Compte du Trésor à la Banque de France
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Le compte du Trésor à la Banque de France (aussi appelé compte unique du Trésor, ou CUT) est le compte bancaire du Trésor français cogéré par la Banque de France et l'Agence France Trésor, et hébergé au sein de la Banque de France. Ouvert en 1857, il fonctionne sans discontinuer depuis lors et permet de centraliser la trésorerie publique française. Il permet d'assurer la continuité financière de l’État.
Gestion du compte
La Banque de France héberge un compte au nom du Trésor français. Ce compte centralise et retrace, comme un compte bancaire classique, l'ensemble des flux entrants et sortants, à savoir les dépenses publiques et l'encaissement des recettes publiques gérées par l’État et par les correspondants du Trésor (les collectivités territoriales, les établissements publics, l'Institut de France...)[1]. Le compte est mis à jour et consultable en temps réel[1]. Les opérations sont en euro[2].
Le compte est cogéré par la Banque de France et par l'Agence France Trésor[3]. La Direction générale des Finances publiques en assure le suivi comptable[1].
L'existence du compte unique a plusieurs finalités. D'une part, l'agrégation des flux permet une compensation des déficits et des excédents des différents correspondants du Trésor ; cela réduit la nécessité de recourir à l'endettement sur les marchés financiers par une optimisation de la trésorerie disponible[3]. De plus, l'existence du compte permet à la Banque de France d'assurer à l’État des services en numéraire, comme la délivrance de billets ou de cartes bancaires pour divers usages réglés par la loi[1]. Enfin, ce compte permet au Trésor, par l'Agence France Trésor, de réaliser des projections et d'optimiser la gestion de la trésorerie publique[1].
Acteurs du compte
Le compte du Trésor assure l'une des centralisations de trésorerie publique les plus fortes des pays de l'OCDE[3]. Le compte est divisé en 5 535 comptes d’opérations distincts au [1]. Ainsi, les comptables publics français sont connectés à ce compte et réalisent les virements et les encaissements à partir de lui[1]. Des codes flux permettent à la Banque de France de déterminer à quelle fin chaque dépense est engagée[3].
Suivi des opérations
Chacun de ces comptes d’opérations est rattaché à un code flux permettant de lier l’ensemble des opérations y transitant à une catégorie spécifique de dépense du Trésor[1]. La Banque de France produit au bénéfice du Trésor, sur cette base, une représentation en arborescence des dépenses[1].
Les opérations peuvent être divisées en trois catégories, énumérées par Mathieu Marceau (2025) : « la vie financière de l'État (19 % des flux en montant) ; [...] les opérations des correspondants du Trésor (16 % des flux) ; [...] l'activité de l'AFT (65 % des flux), composée des amortissements, des rachats et des émissions d'OAT et de BTF et de la gestion de trésorerie »[3].
Objectifs
Le programme budgétaire 117 de la loi de finances fixe des objectifs à l'Agence France Trésor en matière de cogestion du compte du Trésor. L'orientation imposée est celle d'une gestion active qui limite l'excédent de trésorerie, afin de la placer sur les marchés financiers pour qu'elle soit rémunérée (« dynamisation » de la trésorerie)[3].
Règles de droit régissant le compte
Les règles régissant le compte du Trésor à la Banque de France sont dispersées dans différents textes normatifs (voir ci-dessous)[1].
Services bancaires offerts
Enregistrement des prélèvements
La compte du Trésor enregistre les prélèvements en enregistrant, notamment, l'arrivée des recettes fiscales dans ses comptes[1]. En 2017, 51,7 % des opérations sur le compte du Trésor étaient des prélèvements[1].
Virements et chèques
La Banque de France assure des virements, y compris des virements de masse[1]. Le compte peut procéder à des virements internationaux[1]. En 2017, 31,2 % des opérations sur le compte du Trésor étaient des dépenses de masse[1]. 12,6 % des opérations étaient des chèques[1].
La banque centrale étant connectée aux différentes plateformes de paiements de masse publiques européennes, comme Step2 ou ABE Clearing, elle peut acheminer des fonds du compte du Trésor à ces plateformes, et en recevoir[1].
Opérations par cartes bancaires
La Banque propose des services de paiements par cartes bancaires pour certains services de l’État, comme le palais de l'Élysée[1]. Les cartes bancaires liées aux comptes d'opérations du Trésor sont éditées par la Banque de France, qui est membre du Groupement des cartes bancaires CB[1]. En 2017, seuls 4,5 % des opérations sur le compte du Trésor étaient des dépenses de carte bancaire[1].
Rémunération des dépôts
La Banque de France rémunère, comme un banquier classique, les dépôts de l’État, de ses démembrements et de ses correspondants. Toutefois, les conditions de cette rémunération sont encadrées par le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne, dont l'article 123 interdit aux banques centrales de finances des dépenses publiques, et par l'orientation de la Banque centrale européenne du (BCE/2014/9). Ce dernier texte fixe un plafond au taux d'intérêt auquel la banque centrale peut rémunérer les dépôts[1].
Reporting
Un reporting journalier est assuré par la Banque de France, qui retrace les mouvements sur le compte du Trésor. Ce document est transmis informatiquement à la Direction générale des finances publiques à chaque fin de journée comptable[1].
Financement de la tenue de compte
Principe de financement à titre gratuit et indemnisation
Si les opérations sur le compte du Trésor sont gérées à titre gratuit par la Banque de France, la tenue de compte a un coût pour les services de la Banque de France, du fait des ressources humaines mobilisées ainsi que par l'utilisation d'un système d'information spécifique. Or, le Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (article 123) interdit aux banques centrales de financer des dépenses publiques. Par conséquent, depuis lors, le Trésor est obligé de rémunérer la Banque de France pour ce service[1].
Fixation du montant payé par le Trésor
La règle retenue est celle d'un paiement par le Trésor d'un montant strictement équivalent au coût total de la tenue de compte pour la Banque de France. Ce montant est calculé, selon Véronique Dalibot et Libéra Flahaut (2018), par une « commission composée de représentants de la Banque de France, des ministères économique et financier », qui fixe un « objectif triennal pour la rémunération des prestations, au regard de l’estimation prévisionnelle des coûts complets »[1]. La méthodologie utilisée est mise au point par l'Eurosystème afin d'assurer une harmonisation au niveau européen[1].
Variations de la trésorerie
Ampleur des variations
Comme le souligne Marceau (2025), le compte du Trésor connaît des flux incessants et des variations très fortes au cours de l'année, voire de manière intra-journalière[3]. L'entrée des recettes a un rythme « fortement irrégulier », tandis que les dépenses publiques ont, elles, un rythme « relativement régulier »[3]. Une crise économique ou un évènement majeur peut conduire à une variation forte et immédiate des recettes et des dépenses, qui se reflète dans le compte[3].
Planification des dépenses et recettes
Plusieurs méthodes sont mises en œuvre pour planifier les dépenses et les recettes, et ainsi garantir l'absence de défaut de paiement de l’État (interruption des paiements). La Banque de France, l'AFT et la DGFiP fixent un calendrier annuel en ce qui concerne les dépenses de masse automatisées, à l'image de la rémunération des fonctionnaires[3]. Pour les prévisions de dépenses hors dépenses de masse, un bureau de l'AFT se met en relation avec les ministères et agences publiques afin de centraliser les prévisions[3].
Suivi au jour le jour
Une équipe de cinq hauts fonctionnaires gère le suivi au jour le jour du compte du Trésor du côté de l'AFT[3]. Ils appartiennent à une cellule dédiée, qui « veille à la bonne exécution des opérations et s'assure que le solde du compte unique du Trésor sera positif à la fin de la journée »[3].
Un mécanisme de sûreté est en place pour éviter une variation journalière inattendue. Tous les jours, les correspondants du Trésor doivent annoncer, 24 heures à l'avance, les dépenses les plus importantes qu'ils prévoient, et donc les débits qui auront lieu sur leur compte d'opération du Trésor. Comme l'écrit Marceau, « [l]'annonce est obligatoire la veille pour les dépenses au moins égales à un million d'euros et pour les recettes au moins égales à trente millions d'euros »[3].