41e congrès de la Confédération générale du travail
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Le 41e congrès de la CGT s’est tenu à Lille du 13 au . La CGT y élit un nouveau secrétaire général, en la personne de Henri Krasucki, qui succède à Georges Séguy.
Déroulement du congrès
Ce congrès, ouvert par le premier ministre socialiste Pierre Mauroy, se déroule dans une période difficile pour la CGT dont l’alignement sur le PCF a été contesté par plusieurs des membres du bureau confédéral élu au 40e congrès. Bien que prenant soin de ne pas nommer une direction unicolore (un militant socialiste comme Gérard Gaumé est reconduit et André Deluchat y fait son entrée), la CGT est très nettement reprise en main sous l’impulsion du PCF dans le soutien au gouvernement d’union de la gauche, alors même que la crise de l’industrie notamment sidérurgique commence à être contestée et que la CGT laisse passer le train du redéploiement du syndicalisme vers les services pour compenser le déclin de l’industrie. Il est vrai que la préparation de ce 41e congrès de la première centrale syndicale de France se situe dans le même temps que sont enclenchées les premières mesures d’austérité du gouvernement de gauche. Le soutien jusqu’alors affiché, de la CGT, envers les réformes initiées dans la foulée de la victoire électorale de la gauche au printemps 1981, commence à être remis en cause par une partie des militants syndicalistes. Cela se traduit au cours du congrès, lors de l’élection de la Commission exécutive (CE) de la centrale syndicale. Deux des candidats, militants connus pour leur appartenance au parti socialiste obtiennent des suffrages moins nombreux (993 000 et 926 000 voix), que l’ensemble des candidats (dont les scores s’établissent aux alentours de 1 110 000 voix).
Les votes sur les différents documents d’orientation[1] de la confédération syndicale montrent un unanimisme propre à mettre en doute le mode de désignation des quelque 1 767 délégués au congrès ; la pluralité, effective et vivante à la base de la CGT, se fraie difficilement un chemin jusqu’au congrès.
Le vote sur le document d’orientation, sorte de charte pour l’action syndicale jusqu’au congrès suivant, donne les résultats suivants : les congressistes sont porteurs de 1 122 268 voix ; 4 125 voix ne prennent pas part au vote. Sur les 1 116 143 voix portées par les délégués participants au vote, 1 102 657 voix se prononcent pour, soit 98,62 %, 4 562 voix se prononcent contre (0,41 %), et 10 924 s’abstiennent (0,98 %).
Bureau confédéral élu : Henri Krasucki, secrétaire général ; Gérard Alezard, Lydia Brovelli, Ernest Deiss, André Deluchat, Johannès Galland, Gérard Gaumé, Pierre Gensous, Bernard Lacombe, Jean-Claude Laroze, René Lomet, Jacqueline Léonard, Jeanine Marest, Alain Obadia, Thérèse Poupon, Alphonse Veronèse, Louis Viannet, Michel Warcholak.
Fort de dix-huit membres, jamais le bureau confédéral n’a été aussi nombreux. Si sa composition respecte formellement la parité traditionnelle entre non communistes et membres du PCF, parmi ces derniers ne subsistent aucun contestataire ou « rénovateur ». Les trois membres sortants sont Georges Séguy, officiellement pour prendre sa retraite professionnelle, André Allamy, et Livio Mascarello. Du bureau élu quatre ans plus tôt, à Grenoble ne subsistent que huit membres.
Nouveaux entrants au bureau confédéral
Si les membres cooptés entre les deux congrès – Alphonse Veronèse, Jacqueline Léonard, Gérard Alezard et Bernard Lacombe – sont réélus, on note la première élection de Lydia Brovelli, André Deluchat, Alain Obadia, Thérèse Poupon et de Louis Viannet.
André Deluchat
Né le à Le Grand-Bourg (Creuse), André Deluchat est un syndicaliste français des PTT. Il a été membre du bureau confédéral de la Confédération générale du travail (CGT) de 1982 à 1995.
Fils d'agriculteur, entré aux PTT à Paris, par le concours des agents en 1965, André Deluchat est ensuite promu contrôleur. Il travaille dans le Val-de-Marne, au bureau de poste du Marché international de Rungis. Adhérent de la CGT, il participe activement au mouvement de grève de 1974 aux PTT, il est en 1978 élu au secrétariat de l'Union départementale des syndicats CGT du Val-de-Marne. À ce poste, il est remarqué par les responsables confédéraux: membre du Parti socialiste, il participe à une structure syndicale importante dans un département où l'influence du Parti communiste français est très forte. Or depuis 1977 la CGT subit les contrecoups des débats conflictuels nés de la rupture entre les partis de gauche signataires du Programme commun de gouvernement. Le Bureau confédéral de la Confédération générale du travail, où existe une parité[2] de nombre entre communistes et non communistes est particulièrement affecté par ces remous. En octobre 1981 deux de ses membres, communistes en désaccord avec la direction du PCF démissionnent, Christiane Gilles et Jean-Louis Moynot, et deux autres, René Buhl, Jacqueline Dervilly-Lambert, de sentiments socialistes, avaient fait de même en . D'autres encore, Livio Mascarello, René Duhamel, non communistes, sont atteints par la limite d'âge et sont plus ou moins volontairement non candidats à une réélection, lorsque arrive en l'échéance du 41e congrès de la centrale syndicale.
Bien que non membre jusqu'alors de la Commission exécutive de la Confédération, le socialiste André Deluchat est proposé pour faire partie de la Direction nationale de la CGT, tant en raison de ses compétences, que pour respecter la diversité politique des dirigeants du premier syndicat français. Cette élection ne va pas sans grincements : lors de l'élection de la nouvelle commission exécutive, André Deluchat, comme la plupart des militants connus pour appartenir au Parti mitterrandien, recueille moins de suffrages que ses collègues. Quand il est proposé que André Deluchat, âgé de 38 ans, entre au Bureau confédéral, le présentateur de sa candidature souligne qu'il a su " dans la période de turbulences que nous avons connue, rester un cégétiste" bénéficiant de "l'estime" de ses camarades[3]. Parmi les autres promus de , figure un autre postier, Louis Viannet[4].
Au Bureau confédéral, André Deluchat est responsable du secteur "Emploi"[5], avant de succéder en 1992 à Jean-Claude Laroze à la Direction de « l'organe officiel bimensuel de la Cgt », Le Peuple. Depuis 1945, il était en effet de tradition que cette publication soit dirigée par un non-communiste. Si l'audience du Peuple est essentiellement interne à la CGT, cette revue joue le rôle clé de publication des débats internes et des décisions de la Confédération.
Au sein de la CGT, André Deluchat est de ceux qui réclament une meilleure adaptation du syndicalisme aux mutations de la société française. Il intervient en ce sens lors du 42e Congrès en [6]. Comme en 1982, les socialistes André Deluchat et Gérard Gaumé, obtiennent lors de l'élection à la CE un nombre de voix inférieur à celui de leurs camarades du bureau confédéral: 660 400 voix pour eux, 744 000 voix pour les autres[7]. Il intervient à nouveau pour le renforcement du pluralisme interne, dans le cadre de la discussion du 43e Congrès de la CGT tenu à Montreuil en [8]. Lorsque vers 1990-1991, les débats sur l'orientation de la CGT s'exaspèrent[9], il intervient vivement : « ouvrons les portes en grand, sans qu'un pied soit en attente pour les refermer »[10].
André Deluchat quittait en 1995 ses responsabilités syndicales nationales pour des candidatures à des mandats électoraux politiques. Il reprenait alors son activité professionnelle en tant que cadre au siège de La Poste.
Militant socialiste, il est élu membre du comité directeur du PS de 1986 à 1993 puis du Mouvement des citoyens. Ensuite en 1995, il est élu adjoint au maire de Chevilly-Larue, sous l'étiquette du Mouvement des Citoyens puis de la Gauche républicaine et sociale. Il participe à la création de la Gauche républicaine en 2004 puis du MARS-GR (Mouvement pour une Alternative Républicaine et Socialiste - Gauche Républicaine) en 2007 et participe au secrétariat national. Réélu en 2008, il est adjoint au maire chargé des finances, des transports et de la démocratie participative. Avec son parti le MARS-GR, cofondateur du Parti de gauche, en , il a adhéré au PG. Il est membre du conseil national de son parti et est l'un de ses deux animateurs en Val-de-Marne.