Clivage idéologique
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Un clivage idéologique désigne une division sociale idéologique de la société consistant en formation de groupes d'électeurs sympathisants ou partisans des partis politiques, ayant une tendance commune lors des votes dans l'époque contemporaine.
En sciences sociales et en sciences politiques les clivages sociaux sont des divisions reconnues dans la société en fonction de facteurs spécifiques (dont essentiellement le travail). Ces catégorisations sont utilisées pour décrire le comportement de vote individuel et d'autres aspects des interactions sociales, et les conflits qui se produisent lorsqu'un groupe social développe un sentiment d'appartenance à un projet de société en opposition à d'autres groupes.
L'étude de la formation dans la société des groupes sociaux avant l'industrialisation et l'émergence des partis politiques est faite par les historiens du haut Moyen-Âge, ils apparentent par les conséquences ces groupements aux classes sociales.
Comme par ailleurs dans l'antiquité, pour les historiens, l'étude des groupes populaires urbains médiévaux avant l'industrialisation montre que le travail pour l'ouvrier s'effectue entre « autonomie, contrôle et conflictualité » avec le donneur d'ordre mais reste ancré dans le cadre familial[1]. Cette formulation de la société reste donc lisible pour les historiens entre ordres (ancien régime hiérarchique) et classe (nouveau régime hiérarchisé selon des rapports de subordination entre personnes établi par la révolution industrielle et du commerce XVIIIe siècle[2]).
Pour (Lipset et Rokkan 1967) « il doit y avoir une division dans la société en fonction d’un facteur démographique ou socioéconomique particulier. Des exemples de ces facteurs sont la classe sociale, la vocation, le groupe ethnique et l’appartenance religieuse. »[3]. Pour eux les clivages naissent sur deux axes conflictuels : le fonctionnel et le territorial-culturel[4].
De la révolution nationale française qui est un modèle international serait né, dans l'axe territorial-culturel, un clivage opposant les tenants de la culture d'État central à ceux de la culture de la décentralisation - en d'autres termes, un clivage centre-périphérie. Et dans l'axe fonctionnel, un clivage opposant les tenants des privilèges, à savoir l'Église, aux tenants d'un État unificateur et sécularisé - en d'autres termes, un clivage laïque-clérical[5].
De la révolution industrielle qui instaure des usines localisées en milieu rural succédant aux manufactures, seraient nés, dans l'axe territorial-culturel, un clivage opposant les tenants des intérêts agricoles à ceux des intérêts de l'industrie. En d'autres termes, un clivage rural se constitue par la nature d'occupation des ouvriers, secteur agricole contre secteur industriel. Et, dans l'axe fonctionnel, un clivage opposant les possédants, les propriétaires, les employeurs, aux locataires, aux travailleurs - en d'autres termes, un clivage possédants-travailleurs.
Pour (Bréchon 1999, p. 67) le clivage entre groupes sociaux est largement « pacifié, bureaucratisé et routinisé » où les demandes sociales « trouvent des lieux pour se dire et se réguler » : les parlements, l'accès aux médias et aux débats publics, les négociations entre partenaires sociaux.
Contestation de la notion de clivage idéologique
À partir des années 1970, la grande multiplication des partis politiques n'avalisent plus la théorie du clivage de Lipset et Rokkan dans la théorie des mouvements sociaux ; « Au lieu de cela, c’est la diversité des conflits sociaux cachés qui est à l’origine des clivages sociaux. Les loyautés de parti, alors, passent au second plan »[3]. Cependant la fracture sociale est constatée à partir des années 1980.
Si la motorisation a été le principal facteur de la révolution industrielle[note 1], au milieu du XXe siècle l'usage de l'électricité était installé et n'apportait par exemple plus un clivage. Mais dès la fin du siècle la révolution numérique produit un clivage numérique : « l’Afrique accuse un retard tel qu’il a fallu attendre pour que le dernier pays, l’Erythrée, soit connecté à internet »[8]. Les territoires économiques, individus ou groupes sociaux sont diversement impliqués dans le hors de portée économique et le rejet individuel[9]. Les rapports complexes que les individus entretiennent vis-à-vis des technologies, notamment sur le plan de l’accessibilité et des usages n'aboutissent pas à la conclusion sociologique d'un clivage, d'une rupture, mais il est constaté que les différences sociales sont encore plus marquées[10]. (En France le gouvernement a effectué transformation numérique des services publics[11] qui aboutit à une fracture numérique sociale créée par l'organisme centralisateur, entre État et usagers[12]).
Pour le sociologue Stefano Bartolini, « la connotation théorique du concept de clivage se réfère à la combinaison d’orientations selon des intérêts ancrés dans la structure sociale, d’orientations culturelles / idéologiques enracinées dans le système normatif et de modèles de comportements exprimés dans l’appartenance à une organisation et repérable dans l’action groupée. » Il n'est donc pas adapté, selon lui, de parler de clivage idéologique — ou de toute autre expression ajoutant un adjectif à « clivage », sauf à en dénaturer le sens théorique et en faire le synonyme empirique de « division » — puisque « la particularité du concept sociologique de clivage est sa capacité à relier les divisions sociales et les divisions idéologiques ou normatives, ou encore les divisions comportementales / organisationnelles »[13].
Dans les années 2010 la classe sociale devient dans l'histoire du Moyen-Âge — où il n'y a pas de partis politiques — une grille de lecture possible selon C. E. Labrousse : « les « facteurs objectifs » qui font l'ordre (richesse, naissance, fonction) sont aussi ceux qui font la classe...Mais pas accompagnés des facteurs subjectifs de l'« idéal de vie » et donc de la mentalité collective »[1].