La classe Kronstadt, également connue sous le nom de croiseur projet 69 en URSS (en russe: Крейсера проекта 69), est une série de croiseurs lourds (du type croiseur de bataille) destinée à servir dans la marine soviétique. Leur construction, ordonnée en 1936, commence en 1939, mais accumule rapidement les retards, pour finalement être interrompue par l'attaque allemande de 1941.
Dans les années 1930, face au réarmement naval des autres puissances, notamment allemand, le commissariat du peuple à l'industrie de défense (Minoboronprom) reçoit l'ordre de développer la marine soviétique, avec plusieurs projets en 1936 pour de gros navires: c'est d'une part le «projet 23» concernant de gros cuirassés (la classe Sovetski Soyouz de 45 000 tonnes avec des canons de 406 mm), d'autre part le «projet 22» pour des croiseurs lourds (de 23 000 t avec des canons de 254 mm). Ces derniers ont comme mission de faire la chasse aux croiseurs plus légers (limités à 10 000 t avec du 155 ou 203 mm par le traité de Washington de 1922 et le traité de Londres de 1930[2]: exemple de la classe County britannique ou de la classe Brooklyn américaine)[3].
Rapidement, un nouveau projet remplace le précédent, pour des croiseurs rapides bien mieux armés avec des tourelles triples de 305 mm (c'était le calibre des cuirassés russes de la classe Gangut)[4], soit les équivalents des gros croiseurs de bataille des autres marines (la classe Kongo japonaise, les classes Deutschland, Scharnhorst et «O» allemandes, la classe Dunkerque française, ou la classe Alaska américaine). C'est le «projet 69» de 1938, approuvé en janvier puis en par le Comité d'État à la Défense[5]. Un total de seize croiseurs lourds sont envisagés en , ramenés à quatre en et deux en octobre.
La construction commence en , avec livraison prévue pour 1943 des deux premières unités:
Mais les industries navale et mécanique soviétiques ne peuvent tenir les délais, à cause des autres projets en construction (manque d'acier de qualité et de personnel qualifié), des perturbations liées aux Grandes Purges et de problèmes techniques (sur la propulsion, l'armement, le contrôle de tir, etc.). L'achat d'un nouvel armement principal est négocié avec le gouvernement allemand, débouchant en sur un contrat avec l'entreprise Krupp qui devait livrer six tourelles doubles avec des canons SK C/34 de 380 mm: les plans sont donc modifiés, réduisant l'armement de neuf à six pièces, augmentant le déplacement et réduisant un peu la vitesse. Fut aussi envisagé l'achat de télémètres et de projecteurs allemands. Si l'argent fut transféré, ce ne fut pas le cas des tourelles promises pour (un tube fut livré à l'automne 1940 pour être testé).
La coque laissée inachevée du Kronstadt photographiée par la Luftwaffe le .
L'attaque allemande du change la situation. La construction du Kronstadt est interrompue le (estimée alors à 13%); des plaques de blindage furent réutilisées pour les fortifications lors du siège de Léningrad. La coque du Sébastopol est capturée par les troupes allemandes le (avancée à 12%) et partiellement démantelée par les occupants. Au moment de la reprise soviétique de Nikolaïev, la cale fut sabotée par les Allemands. Les restes furent ferraillés en 1947.
↑(en) Joseph A. Maiolo, «Anglo-Soviet Naval Armaments Diplomacy Before the Second World War», The English Historical Review, vol.CXXIII, no501, , p.351–378 (DOI10.1093/ehr/cen010).
↑L'Union soviétique n'est pas signataire des traités navals, mais s'est théoriquement alignée par l'accord naval anglo-soviétique de 1937[1].
↑(en) Jürgen Rohwer et Mikhail S. Monakov, Stalin's ocean-going fleet: Soviet naval strategy and shipbuilding programmes, 1935-1953, Londres et Portland, F. Cass & OR, (LCCN2001017494).