Constitution du Québec

From Wikipedia, the free encyclopedia

La constitution du Québec désigne le simple ensemble des lois, règles et conventions qui régissent le fonctionnement des institutions politiques du Québec et les droits fondamentaux de ses citoyens, subordonnée à la Constitution canadienne.

La constitution du Québec est, à la fin de 2025, encore de nature coutumière : elle n'est pas rassemblée dans un document unique, mais se compose d'un ensemble de textes dont il n'existe pas de liste officielle. Il s'agit donc d'une constitution matérielle.

Bien que cette constitution matérielle régisse déjà le cadre institutionnel de la province, diverses propositions visant à la formaliser dans un texte unique ont été formulées au fil du temps. En 2025, le gouvernement du Québec a créé un nouveau projet de loi avec cette visée.

Origines et évolution

Les origines de cette constitution remontent à la période précédant la Confédération, notamment avec l'Acte de Québec de 1774 et l'Acte constitutionnel de 1791, qui ont établi les premières institutions politiques du territoire. La création de la province de Québec en 1867, par la Loi constitutionnelle de 1867, a formalisé ces structures au sein de la fédération canadienne.

Les règles constitutionnelles du Québec peuvent être modifiées selon deux voies. D'une part, par la formule de modification constitutionnelle prévue par la Constitution du Canada, pour les éléments relevant de la fédération; d'autre part, par une loi ordinaire de l'Assemblée nationale, pour les éléments internes à la province[1].

Depuis 1867, plusieurs modifications constitutionnelles canadiennes ont affecté le Québec. La constitution du Québec étant composée d'un grand nombre de documents épars, il n'est pas possible de faire la liste des modifications. Toutefois, certaines de ses modifications devaient suivre une procédure particulière puisqu'il s'agit de modifications à la Loi constitutionnelle de 1867. Par exemple, en 1997, la Loi constitutionnelle de 1867 est modifiée, de sorte que la province jouit maintenant d'un système d'éducation fondé sur une division linguistique (français et anglais) plutôt que sur une base religieuse (catholique romaine et protestante) comme c'était le cas auparavant.

En 2022, la Loi 96 (chapitre 14 des lois du Québec, art. 159) a ajouté à la Loi constitutionnelle de 1867 une reconnaissance symbolique des Québécois comme formant une « nation francophone » au sein du Canada[2].

Composition

La constitution du Québec n'étant pas regroupée dans un texte formel, il n'existe pas de liste officielle des documents la composant. On peut tout de même identifier les règles de droit et les documents suivants[3] :

Dans son allocution au premier congrès de l'Association québécoise de droit constitutionnel en 2007, l'ancien ministre libéral des affaires intergouvernementales canadiennes Benoît Pelletier rappelait que, selon un comité qu'il a présidé en 2001, la constitution matérielle du Québec comprendrait[5] :

Propositions de formalisation avant 2025

Plusieurs personnes ou groupes politiques ont proposé à travers le temps de doter le Québec d'une constitution formelle regroupée dans un seul et même document.

Dès , l'Alliance laurentienne propose la Constitution de la République de Laurentie, inspirée essentiellement de la constitution corporatiste de l'Estado Novo portugais mise en place par Salazar, le premier exercice de constitution écrite sur document unique pour le Québec[6].

En 1984, le député péquiste de la circonscription de Vachon, David Payne, propose un projet constitutionnel. Le but premier de son projet est d'affirmer le droit à l'autodétermination du peuple québécois[7].

Le Québec a donc plusieurs fois discuté la possibilité de réunir l'ensemble des éléments épars de sa constitution dans un texte fondamental sans jamais aller de l'avant. Lors des Assises nationales de 1969 des États généraux du Canada français, les délégués du Québec adoptent une résolution proposant que « les Québécois se donnent une constitution écrite[8] ».

De 2001 à 2003, le gouvernement du Québec organise les États généraux sur la réforme des institutions démocratiques afin de corriger l'insatisfaction citoyenne face aux institutions politiques traditionnelles. Le rapport des États généraux déposé en recommande alors « que les lois fondamentales soient réunies dans une constitution du Québec »[9]. À la suite de ces États généraux est créé le Mouvement Démocratie et Citoyenneté du Québec qui demande l'écriture d'un projet de constitution par une assemblée constituante.

Le , le constitutionnaliste et député péquiste de l'opposition Daniel Turp déposait un projet de Constitution québécoise (projet de loi 196) à l'Assemblée nationale[10]. Le projet de loi n'a pas passé la première lecture.

En 2024, suivant les recommandations du Comité consultatif sur les enjeux constitutionnels du Québec dans la fédération présidé par Sébastien Proulx et Guillaume Rousseau, François Legault s'est dit ouvert à l'idée d'une Constitution du Québec[11]. En 2025, le ministre de la Justice Simon Jolin-Barrette est chargé de la responsabilité de rédiger un projet de constitution québécoise[12].

Projet de loi de 2025

En , le gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) dépose un projet de loi visant à doter le Québec de sa propre constitution.

Décrite par le gouvernement comme la « loi des lois », elle vise à consolider et à protéger les valeurs et les acquis du Québec au sein de la fédération canadienne.

Le projet de loi est abandonné à la fin de la session parlementaire de 2025-2026 car le ministre Jolin-Barrette n'a pas pu obtenir l'adhésion des autres partis et des peuples autochtones et, par ailleurs, il ne souhaite pas utiliser la bâillon pour faire adopter d'urgence la constitution[13].

Mesures proposées

Le projet de loi de la CAQ vise à affirmer l'existence constitutionnelle de la nation québécoise, en s'appuyant sur une modification unilatérale de la Loi constitutionnelle de 1867 réalisée en 2022 reconnaissant la nation et le français comme seule langue officielle.

La constitution accorderait la primauté aux lois fondamentales du Québec, comme la Charte de la langue française (loi 101) et sa mise à jour via la loi 96, et interdirait l'utilisation de fonds publics pour les contester en justice. La loi 21 sur la laïcité serait également inscrite dans la constitution, renforçant l'égalité entre les genres. Le texte protégerait aussi l'avortement et l'aide médicale à mourir. Le projet propose de remplacer le lieutenant-gouverneur par un « officier du Québec » et de créer un Conseil constitutionnel pour avis. Enfin, la constitution québécoise pourrait être modifiée par un vote majoritaire de l'Assemblée nationale.

Valeur juridique

Des experts estiment que la constitution québécoise resterait subordonnée à la Constitution canadienne, mais la CAQ la considère comme un « bouclier » pour les lois et valeurs du Québec. L'impact juridique de certaines mesures reste débattu.

Contexte et réactions à la loi de 2025

Le projet suscite des réactions mitigées. La CAQ le présente comme un acte d'affirmation nationale et de renforcement de l'autonomie du Québec, tandis que les partis d'opposition le critiquent. Québec solidaire questionne sa valeur face au gouvernement fédéral. Le Parti libéral du Québec dénonce un manque de consultation. Le Parti québécois le qualifie de « fédéraliste » et électoraliste.

Compétence de la Cour suprême du Canada à l'égard de la constitution provinciale du Québec

Aux États-Unis, la Constitution des États-Unis ne vaut que pour l'État fédéral, sous réserve de l'incorporation du Bill of Rights aux États des États-Unis[14]. La Cour suprême des États-Unis et les tribunaux fédéraux des États-Unis n'ont pas de pouvoir de contrôle sur les Constitutions des États[15]. Il s'agit d'une différence majeure par rapport au système judiciaire canadien, qui donne à la Cour suprême du Canada une compétence générale sur l'ensemble des règles juridiques au pays, d'après l'article 3 de la Loi sur la Cour suprême[16].

La disposition de la Constitution du Canada qui donne aux juges de nomination fédérale une compétence pour contrôler la constitutionnalité des règles de la constitution provinciale du Québec est l'article 52 (1) de la Loi de 1982 sur le Canada prévoit que « La Constitution du Canada est la loi suprême du Canada; elle rend inopérantes les dispositions incompatibles de toute autre règle de droit. »[17]. Bien que la constitution du Québec ne fasse pas partie de la Constitution du Canada d'après l'article 52 (2) LC 1982, la Constitution du Canada est au-dessus de toutes les autres règles de droit, elle contient une clause de primauté qui s'applique aux règles des constitutions provinciales et à toute autre règle de droit[18]. La Cour suprême du Canada a déjà jugé que des règles quasi-constitutionnelles provinciales peuvent être inconstitutionnelles dans l'arrêt Vriend c. Alberta[19] de 1998.

Notes et références

Bibliographie

Voir aussi

Related Articles

Wikiwand AI