Conte urbain
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Le conte urbain est une forme contemporaine singulière du conte qui a fait ses débuts en 1991 à Montréal à l'approche de Noël. Il partage des caractéristiques communes avec le conte, notamment d'être un récit imaginaire dont le but est de distraire[1], mais il en diffère par son origine urbaine et sa pratique. Il se distingue aussi par son côté actuel, très ancré dans la vie de tous les jours et situé précisément en ville avec des histoires réelles ou surnaturelles[1]. Souvent les personnages principaux se trouvent confrontés à des problèmes très actuels, tels la drogue, la violence, l’intimidation ou le sexe, dans des récits parfois crus et violents[2].
Le conte urbain est joué dans un théâtre, tout en restant proche, à certains égards, des veillées traditionnelles. Dans l’art de conter, le comédien joue avec le public et doit briser le quatrième mur pour renouer, en partie, avec l'art traditionnel du conte. Ainsi que le déclare Yvan Bienvenue : « Les contes urbains, ça parle des gens d'aujourd'hui, explique-t-il. C’est l’histoire de Valérie, c’est toi, l'étudiante de l’UdeM, qui passe tous les jours dans un couloir où il y a une porte qui est barrée depuis des années. En fait, c’est une sortie de secours[3]. »
En raison de sa forte composante théâtrale, le conte urbain est parfois considéré par les spécialistes comme étant en fait « du monologue théâtral[4]. »
En 2015, la formule était à la recherche d'un renouveau[5].
Au Québec, le conte urbain se développe en 1991, avant la fondation à Montréal du théâtre Urbi et Orbi, quand Stéphane Jacques et Yvan Bienvenue présentent un spectacle qui a pour titre Contes urbains au Théâtre Biscuit dans le Vieux-Montréal. Ce spectacle était un hommage à la tradition du conte québécois et explorait 150 ans d’oralité au Québec en se terminant par le texte d'Yvan Bienvenue Les Foufs, premier conte urbain qui eut un succès instantané. Il avait été écrit pour l’occasion et il allait définir le conte urbain tel que nous le connaissons aujourd’hui[6].
Tout comme le conte contemporain, le conte urbain s’est spectacularisé en utilisant les éclairages, la musique, la danse et les décors[2].
Par la suite, « ce modèle s'est répandu au Canada français, notamment à Toronto où sa programmation régulière au Théâtre français de Toronto attire un public fidèle et enthousiaste[7]. » Il a aussi été joué à Ottawa avec Patrick Leroux en 1998[8]. Selon Bienvenue, cette formule s'est maintenant répandue en Belgique, en France, au Mexique et en Afrique[6]. La professeure Stéphanie Nutting fait un rapprochement avec le renouveau du conte sur la scène anglo-saxonne, notamment The Moth (en) à New York, qui existe depuis 1997. Elle signale aussi l'affinité des cultures minoritaires pour cette forme de littérature orale, ainsi que l'a montré François Paré[7].
En 2004, les contes urbains sont joués à Québec au Théâtre La Licorne. Puis en 2007, ils y sont présentés en français au Théâtre La Licorne et en anglais au Théâtre Centaur.
Caractéristiques
L'essence de cette pratique du conte est qu'elle « rassemble des gens ordinaires qui racontent des moments extraordinaires de leur vie. Souvent, leurs histoires mettent en relief les forces invisibles de l'exclusion; souvent aussi, ces histoires concernent des moments de grande vulnérabilité et de transformation[7]. » Comme le note le déclare Yvan Bienvenue, créateur du concept, « L’objectif a toujours été d’explorer la manière dont on habite la ville et la manière dont elle nous traverse[9]. » Il s'agit dans ces récits de
« débusquer les figures, les mythes qui nous rassemblent. Pour comprendre qui nous sommes. Ce n’est pas Roméo et Juliette, c’est Rémi et Chantal, et Rémi bosse au dépanneur. Il y a Steve qui quête dehors[10]. »
Spécificité du conte urbain
| Contes traditionnels | Contes urbains |
|---|---|
| Oral | Oral et écrit |
| Théâtral | Théâtral |
| Temps lointain | Temps présent |
| Formule introductive « il était une fois… » | Formule introductive non définie |
| Formule conclusive « ils vécurent heureux… » | Formule conclusive non définie |
| Récit courts | Récits courts |
| Univers fantastiques | Univers urbains (ville) |
| Personnages irréels et archétypes | Personnage réels et lambda |
| Morale | Découverte du monde tel qu'il est |
| Fin heureuse | Fin variée |
| Récit fictif | Récit inscrit dans la société |
| Auteurs inconnus | Auteurs connus |
| Non daté | Daté |
| Non figé | Figé dans l'écriture |
| Méchants : loups, ogres, sorcières... | Méchants : pauvreté, solitude, etc. |
| Conté dans les granges, etc. (niveau du public) | Conté sur scène (surélevée) |
| Surnaturel | Vie citadine, surnaturel |
| Durant les fêtes de fin d'année | |
| Mise en scène/mise en conte (musique, bruits, déplacements…) |
Les concepts et le protocole du spectacle des « contes urbains » ont été créés par Yvan Bienvenue, après la publication de son premier conte urbain les Foufs à Montréal pour les fêtes de Noël 1991. Il reprendra cette expérience en 1994 avec Stéphane Jacques, acteur et directeur artistique d'Urbi et Orbi : « Nous avons remis une copie des « Foufs » à cinq auteurs en leur demandant de nous écrire une histoire en s'inspirant du genre, de la forme du texte », donnant ainsi naissance au sous-genre de conte qu'est le conte urbain[11] :
« Les Contes urbains se présentent sous la forme d'un récital de contes. Le principe est simple : un auteur, un acteur et une bonne histoire. Le protocole : un auteur est invité à écrire une courte histoire se prêtant à l'oralité sous forme de conte, de légende, d'historiette ou autres, dont l'action se passe en ville dans le temps des Fêtes. Une fois le texte écrit, l'auteur se choisit un acteur et le dirige lui-même. Un « metteur en conte » prend en charge les répétitions de groupe (enchaînements, générale) et, au cas où l'auteur ne se sentirait pas la capacité de diriger son acteur, le metteur en conte le remplace à la direction. Un musicien assure les liens entre les contes. Il est important d'ajouter que l'acteur s'adresse directement au public[11]. »
Le conte urbain a provoqué une petite révolution dans le paysage théâtral et culturel québécois. Selon les amateurs, il a aussi ramené à l’essentiel l’expression de la pratique théâtrale, et a été reconnu comme le point de départ du renouveau du conte au Québec[11]. Le conte urbain veut se détacher du monologue théâtral, grâce à des personnages qui s’expriment à la troisième personne et qui se posent en observateurs particuliers du monde. Pour l'artiste conteur Jean-Marc Massie, plutôt que d'être théâtralisé, le conte doit être « scénographié » pour répondre aux contraintes de la scène[12]. Il peut se jouer sur scène avec un éclairage, des costumes et des éléments de décor, mais il doit aussi pouvoir être joué sans cela, en laissant les mots prendre le relais des jeux de lumière et du décor. Mais il faut laisser ouverte cette possibilité théâtrale, sans quoi « le conte deviendra un folklore qui rime avec la mort. Il ne sera plus ce qu'il a toujours été, un patrimoine vivant[13]. »
Axé sur « la notion clé d'espace social acoustique[14] », le conte urbain se propose de susciter « des réflexions sur la vie dans une culture donnée, avec un fort ancrage dans la société plutôt que dans l’individu. L’idée est de toucher à l’inconscient collectif, de trouver les mots qui créent chez le spectateur une émotion forte parce qu’ils le renvoient à lui-même de manière foudroyante, tout en le connectant avec plus grand que soi[9]. » La communauté d'écoute crée ainsi « un espace sonore éminemment physique et intersubjectif, un espace méthexique[15], c'est-à-dire un espace qui est de l'ordre de la participation, du partage ou de la contagion[16] ».
Les Zurbains
Lancé en 1997, Les Zurbains/Les Zurbains en série est un spectacle annuel présentant des contes urbains rédigés par des auteurs adolescents. Les jeunes écrivent des contes, quelques-uns participent par la suite à un stage, et quatre textes sont sélectionnés pour être mis en scène et interprétés par des acteurs. On y retrouve des histoires aux modes et aux styles divers (réaliste, surréaliste, fantastique, dramatique, tragi-comique, idyllique ou épique).
Le spectacle est produit au Théâtre Denise-Pelletier et au Théâtre jeunesse Les Gros Becs. En 2017, il en était à sa 20e édition[17].
Il existe aussi un dérivé pour les enfants appelé Les Petits Zurbains[18].