Compte de conscience
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Le Compte de conscience (ou manifestation de conscience), du latin ‘Ratio Conscientiae’, est un usage religieux pratiqué dans la Compagnie de Jésus, par lequel un sujet manifeste l'état de sa conscience à son supérieur religieux afin que ce dernier, le connaissant intimement, puisse mieux le diriger autant dans son progrès spirituel qu’en la mission apostolique qui lui est confiée. En théorie comme dans la pratique, le compte de conscience est à distinguer clairement du sacrement de la confession.
Manifester l’état intérieur de son âme est une pratique religieuse qui date des premiers temps de la vie religieuse chrétienne. Elle est déjà connue au IVe siècle, et pratiquée spontanément par les disciples d’Antoine du désert, l’ermite de la Thébaïde, auprès duquel ils cherchent soutien et aide en vue de progresser dans leur relation avec Dieu. Les ‘Conférences de Cassien en font mention comme d’un usage courant parmi les moines du désert. Il s’agit alors strictement de rechercher l’aide d’un guide en vue du progrès spirituel, chaque ermite étant indépendant.
Au XIIIe siècle, Saint Bonaventure, ministre général des franciscains, permet aux supérieurs de son Ordre d’utiliser ce qu’ils apprennent au cours de l’ouverture de conscience’ pour adapter les observances de la règle aux capacités des religieux sous leur autorité.
Au XVIe siècle, Ignace de Loyola étend largement cette pratique : « Tous, aussi bien les Profès que les Coadjuteurs formés, devront être prêts à lui [le supérieur] ouvrir leur conscience en confession ou en secret ou de toute autre manière, en raison de la grande utilité qu’il y a à cela. »[1] Avec Saint Ignace le but du compte de conscience est toujours de venir en aide au religieux dans son progrès spirituel mais à cela s’ajoute un aspect de gouvernance et une dimension apostolique. Le compte de conscience permet au supérieur de diriger de manière appropriée cette personne dans le choix des missions qui lui sont confiées.
Par la suite, un grand nombre d’instituts religieux, de clercs comme de laïcs, et surtout ceux ayant une orientation apostolique, suivent l’exemple de saint Ignace et imposent, de par leurs constitutions et règles, que les religieux s’ouvrent en ‘manifestation de conscience’ à leur supérieur.
Des abus ayant été constatés, Léon XIII interdit en 1890 (le décret Quemadmodum du ) que l’ouverture de conscience au supérieur soit imposée aux religieux en vertu de leur vœu d'obéissance. Cette interdiction est incorporée dans le code de droit canon de 1917 [Canon 530 §1]. L’ouverture de conscience comme démarche volontaire est encouragée. Cependant en 1929 le pape Pie XI approuve à nouveau[2], pour les jésuites, ce que leurs Constitutions stipulent en ce domaine.
Comme d’autres auparavant, la 31e Congrégation générale des jésuites (1965-66) rappela l’importance du compte de conscience dans le ‘gouvernement spirituel’ tel qu’envisagé pour la Compagnie de Jésus par Ignace de Loyola. Elle déclara que cette pratique, correctement comprise, doit continuer, et qu’elle fait partie des éléments essentiels de l’institut de la Compagnie [GC 31, décret 8, no 8]. La même interdiction et même canon [devenu Canon 630§5] étant repris dans le nouveau code de droit canonique de (1985), la même exception reste valide, confirmant cette pratique telle que définie dans ses Constitutions propres.