Cohabitation en France

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La cohabitation en France désigne une phase de cohabitation politique en France, notamment sous la Cinquième République.

Définition

La Ve République est un système politique dans lequel le président de la République joue habituellement un rôle actif. Le rédacteur de la Constitution française du 4 octobre 1958, Michel Debré, rend clair dans son discours du devant le Conseil d'État que le président de la République est la « clef de voûte » du régime[1]. Lorsqu'il a le soutien de la majorité parlementaire, il joue un rôle important et choisit le Premier ministre de manière libre.

Il est toutefois possible que le président ne bénéficie pas d'une majorité de sa couleur politique, et qu'il doive « cohabiter » avec un Premier ministre d'un bord opposé. Cela rend le rôle du président nettement plus effacé compte tenu du caractère dualiste du régime parlementaire français : lorsque les deux têtes de l'exécutif (président et Premier ministre) appartiennent à des groupes politiques opposés, c'est le Premier ministre qui, bénéficiant du soutien de l'Assemblée nationale, impulse la politique de la Nation.

Cette configuration est apparue trois fois depuis l'entrée en vigueur de la Constitution de 1958 (1986-1988, 1993-1995 et 1997-2002). Constitutionnellement, le chef de l'État assure la représentation de la France à l'étranger et décide de l'orientation de la politique étrangère (son domaine réservé, parfois partagé dans le cas d'une cohabitation) alors que le Premier ministre assure la gestion des affaires intérieures[2]. Si la politique générale est conduite par le gouvernement, le président peut y faire obstruction en refusant de signer les ordonnances ; le gouvernement doit alors passer par la voie parlementaire habituelle. Le président peut aussi théoriquement user de son pouvoir de dissolution, ce qui apparaît comme politiquement impossible dans le cours normal des choses. Le président étant le chef des armées et le représentant de la France à l'étranger, les ministres de la Défense et des Affaires étrangères sont généralement choisis par consensus entre le président et le Premier ministre.

Depuis 2000 avec la réduction du mandat présidentiel à cinq ans (durée égale à celle de l'Assemblée nationale), puis en 2002 avec la décision d'inverser le calendrier électoral (l'élection présidentielle avant les élections législatives) en tenant ces deux scrutins à une trentaine de jours de différence, la possibilité d'une cohabitation s'était réduite. La dissolution de l'Assemblée nationale prononcée par Emmanuel Macron le a décalé ces élections de deux ans l'une de l'autre, ce qui a de nouveau augmenté cette probabilité. Pour autant, Michel Barnier, nommé Premier ministre à la suite de tractations épineuses, se défend d'être en cohabitation avec le chef de l'État[3].

Premières théorisations

La Constitution de la Cinquième République facilite le fait majoritaire par le biais de la rationalisation du parlementarisme. La possibilité d'une cohabitation n'était donc pas évidente de prime abord. La cohabitation n'est ainsi envisagée que tardivement. Elle est envisagée d'une manière prospective par certains gouvernements étrangers dès 1972.

En décembre de cette année, et à la veille des élections législatives françaises de 1973, les analystes du département d'État des États-Unis remarquent que le président Georges Pompidou est dans une situation difficile, car son dernier gouvernement en date voit sa réputation ternie par des scandales financiers à répétition, et que le Parti socialiste dirigé par François Mitterrand grimpe dans les sondages[4]. Ainsi, sur la base de notes rédigées par son équipe, le secrétaire d'État des États-Unis William P. Rogers écrit au président Richard Nixon un memorandum le (« The Upcoming French Elections ») où il envisage la possibilité d'une cohabitation. Henry Kissinger, quelques jours plus tard, rédige un autre mémo qui estime que, si la gauche l'emporte, Pompidou aura le choix entre « nommer Mitterrand Premier ministre et tenter de le contrôler ; dissoudre l'Assemblée et appeler à de nouvelles élections ; invoquer des pouvoirs d'urgence. Ces options sont toutes déplaisantes »[4].

L'hypothèse d'une cohabitation se fait de plus en plus évidente dans les années 1970. En 1980, François Mitterrand estime que, s'il échoue à être élu à l'élection présidentielle française de 1981, il gagnera inévitablement aux élections législatives de 1983. Il considère crédible d'être alors nommé Premier ministre par Valéry Giscard d'Estaing, et se dit prêt à diriger effectivement un tel gouvernement[5]. Après sa défaite, Valéry Giscard d'Estaing, considérant que la gauche sera balayée lors des élections législatives françaises de 1986, soulève à son tour la possibilité qu'une cohabitation ait lieu en 1986 dans un entretien au magazine L'Express de [6]. Les spéculations sur une potentielle cohabitation vont bon train cette année-là, alors que la popularité des socialistes commence à chuter. Dans une tribune au Monde en , Édouard Balladur invente l'expression de « cohabitation »[7].

Selon Edwy Plenel, c'est François Mitterrand qui invente réellement la cohabitation en décidant de ne pas démissionner alors que c'était une solution envisageable, ayant été désavoué par le suffrage universel. Ce cas de figure fut repris par Jacques Chirac qui demanda la démission de Mitterrand après le premier tour des élections législatives de 1993, dont les résultats furent catastrophiques pour la gauche[8],[9].

Historique

Première cohabitation (1986-1988)

Le président Mitterrand comprend dès 1985 que le Parti socialiste n'aura pas la majorité aux élections législatives françaises de 1986. Il sonde donc l'environnement politique français pendant un an afin de décider qui nommer. Sont envisagés Jacques Chirac, de la branche la plus à droite du RPR, Jacques Chaban-Delmas, que François Mitterrand tient en estime, Valéry Giscard d'Estaing, ancien président de la République avec lequel Mitterrand est resté en contact par l'intermédiaire de son conseiller Michel Charasse, Simone Veil, plus modérée que Jacques Chirac, et Alain Peyrefitte, ancien ministre du général de Gaulle, qui fait parvenir à Mitterrand le livre qu'il est en train de rédiger sur la cohabitation, Encore un effort, monsieur le président, où il développe la thèse selon laquelle la cohabitation renforcera les institutions de la Ve République en prouvant leur robustesse[10].

Si Mitterrand a une préférence pour Chaban-Delmas, il choisit Jacques Chirac, car il considère qu'en le nommant Premier ministre, son capital de sympathie augmentera auprès de la population, et il pourra gagner à l'élection présidentielle française de 1988. Mitterrand rechigne à nommer Valéry Giscard d'Estaing, dont la base électorale de l'UDF est trop faible, ainsi que de nommer Peyrefitte, avec lequel il ne s'entend pas particulièrement bien lors d'un dîner organisé par Pierre de Bénouville. Lors d'une rencontre avec Roland Dumas, Pierre Mauroy et Claude Estier, il tranche : « Le plus dur d'entre tous, c'est Chirac. C'est donc le plus dur qu'il faut prendre. Pour lui casser les reins en l'usant au pouvoir »[10].

La cohabitation entre en vigueur dans les faits en 1986, lorsque le président nomme Jacques Chirac, président du RPR, principal parti de l'opposition, chef du gouvernement à la suite de la victoire de la droite aux élections législatives. La première cohabitation dura jusqu'en 1988, date de la dissolution de l'Assemblée par François Mitterrand, réélu président de la République.

Deuxième cohabitation (1993-1995)

La deuxième cohabitation dure de 1993 à 1995 et est surnommée la « cohabitation de velours »[11]. François Mitterrand est toujours président et c'est à Édouard Balladur (RPR) que revient la responsabilité de diriger le gouvernement.

Troisième cohabitation (1997-2002)

La troisième cohabitation intervient de 1997 à 2002, après la victoire de la Gauche plurielle (opposition unie) lors des élections législatives anticipées, après la dissolution de l'Assemblée nationale décidée le par le président de la République, Jacques Chirac. C'est à Lionel Jospin, premier secrétaire du Parti socialiste, qu'il confie le poste de chef du gouvernement.

Cas où la cohabitation est possible

Débats et critiques

Notes et références

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