L'origine de la congrégation remonte à la figure du frère Angelo, dit Angelo Clareno (ou Angelo da Cingoli). Ses disciples voyaient en lui un modèle de vie pauvre et de renouveau spirituel : sa mémoire et son charisme ont favorisé la formation de groupes érémitiques identifiés sous le nom de « Claréniens »[1],[2],[3],[4]. L'organisation formelle du mouvement est liée aux Pauvres Ermites qui, dès la fin du XIIIe siècle, se sont séparés de l'observance régulière. Avec l'approbation pontificale de 1294, ils adoptèrent un mode de vie plus ascétique et érémitique, modifiant leur habit religieux pour revendiquer une fidélité stricte à la Règle de saint François[4]. Bien que certains documents pontificaux de l'époque témoignent d'un jugement ambivalent à l'égard de sa personnalité, Angelo Clareno s'est distingué comme traducteur du grec et auteur de commentaires sur la Règle. Cette activité intellectuelle a largement contribué à la diffusion de ses idées parmi ses partisans[4].
Au cours du XIVe siècle, les Clarènes s'inscrivent dans un contexte de tensions croissantes entre les courants franciscains et l'autorité papale. Cette période, marquée par l'« âge des procès » sous le pontificat de Jean XXII, voit la multiplication des accusations d'hérésie contre les groupes radicaux. Le soupçon de déviance doctrinale lié à la pratique de la pauvreté absolue entraîne alors des persécutions systématiques, provoquant la dispersion de nombreux noyaux érémitiques. Malgré cette pression, certains groupes maintiennent leur cohésion grâce au soutien de l'épiscopat local et de protecteurs laïcs. Ils se consolident dans de petits établissements ruraux et des ermitages des diocèses d'Italie centrale, où ils assurent des fonctions religieuses et caritatives en marge des structures conventuelles officielles[3]. L'histoire des Clarènes oscille ainsi entre la répression inquisitoriale et des phases de tolérance apostolique ou épiscopale, aboutissant à une organisation fragmentée, faite d'autonomies locales et de reconnaissances partielles souvent contestées par les institutions centrales[3].
Dès la fin du XIVe siècle, sous le pontificat de Boniface IX, plusieurs actes pontificaux visent à protéger les Pauvres Ermites et à régulariser leur statut juridique et canonique. Ces documents accordent des garanties de protection apostolique tout en adressant des directives précises aux évêques des diocèses concernés[4]. Le privilège Decet Sanctam de 1391 constitue l'un des témoignages majeurs de cette phase de reconnaissance. Ce texte protège les groupes de Pauvres Ermites établis dans divers diocèses d'Italie centrale et limite l'autorité des inquisiteurs à leur égard, permettant ainsi à de nombreux noyaux communautaires de perpétuer la tradition clarène[4]. Au cours des siècles suivants, malgré des tensions persistantes et une autonomie locale variable, les communautés clarènes obtiennent à plusieurs reprises le droit de gérer des fondations caritatives ou de petits hôpitaux, figurant régulièrement comme bénéficiaires de legs et de testaments de la part de notables et de dévots locaux[4].
Les sources documentaires et l'historiographie moderne confirment une implantation solide des Clarènes dans le sud des Marches et dans certaines zones de l'Ombrie. Ces communautés s'établirent dans des ermitages et de petits couvents ruraux ou forestiers, bénéficiant souvent de donations pieuses et du patronage de communes ou de familles locales[2],[3],[4]. Dans de nombreuses localités de ces régions, la mémoire des Clarènes est préservée par des archives (suppliques, délibérations communales, testaments et registres notariés) qui témoignent de leur rôle social et religieux. Ces documents révèlent que, loin de se limiter aux seuls conflits doctrinaux, ces frères étaient intégrés à un réseau d'assistance incluant la gestion d'ermitages et d'hospices, ainsi que la participation aux pratiques dévotionnelles locales[2],[3],[4]. Des études portant sur le diocèse de Fermo et les environs de Narni mettent en évidence des établissements identifiables, tels que Santa Maria della Selva, Monterubbiano ou Santa Maria del Piano. Bien que modestes, ces ermitages constituaient des points de repère essentiels pour les populations rurales environnantes[2],[3],[4]. La présence des Clarènes est également attestée à l'église San Lorenzo de Repecchiano (Foligno), au couvent San Giacomo de Pérouse et au couvent Sainte-Catherine dans le diocèse de Spello[7].
La phase finale de l'identité autonome des Clarènes se déroule au XVIe siècle, lorsque la réorganisation de l'ordre franciscain et les réformes du Saint-Siège entraînent l'incorporation des congrégations mineures au sein des grandes institutions. En particulier, la bulle Beatus Christus salvatoris, promulguée par le pape Pie V le 23 janvier 1568, officialise l'union des Clarènes avec les Frères mineurs de l'Observance, mettant fin à leur autonomie organisationnelle[1],[2],[4]. Cette intégration provoque le transfert de nombreux couvents et propriétés sous la juridiction de l'Observance. Certains biens sont vendus ou réaffectés, tandis que plusieurs ermitages, privés de leur noyau communautaire d'origine, sont transformés ou abandonnés au cours des décennies suivantes[4]. Les chroniques locales et les registres administratifs conservent la trace de cette transition, comme l'illustrent la vente des biens de Santa Maria da Silva ou le passage des couvents clarènes sous l'autorité de structures urbaines plus vastes, allant parfois jusqu'à la cession formelle des sites par les Observants[4].