Colonisation française des Amériques

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La colonisation française des Amériques débute au XVIe siècle et se poursuit jusqu'au XVIIIe siècle. La France construit un empire colonial en Amérique du Nord, appelé Nouvelle-France, s'étendant du golfe du Saint-Laurent, jusqu'aux montagnes Rocheuses, à l'ouest, et jusqu'au golfe du Mexique, au sud. Les Français colonisent également les Antilles : Saint-Domingue, Sainte-Lucie, la Dominique, ainsi que la Guadeloupe et la Martinique, toujours françaises. En Amérique du Sud, ils tentent d'établir trois colonies, dont l'une demeure de nos jours, la Guyane.

Vue du Cap-Français, à Saint-Domingue, en 1728.

Lors de cette période de colonisation, les Français fondent, à compter de 1608 à Québec, la Nouvelle-France dans ses « provinces » d'Acadie, de Canada, des Pays d'en Haut (Grands Lacs) et de Louisiane, Montréal et Baton Rouge, Détroit, Mobile, La Nouvelle-Orléans ou Saint-Louis actuellement situés aux États-Unis ; mais aussi ailleurs en Amérique du Nord, dont Port-au-Prince et Cap-Haïtien en Haïti ; Saint-Louis de Maragnan au Brésil.

Amérique du Nord

Floride française

En 1562, Charles IX, sous l'impulsion de l'amiral Gaspard de Coligny, envoie le Normand Jean Ribault et un groupe de colons huguenots pour tenter de coloniser la côte atlantique et fonder une colonie sur un territoire qui prendra le nom de la Floride française[1]. Ils découvrent la sonde de Port Royal et une île, que l'on nommera plus tard Parris Island, en Caroline du Sud, sur laquelle ils bâtissent un fort nommé Charlesfort. Le groupe, mené par René de Goulaine de Laudonnière, se déplace vers le sud où ils fondent le fort Caroline sur la rivière Saint Johns, en Floride, le [1]. Les colons français s'entendent globalement bien avec les Amérindiens. Ceci irrite les Espagnols qui revendiquent la Floride et s'opposent aux colons protestants pour des raisons religieuses. En 1565, Pedro Menéndez de Avilés conduit un groupe d'Espagnols et fonde Saint Augustine, à 60 kilomètres au sud du fort Caroline. Craignant une attaque espagnole, Ribault projette de déplacer la colonie mais une tempête soudaine détruit sa flotte. Le , les Espagnols, commandés par Ménendez de Avilés, attaquent fort Caroline et massacrent ses occupants dont Jean Ribaut[1]. Dominique de Gourgues commande par la suite une expédition punitive, mais cela ne ravive pas le projet de colonisation française de la Floride[1].

Nouvelle-France

L'histoire de la Nouvelle-France s'échelonne sur une période allant de l'exploration française du continent américain jusqu'à la cession définitive du Canada au Royaume de Grande-Bretagne en 1763. Terre amérindienne lors des voyages de Cartier, la Nouvelle-France fut progressivement occupée par la France de l'Ancien Régime de 1604 à 1629 et de 1632 à 1760. À la suite de la défaite des armées françaises face aux armées britanniques en 1760, elle est sous domination britannique de 1760 à 1763, en attendant le résultat de la Guerre de Sept Ans en Europe. Par suite de sa défaite dans la Guerre de Sept Ans, la France cède la Louisiane à l'Espagne, en même temps qu'elle abandonne la Nouvelle-France à la Grande-Bretagne.

Louisiane

La Louisiane ou Louisiane française a été un territoire de la Nouvelle-France, espace contrôlé par les Français en Amérique du Nord, aux XVIIe et XVIIIe siècles. Elle est baptisée en l'honneur du roi Louis XIV par l'explorateur Cavelier de La Salle (1643-1687). Immense espace allant des Grands Lacs au golfe du Mexique, elle est divisée en deux secteurs appelés « Haute-Louisiane » au nord de la rivière Arkansas (appelé parfois le « Pays des Illinois ») et « Basse-Louisiane » au sud. Le fleuve Mississippi constitue l'épine dorsale de la colonie.

Aujourd'hui, l'État américain de la Louisiane ne représente qu'une infime partie de ce qu'était la Louisiane au XVIIIe siècle. Globalement, la Louisiane a peu été mise en valeur par manque de moyens humains et financiers. La monarchie française a noué néanmoins de solides alliances avec divers peuples autochtones.

À la suite de la coûteuse guerre de Sept Ans, la partie occidentale (rive droite du Mississippi) est cédée à l'allié espagnol par le traité de Fontainebleau, tandis que la partie orientale de la Louisiane (rive gauche du Mississippi), qui va prendre rapidement le nom de « Territoires indiens », est cédée en 1763 à l'Angleterre par le traité de Paris. La France récupère un temps sa souveraineté sur la portion espagnole de la Louisiane en 1800 (traité de San Idelfonso), mais le Premier consul Napoléon Bonaparte s'en sépare définitivement en 1803, par le traité de Washington, au profit des États-Unis.

Les Antilles

L'établissement des colonies françaises

Le premier essai non-espagnol de colonisation des Antilles se produit à l'Île Saint-Christophe, où des réfugiés jésuites français de la ville de Dieppe établissent une petite ville sur la côte du nord de l'île, également appelée Dieppe, en 1538. Cependant, quelques mois après la fondation, la ville est pillée par les Espagnols et tous les habitants sont expulsés. Ensuite, la France n'essaie pas de coloniser la région pendant tout le XVIe siècle.

En 1625, l'aventurier normand Pierre Belain d'Esnambuc, lancé à la poursuite d’un galion espagnol, en arriva à prendre possession de Saint-Christophe, deux ans après les Anglais qui y avaient établi une colonie. La possession de Saint-Christophe sera contestée entre les Français et les Anglais pour plus d'un siècle.

En 1626, Belain d'Esnambuc revint en France, où il gagna le soutien de Richelieu pour coloniser les îles qui ne seraient pas occupées par des chrétiens avec la Compagnie des îles de Saint-Christophe qu’il fonda en 1625 (renommée en Compagnie des îles d’Amérique en 1635). Entre 1625 et 1635, il occupe aussi la Martinique, la Guadeloupe et Marie-Galante. À la Martinique, il fonda la ville de Saint-Pierre, qui devint la première habitation française permanente aux Antilles.

En 1629 Esnambuc installe une colonie à la Tortue, première étape de la colonisation de Saint Domingue (1626-1809) qui va devenir le « grenier à sucre » de l'Europe.

En 1648, à la fin de la Guerre de Quatre-Vingts Ans, les Espagnols abandonnent l'île de Saint-Martin, qu'ils ont employée comme base pendant cette guerre. Les colons français et néerlandais débarquent rapidement sur l'île. Plutôt que de se battre pour l'île, ils acceptent de signer le traité de Concordia qui divise l'île entre les deux pays. Cette division existe toujours aujourd'hui.

En 1651, un groupe de colons français de la Martinique vient à Sainte-Lucie, commandé par De Rousselan, qui tient l'île jusqu'à sa mort en 1654. En 1664, Thomas Warner, fils du gouverneur de Saint-Christophe réclame Sainte-Lucie pour l'Angleterre.

Les îles de Saint-Barthélemy et Sainte-Croix sont capturées par la France en 1648 et 1650, respectivement. Pendant le XVIIIe siècle, les deux sont vendues - Sainte-Croix au Danemark en 1733, et Saint-Barthélemy à la Suède en 1784. La France regagne la dernière île en 1878.

Dès 1625, les boucaniers français employèrent l'Île de la Tortue, près de la côte d'Hispaniola, comme base. Bien que les Espagnols détruisissent ses habitations plusieurs fois, les boucaniers y retournaient à la première occasion. La première colonisation officielle sur la Tortue fut établie en 1659, sous une commission de Louis XIV. En 1664, la nouvelle Compagnie des Indes Occidentales prit possession de la colonie, qu'elle appela Saint-Domingue, et la France réclama la partie occidentale de l'île d'Hispaniola. Par le traité de Ryswick, en 1697, l'Espagne céda officiellement le contrôle de cette partie de l'île à la France.

Les îles de Dominique et Saint-Vincent furent visitées par des missionnaires et colons français dès 1635, mais à cause du conflit avec les Kalinago en 1660, la France et l'Angleterre décidèrent que la colonisation des deux îles devait être abandonnée. La Dominique fut déclarée officiellement « neutre » pour le siècle à venir, mais ses ressources naturelles restaient attrayantes et, au début du XVIIIe siècle, des expéditions britanniques et françaises de forestiers venaient récolter du bois de construction sur l'île. À Saint-Vincent, les Français établirent des plantations vers 1719.

Les conflits coloniaux

La France affronta le Royaume-Uni pour plusieurs îles des Antilles. L'île de Sainte-Lucie changea quatorze fois de mains jusqu'en 1814, quand l'île devint définitivement britannique.

En raison de la position géographique de la Dominique entre la Martinique et la Guadeloupe, la France devint peu à peu la puissance prédominante sur l'île, qui devint alors une colonie française. Mais, au terme du traité de Paris de 1763 qui mit fin à sept années de guerre franco-britannique, l'île devint une possession britannique.

En 1778, lors de la révolution américaine, les Français envahirent l'île avec la coopération active de la population, qui était en grande partie française. Le traité de Paris de 1783, qui mit fin à la guerre, rendit l'île à la Grande-Bretagne. D'autres tentatives d'invasions françaises eurent lieu en 1795 et 1805, mais se soldèrent par des échecs.

À Saint-Domingue, les Français firent face à un conflit avec les esclaves. (Voir Révolution haïtienne.) La révolte des noirs débuta en . Sous la conduite de leurs chefs — dont le plus important fut Toussaint Louverture — les noirs passèrent d’une révolte à une guerre de libération en s’alliant d’abord aux Espagnols de Santo Domingo, en guerre contre la nouvelle République française. De nombreux blancs, royalistes, soutinrent les Britanniques ou les Espagnols. Les commissaires de la Convention, guidés à la fois par leur idéal et la nécessité de se trouver des alliés, proclamèrent la liberté des esclaves en 1793.

Cependant, le premier consul Napoléon Bonaparte projetait le rétablissement de l'esclavage. En , profitant des négociations de paix avec les Britanniques, il expédia une armée de vingt mille hommes commandée par son beau-frère, le général Charles Leclerc. (Voir l'expédition de Saint-Domingue) Leclerc captura Toussaint dans un guet-apens, mais la nouvelle du rétablissement de l'esclavage en Guadeloupe par le général Richepanse, après qu'il eut écrasé férocement la résistance des défenseurs de la liberté, provoqua le soulèvement général dans la partie orientale de Saint-Domingue dès octobre. Elle fut fédérée en par l’un des généraux de Toussaint, Jean-Jacques Dessalines, et aboutit à la défaite des armées françaises le lors de la bataille de Vertières. L'indépendance haïtienne fut proclamée le .

Amérique du Sud

Carte de la France Antarctique.

De 1555 à 1567, des Huguenots, sous la conduite du vice-amiral Nicolas Durand de Villegagnon, essaient d'établir la colonie de la France antarctique dans le territoire actuel du Brésil (dans la baie de Rio), mais ils en sont expulsés par les Portugais.

La France fait une deuxième tentative de colonisation de la côte est de l'Amérique du Sud en 1612. À la différence de la France antarctique, cette entreprise coloniale, (la France équinoxiale), n'est pas motivée par la volonté d'échapper aux persécutions religieuses. Une expédition française part de Cancale, en Bretagne, sous le commandement de Daniel de la Touche, seigneur de la Ravardière. Avec cinq cents colons à son bord, elle aborde sur la côte nord de ce qui est aujourd'hui l'État du Maranhão, au Brésil. La colonie ne va pas subsister longtemps. Les Portugais rassemblent une armée dans l'État de Pernambuco, qui chasse les colons français en 1615.

La Guyane

La Guyane est colonisée la première fois par la France en 1604, mais la colonie est abandonnée face à l'hostilité amérindienne et aux maladies tropicales. La ville de Cayenne, fondée en 1643, est abandonnée pour les mêmes raisons. En 1652, la Compagnie de la France équinoxiale tente de s'installer, c'est à cette période que les premiers esclaves noirs sont introduits. En 1664, sous l'impulsion de Jean-Baptiste Colbert, une puissante flotte débarque et tente d'implanter une colonie, mais les Anglais attaquent en 1667 sans pour autant s'y installer. En 1674, les Français reprennent Cayenne.

En 1763, après le désastre de la guerre de Sept Ans, le duc de Choiseul, Premier ministre, décide d'une colonisation massive de la Guyane française afin de créer un contrepoids - politique, économique, démographique - aux colonies britanniques d'Amérique du Nord. Cette colonie ne compte aucun esclave et reposait sur une législation nouvelle. Presque 17 000 hommes femmes et enfants, originaires en majorité de Rhénanie-Palatinat (frontière de Luxembourg), et dans une moindre mesure d'Alsace, descendent le Rhin, traversent la France vers Rochefort, La Rochelle, Marseille, Nantes pour débarquer en 1763 à Kourou en pleine période des pluies et dans les marais. Plus de 1 000 Acadiens déportés de l'Acadie en France font également partie de l'expédition.

Environ 60% des embarqués (presque 10 000 âmes) meurent de maladies (dysenterie, fièvre jaune, syphilis) et des moustiques (paludisme). 2 000 émigrés se réfugient sur les îles et peuvent survivre grâce au climat salubre qui y règne. Ils surnomment ces îles les « îles du Salut »[2]. L'expédition, menée par Choiseul, est un cuisant échec, qui provoque la raillerie du mathématicien d'Alembert. L'intendant Jean-Baptiste Thibault de Chanvalon est condamné par des Lettres patentes en 1767, et le duc de Choiseul-Praslin ne cesse de demander des comptes au chevalier de Turgot, gouverneur de Guyane. Louis XVI rétablit finalement Chanvalon dans ses droits.

Le désastre de l'expédition de Kourou est à l'origine d'une légende noire de la Guyane et d'une réécriture de son histoire dans les années 1840. L'enjeu de cette expédition est pour Choiseul de comprendre la force coloniale et de proposer un projet qui ne repose ni sur l'exclusif, ni sur la traite, rompant ainsi avec l'univers colonial tel qu'il peut exister ailleurs[3].

Après cet échec, plusieurs gouverneurs se succèdent, Fiedmont puis Pierre-Victor Malouët, secondé par l'ingénieur Jean Samuel Guisan, d'origine suisse, entreprennent un programme de réforme de l'agriculture et d'aménagement des territoires agricoles. Le territoire va connaître une période de prospérité jusqu'à la Révolution française.

À partir de 1792, la Révolution française fait de Cayenne un lieu de déportation pour les prêtres réfractaires et les ennemis politiques de la Révolution. Le premier bagne — bagne de Sinnamary — est né et jusqu'en 1805, le territoire devient un lieu de déportation pour les opposants politiques aux différents régimes qui vont se succéder en France.

À partir de 1854, la loi de la transportation favorise la construction des célèbres bagnes de Cayenne, de l'île du Diable et de Saint-Laurent-du-Maroni (1858). La commune de Saint-Laurent-du-Maroni devient le centre administratif du système pénal, vers lequel vont être envoyés près de 90 000 hommes et 2 000 femmes. Plus d'un tiers d'entre eux décèdent en Guyane, tandis que corruption et inégalité sociale deviennent les bases de l'organisation sociale pénitentiaire.

En 1946, la Guyane obtient le statut de département français. Cette année-là, les bagnes sont fermés.

Notes et références

Bibliographie

Articles connexes

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