie de portraits conservée du château de Beauregard offre un bon exemple de comparaison, même si la galerie de Conflans était beaucoup plus majestueuse encore.

Aux XVIIe et XVIIIe siècles

Le château de Conflans, gravure d'Israël Silvestre, c.1680.

Nicolas Verdun, puis Nicolas Le Jay

Charles de Neuville de Villeroy fils de Nicolas IV vend le château en 1619 à Nicolas de Verdun Premier Président au Parlement de Paris pour 95 000 Livres[8]. La propriété et l'engagement (droits seigneuriaux) sont achetés par Nicolas Le Jay, procureur au Châtelet, qui y reçoit le cardinal de Richelieu durant plusieurs mois. Richelieu signa les actes instituant l'Académie française au cours d'un de ses séjours à Conflans qu'en 1635[9]. Son appartement devait certainement être occupé par celui dit du Roi dans "l'aile du Pavillon du Roi", disposant d'une somptueuse vue sur tout Paris.

La marquise de Senecey, gouvernante du jeune roi Louis XIV

Marie-Catherine de La Rochefoucauld, veuve du marquis de Seneçay ou Senecey, gouvernante du jeune Louis XIV, achète le château en 1645 et y effectue d'importants travaux. Une peinture du plafond par Eustache Le Sueur représentait le jeune roi assis dans un char conduit par une Dame faisant allusion à la gouvernante[10]. Il semble que c'est à cette époque que date la construction d'un pavillon carré au bord de la Seine par l'architecte Louis Le Vau, dont le plafond fut peint par Le Sueur pour la marquise de Senneçay entre 1645 et 1649[7]. Il s'agit de la "Grotte de Conflans", qui disposait de nombreux jets d'eau, dont certains provenaient même du sol, modèle dont s'inspirera la Grotte de Thétys à Versailles.

1655 à 1673 : Le duc de Richelieu, neveu du cardinal

La marquise abandonne le château pillé par les soldats de Condé lors de la Fronde et le vend le à Armand-Jean de Vignerot du Plessis, (1629-1715), duc de Richelieu, et neveu héritier du Cardinal. Molière et sa troupe y jouent la Critique de l’école de femmes le en présence de la Reine, du Duc et de la Duchesse d’Orléans. Pressé par ses créanciers, le duc de Richelieu, ruiné, dût revendre Conflans en 1673 à l'archevêque de Paris. De par la longue possession du château, 18 ans, il paraît évident que le duc de Richelieu aimait énormément cette maison de plaisance. Il dût être séduit par la vue sur la capitale, et les vues sur la Seine.

Enfin, le mariage manqué de la grande Mademoiselle avec Lauzun faillit être célébré à Conflans (1670). Laissons la parole à l'héroïne :

« Monsieur de Montausier nous demanda où est-ce que nous nous marierions. Je lui dis : à Eu ou à Saint-Fargeau. Après avoir rêvé un moment, il [Lauzun] me dit, si je n'avois point de repugnance pour Conflans, que c'estoit une jolie maison ; que M. de Richelieu la tenoit bien propre. La conclusion de cette conversation fut que nous irions nous marier à Conflans. Il [Lauzun] s'en alla à huit heures et, à dix, il m'envoya Baraille, qui m'apporta un billet de sa part, par lequel il me mandoit que M. de Richelieu lui avoit esté dire que madame sa femme avoit quelques mesures à garder auprès de la reine ; qu'il ne pouvoit me prêter sa maison ; qu'il en étoit bien aise, parce qu'il lui avoit paru que j'avois quelque repugnance à y aller. Je dis à Baraille que la maréchale de Crequi en avoit une à Charenton qui seroit notre affaire. Je devois aller le lendemain à confesse et partir à quatre heures pour être à six à Charenton chez la maréchale de Crequi. L'on nous redit quelques contes que l'archevesque de Reims avoit faits. Ainsi nous primes résolution que ce ne seroit point lui qui nous marieroit, que nous prendrions le curé de Charenton. »

1673 : Conflans aux archevêques de Paris : un "jardin délicieux"

Vue restituée depuis le chemin au pied de l'ancienne terrasse du château de Conflans, sur le moulin et la Seine, d'après un dessin du XVIIIe siècle
Château et parc de Conflans en 1770

Le domaine est acheté en 1673 par l'archevêque de Paris François Harlay de Champvallon pour une somme de 95 000 Livres qui servit à rembourser les créanciers hypothécaires du duc de Richelieu. Le château est la maison des champs - surtout la résidence des beaux jours - des archevêques de Paris jusqu'à la Révolution.

Mme de Sévigné, écrit dans une lettre du  :

"le samedi, M. et madame de Pomponne, madame de Vins, d'Hacqueville et l'abbé de Feuquières, vinrent me prendre pour aller nous promener à Conflans. Il faisait très-beau. Nous trouvâmes cette maison cent fois plus belle que du temps de M. de Richelieu. Il y a six fontaines admirables, dont la machine tire l'eau de la rivière, et ne finira que lorsqu'il n'y aura pas une goutte d'eau."

D'importants travaux ont encore lieu : aménagement d'un nouveau jardin au sud et prolongement des terrasses par André Le Nôtre ; reconstruction en 1676 du moulin de Quinquengrogne par l'ingénieur Georges Stiennon, pour servir à monter l'eau pour les jardins. Construction en 1709 (date portée) du contrefort de l'aile ouest pour le cardinal de Noailles[7]. Saint-Simon écrit au sujet de François III de Harlay, archevêque de Paris :

« Le clergé lui résista, le monde l'abandonna (...). Il ne trouva de ressource qu'à s'enfermer avec sa bonne amie la duchesse de Lesdiguières qu'il voyait tous les jours de sa vie, ou chez elle ou à Conflans, dont il avait fait un jardin délicieux (...) ».

En , le "Carnaval a fini par un grand mariage dont la Ceremonie a esté faite à Conflans dans la Maison de Monsieur l’Archevesque, où Mr le Duc de Louvigny a épousé Mlle d’Humieres"[11].

Au XVIIIe siècle, le portail d'entrée de la grande cour au nord est reconstruit en 1777 par l'architecte Pierre Desmaisons. A Conflans, est également édifiée une fabrique de jardin circulaire - un petit pavillon - érigée en 1786 par Pierre Desmaisons sur les bords de Seine à l'ouest, à la limite du parc de Bercy et démoli au 3e quart du 19e siècle[7]. Le grand corps de logis central est reconstruit par Pierre Desmaisons vers 1786. Réfection de la chapelle octogonale au nord du grand corps de logis entreprise en 1788 par Pierre Desmaisons et achevée en 1824[7].

Restitution 3D des jardins à la fin du XVIIe et/ou au XVIIIe

Au XIXe siècle

Le château et son parc sont confisqués à la Révolution et vendus comme bien national. L'ensemble est morcelé en trois lots entre 1792 et 1795. L'aile ouest avec l'ancien jardin situé entre les rues de l'Arcade et du Port-aux-Lions est la propriété d'un négociant en vins Louis Pottier. Cette partie du château est rachetée par Georges Hartmann et reste dans sa famille jusqu'en 1967.

L'aile est rachetée en 1827 par l'archevêque de Paris Hyacinthe-Louis de Quélen pour en faire sa résidence. Ce corps de bâtiment est saccagé au cours d'émeutes en 1830. L'archevêque de Paris, Joseph Hippolyte Guibert, y établit après 1871 une succursale du séminaire Saint-Nicolas-du-Chardonnet qui reste jusqu'à sa fermeture en 1905 à la suite de la Loi de séparation des Églises et de l'État[12]. Cette partie est démolie en 1926 avec transfert des boiseries au musée Carnavalet à Paris.

La destruction au XXe siècle et les vestiges

Le prolongement de l'avenue de la Liberté jusqu'à Seine en 1890 a traversé la partie ouest du domaine de l'ancien château sur une partie du domaine de la propriété Hartmann entrainant la destruction de constructions annexes[13].

L’aile est du château qui appartenait à l’archevêque de Paris est mise sous séquestre en à la suite de la loi de séparation de l'église et de l'État avec la partie du parc attenant qui s'étendait jusqu'au quai de Bercy et devient la propriété de l’État de la commune. Cette partie du château (emplacement du parc Henri-Sellier) est laissée à l’abandon et détruite en 1917 et 1920. Le parc laissé en friches, est ensuite aménagé en terrain de sport dans les années 1920. Un ensemble d'immeubles HBM (place Bobillot) y est construit en 1933[14].

Des immeubles sont construits en 1954 à l'emplacement de l'aile est et de la terrasse (square Henri Sellier, espace privatif de cet ensemble immobilier) qui dominait la partie basse du parc (place Bobillot) où s'étend l'ensemble d'immeubles construits en 1935, la place et le square étant reliés par un escalier préservé de l'ancienne propriété.

L'aile ouest est abandonnée par ses derniers propriétaires, la famille du distillateur Georges Hartmann (1847-1940)[15], qui n'avaient plus les moyens de l'entretenir. Après l'abandon d'un projet de la commune d'un rachat pour y établir une maison de retraite en 1963, il sert de cité de transit - ce qui achève de le dégrader - et est finalement vendu en 1966 à un promoteur qui le détruit pour construire un immeuble résidentiel[16].

Les seuls vestiges sont un bel escalier Renaissance au fond de la place Bobillot (voie privée d'un ensemble d'immeubles HBM édifié dans les années 1930), qui était placé dans l'axe principal du château et le portail d'entrée rue du Séminaire-de-Conflans, construit en 1777 par l'architecte Pierre Desmaisons et restauré en 2006[13].

Description détaillée

Références

Annexes

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