Clarisse Juranville
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Clarisse Juranville, née en 1826 à Mardié (Loiret), et morte en le 16 mai 1906 dans la même ville, est une institutrice et autrice de manuels et livres pédagogiques française catholique.
Elle a d'abord travaillé comme enseignante, puis s'est consacrée à l'écriture d'ouvrages pédagogiques. Au début, elle écrivait surtout des manuels, puis a intégré des histoires et a écrit des romans pédagogiques, ayant pour objectifs la transmission de valeurs morales aux élèves, à travers des références littéraires et historiques. Son œuvre s'est adaptée aux changements de l'éducation en France entre le Second Empire et la IIIe République.
Elle a également écrit de nombreux ouvrages spécifiquement destinés aux jeunes filles, qui, bien que préparant les filles un rôle domestique de futur épouse et mère, les incitait à devenir des femmes éduquées.
Clarisse Juranville est née en 1826 à Mardié, dans le Loiret, dans une famille de vignerons. Après avoir étudié, à l'école du village puis à Orléans, elle devient en 1845 institutrice dans une école pour fille, Le Couvent à La Bussière. Elle y enseignera pendant 15 ans, au côté d'une autre institutrice, Mademoiselle Vieugué. En 1860, elles s'installent toutes les deux à Orléans, et Juranville se consacre à l'écriture de livres pédagogiques[1]. Elle écrit ainsi, de 1869 à 1904, une quinzaine de manuels pour les écoles pour filles, seule d'abord puis en collaboration avec Mademoiselle Vieugé ou Pauline Berger, institutrice parisienne rencontrée en 1889[2].
En plus de livres pédagogiques, Clarisse de Juranville a écrit de nombreux livres de vie pratique, indiquant les bonnes règles de vie à suivre pour des jeunes femmes : éducation morale, savoir-vivre, devoirs et obligations[3]. Dans ses ouvrages, Clarisse Juranville met en avant la vie de femmes célèbres, et rédige des manuels sur les sciences ou la littérature spécifiquement à destination des jeunes filles[1]. Ayant traversé plusieurs contextes politiques, Clarisse de Juranville a adapté ses écrits aux évolutions scolaires françaises[2].
En 1886, elle est élue au Conseil départemental de l’enseignement primaire du Loiret. En 1898, elle reçoit les Palmes d’Officier d’Académie[1].
Œuvre et pédagogie
Les premiers écrits de Clarisse Juranville sont très scolaires et pragmatiques, supports pédagogiques pour l'enseignement du calcul ou de la conjugaison. Elle intègre petit à petit des histoires de fiction dans ses manuels, en remarquant l'intérêt des enfants pour les récits. C'est un désir pédagogique qui l’amène vers la littérature. A partir des années 1870, elle écrit des livres de prix, des manuels de morale et des romans scolaires[2].
Dans ses premières publications, ayant été écrites sous le Second Empire (1852-1870), la référence à la religion dans ses écrits est omniprésente, accompagnée de références littéraires. Les récits mentionnent également fréquemment la nature, la faune et la flore[2].
Après la proclamation de la IIIe République, dans un contexte de forte production de manuels ayant pour objectif de transmettre aux enfants valeurs morales et amour de la patrie, Juranville écrit de nombreux récits de vulgarisation historique. Ceux-ci ne se concentrent pas sur la valorisation du libéralisme français ou des aspirations révolutionnaires de la France, contrairement à d'autres productions de ses contemporains, mais citent de nombreuses figures historiques. Cela est un moyen de raconter le passé, mais également de fournir des exemples à imiter pour les enfants[2].
Engagement pour l'instruction des filles
Au XIXe siècle, l'instruction doit faire des petits garçons de bons maris, mais aussi de bons citoyens et soldats. Les jeunes filles, elles, ne disposent pas de droits politiques et civiques, et sont cantonnées au rôle d'épouse et de mère. Si Juranville ne remet pas en cause cette situation, insistant sur le fait que les femmes n'ont pas à essayer de se rendre actives en politique, elle enseigne néanmoins que les filles doivent s'intéresser au monde, et être patriotes. Dans les récits historiques de Juranville, le contenu est épique et patriotique, même s'il s'adresse à des jeunes filles. Elle explique que les femmes doivent s'occuper de leur foyer, mais insiste sur la nécessité de posséder des connaissances en économie domestique et en sciences. Les connaissances scientifiques dispensées dans ses manuels à l'usage des jeunes filles dépassent de loin les bases nécessaire à la bonne tenue du foyer. Enfin, Juranville considère que la culture littéraire est nécessaire aux femmes[2].
Bien que ne remettant nullement en cause les inégalités de genre de son époque, car voyant l'assignation au foyer des femmes non comme une infériorité mais comme une "différence d'assignation", elle va à l'encontre de certains courants de pensée de son époque, qui considèrent que par l’école on risque de transformer les filles en femmes savantes qui négligent le foyer. Juranville écrit un idéal féminin présenté comme une mère de famille, forte de ses devoirs domestique, mais ayant suffisamment d'instruction pour avoir une conversation, du jugement et la capacité à nourrir sa foi[2].
Impact
Le travail de Clarisse Juranville a eu un impact concret sur l'enseignement en France, entre le Second Empire et la IIIe République, et en particulier sur l'éducation des filles. Ses livres sont utilisés dans de nombreuses écoles françaises, réédités et diffusés à des dizaines de milliers d’exemplaires. Par exemple, en 1880, son manuel Manuel d’éducation morale et civique est présent dans 57 départements[2]. Ses ouvrages étaient considérés comme des classiques, et réédité jusqu'à l'entre deux guerres[1].