Château neuf
histoire de l'urbanisme
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La plupart des petites villes françaises actuelles sont nées au Moyen Âge à l'abri d'un castrum nouvellement bâti, par opposition aux anciennes cités gallo-romaines. Le phénomène, que les historiens désignent sous le nom de « bourg castral », correspond à l'apparition, à partir de l'an mil, d'agglomérations nouvelles autour des lieux de pouvoir seigneuriaux[1].

Terminologie et toponymie
Le terme « château neuf » traduit le latin médiéval castellum novum ou castrum novum, qui qualifie un château de fondation récente, distinct du château ancien ou de la cité antique auprès desquels il s'établit parfois. Dans le Midi, l'occitan a produit la forme castèl nòu (gascon castèth nau, béarnais castètnau, catalan castellnou), francisée en castelnau, tandis qu'au nord du domaine d'oïl les formes Neufchâtel, Neufchâteau ou Neuchâtel restent plus courantes que Châteauneuf, l'adjectif y étant antéposé au substantif selon un usage attesté dans le Nord et l'Est de la France ainsi qu'en Belgique et en Suisse romande[2].
Genèse d'une agglomération autour du château
L'historien André Debord a proposé de définir le bourg castral comme une agglomération d'hommes réunis autour d'un château majeur dont le détenteur, titulaire du droit de ban, en fait de facto un centre de pouvoir politique et économique promis à devenir chef-lieu[3]. Ce phénomène ne doit pas être confondu avec l'incastellamento méditerranéen, qui regroupe sur un site perché tout l'habitat villageois auparavant dispersé, ni avec l'essor plus tardif (XIIIe et XIVe siècles) des castelnaux gascons, véritables lotissements articulés autour d'une simple maison forte et non d'un château au sens strict, dont l'église reste souvent marginale dans la structure urbaine[1].
Pour connaître le succès, le centre urbain ainsi créé devait occuper un site favorable aux activités économiques : fond d'estuaire, présence d'un gué ou d'un pont, contact entre plaine et forêt. Les nouveaux venus ne s'installaient plus dans la vieille ville ni, a fortiori, dans le château lui-même : ils bâtissaient leurs maisons, à la fois ateliers et boutiques, au pied de la muraille, près des portes. Ce bourg, ou faubourg, se développait autour d'une place où se tenait le marché, le commerce et l'artisanat étant la raison d'être de la nouvelle communauté. Lorsque les habitants étaient assez nombreux et leur richesse suffisante, ils obtenaient du seigneur le droit d'élever une palissade puis une véritable muraille : l'enceinte primitive était alors démolie et la vieille ville se fondait dans la nouvelle, l'essor urbain se marquant par une série d'enceintes concentriques dont le tracé des rues ou des boulevards garde souvent la trace aujourd'hui[1].
Exemples documentés
À Coucy-le-Château (Aisne), la ville qui s'est développée aux abords du château de Coucy bâti au début du XIIIe siècle par les sires de Coucy, et dont l'enceinte est contemporaine de celui-ci, illustre le processus de « genèse d'une agglomération secondaire » propre au bourg castral[4].
Dans l'Albigeois, le castrum novum de Cordes, fondé au début du XIIIe siècle par le comte de Toulouse, structure à son tour tout un réseau castral antérieur et un territoire dont il devient le centre à partir de cette date[5].
Neufchâteau, dans les Vosges, dont le nom même transpose le latin novum castrum, s'est établie sur la haute Meuse aux confins de la Lorraine et de la Champagne. Sa situation sur de grands axes commerciaux médiévaux lui permit d'enrichir une bourgeoisie marchande spécialisée dans le commerce du drap[6].
Formes voisines
À côté des châteaux neufs coexistent au Moyen Âge d'autres types de fondations : les vieilles villes gallo-romaines, abritées derrière leurs murailles antiques et peuplées de clercs au service de l'évêque ; les sauvetés, créées par une autorité religieuse et conférant à leurs habitants des privilèges d'hospitalité et d'immunité ; et, plus au sud, les bastides, villages neufs organisés autour d'une place à arcades et d'une église, dont la fondation répond à une logique de peuplement distincte de celle du bourg castral[1].
