Convention anglo-ottomane de 1913

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Dépôt Gouvernement britannique
Langue Anglais
Signé 29 juillet 1913
Convention anglo-ottomane de 1913
Description de cette image, également commentée ci-après
Carte montrant les limites des cercles rouges et verts selon la Convention anglo-ottomane de 1913.
Dépôt Gouvernement britannique
Langue Anglais
Signé 29 juillet 1913
Parties
Parties Drapeau du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande Royaume-Uni Drapeau de l'Empire ottoman Empire ottoman

La Convention anglo-ottomane de 1913, également connue sous le nom de Ligne bleue, était un accord signé entre l'Empire ottoman et le Royaume-Uni qui définissait les limites de la juridiction ottomane dans la région du golfe Persique en ce qui concerne le Koweït, le Qatar, Bahreïn et le Chatt al-Arab. Elle fut signée le , mais jamais ratifiée. L'impact durable de cet accord fut celui du statut du Koweït ; les bases de l'indépendance formelle et des frontières du Koweït moderne furent en effet établies.

Non-ratification

Des négociations informelles commencent le par le biais un mémorandum britannique envoyé au gouvernement ottoman. À cette époque, il semblait probable que le terminus du chemin de fer de Bagdad financé et conçu par l'Allemagne serait situé au Koweït. Ce territoire était sous administration ottomane depuis 1871, et, en 1875, était inclus dans le vilayet de Bassorah. Bien que le cheikhat koweïtien soit désormais sous la juridiction de l'Empire, aucun fonctionnaire ottoman n'y était en poste[1]. L'influence sur le Koweït était cruciale pour la politique étrangère britannique dans le golfe Persique en ce qui concerne le commerce et ses intérêts stratégiques en Inde.

Pour les Britanniques, une nouvelle extension de la ligne ferroviaire signifiait une nouvelle expansion de l'influence ottomane, et l'administration actuelle, déjà enhardie par le régime des « Jeunes Turcs », souhaitait rétablir un contrôle effectif de l'empire au sud du Koweït[2]. Pire encore pour les Britannique était le risque d'empiétement potentiel d'autres puissances européennes dans la zone. Dans le mémorandum proposé, les Britanniques cherchaient donc à régulariser l'accord de statu quo de 1901, en affinant la définition des frontières du Koweït à leur avantage[3].

Bien que parfois dans l'impasse, les négociations communiquées par mémorandums se sont poursuivies sur une base de donnant-donnant où les Britanniques avaient l'avantage ; si les Ottomans acceptaient le statut d'autonomie du Koweït et les frontières proposées, les Britanniques devraient accepter la suzeraineté ottomane, et en échange, les îles septentrionales de Warbah et Bubiyan devraient être attribuées au Koweït, et ainsi de suite[4]. L'influence déclinante d'Istanbul dans le Golfe contraint la Porte à des concessions sans grand gain en retour. L'Empire ottoman avait subi de nombreux revers au cours des dernières décennies – quelques-unes de ses provinces ont obtenu leur indépendance, d'autres ont été annexées par d'autres pays – et pour des raisons de politique interne, il a pu sembler important de maintenir le Koweït dans l'empire, ne serait-ce que symboliquement. Les Ottomans pensaient également que la conclusion de cet accord assurerait le soutien britannique sur d'autres questions plus urgentes, telles que la gestion du risque d'invasion par d'autres puissances européennes et des conflits dans d'autres parties de l'Empire. De plus, les pressions britanniques ont conduit les Ottomans à abandonner le projet d'extension de la ligne de chemin de fer jusqu'au Koweït et à opter plutôt pour un terminus à Bassorah[5]. Le projet de terminus à Bassorah a créé une nouvelle série d'exigences de la part des Britanniques, notamment la renonciation ottomane sur le Qatar et la délimitation de son influence dans les eaux du golfe Persique. La Grande-Bretagne souhaitait conclure des accords avec le cheikh du Qatar Jassim bin Mohammed Al Thani (en) sur le trafic d'armes illicites et la paix maritime, et cherchait également à établir officiellement sa domination dans le Golfe. Le , la Grande-Bretagne et l'Empire ottoman ont paraphé le compromis et la Convention anglo-ottomane a été signée le , exactement deux ans après le premier mémorandum.

La Convention anglo-ottomane ne constituait qu'une partie d'un processus de négociation plus vaste, et la complexité des intérêts commerciaux européens concurrents dans la région empêcha sa ratification. La Russie, la France et l'Allemagne (et plus tard l'Italie) avaient également fait pression sur le gouvernement ottoman pour obtenir des concessions ferroviaires. La ratification fut d'autant plus compliquée que la plupart des puissances étaient engagées dans des négociations bilatérales avec l'Empire ottoman, tout comme les Britanniques l'avaient fait avec cette Convention. De plus, les tentatives d'obtenir des concessions pétrolières de la part du gouvernement ottoman ajoutèrent à la complexité des accords commerciaux. Finalement, les Ottomans et les Britanniques devinrent ennemis quelques mois après la signature de la Convention anglo-ottomane de 1913, le déclenchement de la Première Guerre mondiale réduisant tout espoir de ratification[6].

Avant le déclenchement des hostilités, un accord complémentaire couvrant le reste de la péninsule arabique, la Ligne violette, avait également été négocié.

Termes

I. Koweït

La section I de la convention comprenait dix articles concernant le statut du Koweït et ses frontières territoriales. Elle comportait des dispositions contradictoires : les Britanniques reconnaissaient le Koweït comme un sous-district provincial autonome (kaza) de l'Empire ottoman au sein de la zone verte délimitée et s'engageaient à ne pas y établir de protectorat, tandis que l'Empire ottoman reconnaissait la validité des accords ayant fait du Koweït un protectorat britannique, sauf nominativement, et reconnaissait le Koweït comme une entité indépendante au sein de la zone rouge délimitée.

Selon l'accord, le Koweït constituait un « kaza autonome de l'Empire ottoman », reconnaissant ainsi le cheikh Moubarak al-Sabah comme souverain du Koweït et comme kaymakam (gouverneur de district ottoman) (article 1). Le Koweït a été mentionné comme tel car les interprétations ottomanes et britanniques des termes « souveraineté » et « suzeraineté » différaient dans leurs ambitions prespectives, et ces deux termes ont donc été omis dans le projet final[7].

S'agissant d'un kaza « autonome », le gouvernement ottoman s'engageait à s'abstenir d'intervenir dans les affaires du Koweït, « y compris la question de la succession, et de tout acte administratif, d'occupation ou militaire ». Il autorisa également l'utilisation du drapeau ottoman avec la possibilité d'y inscrire le mot « Koweït » (article 2).

L'accord identifiait également les territoires du Koweït comme deux régions distinctes, délimitées en rouge et en vert sur une carte annexée à la convention. La ligne rouge, comme on l'appelle communément, délimitait la région où le cheikh devait jouir d'une « autonomie administrative complète ». Cette région était formée d'un « hémicycle avec la ville de Kuwayt au centre, Khor Al Zubair (en) à l'extrémité nord et al-Qurrayin à l'extrémité sud » (article 5). Elle incluait également les îles environnantes de Warba et Bubiyan, qui constituaient des points de négociation majeurs pour les Britanniques, qui considéraient les postes militaires ottomans sur ces îles comme une menace[8].

La ligne verte définissait la région dans laquelle le cheikh du Koweït exercerait les droits administratifs d'un kaymakam ottoman. Les tribus situées dans cette zone étaient « reconnues comme relevant de la dépendance du cheikh du Koweït » et, en tant que kaymakam, il était tenu de percevoir un tribut (article 6). L'importance de la ligne verte réside dans le fait qu'elle a posé pour la première fois les bases des frontières établies du Koweït moderne[9] :

La ligne de démarcation commence sur la côte à l'embouchure de Khor al-Zubair au nord-ouest et passe immédiatement au sud d'Umm-Qasr, Safwan (en) et Jabla Sanam, de manière à laisser au vilayet de Bassorah ces localités et leurs puits ; arrivant à al-Batin, elle le suit vers le sud-ouest jusqu'à Hafr-al-Batin qu'elle laisse du même côté que Koweït ; de ce point la ligne en question va vers le sud-est en laissant aux puits d'al-Safah, al-Garaa, al-Haba, al-Warbah et Antaa, atteignant la mer près de Jabal Munifa (Article 7).

Une autre disposition importante, exigée par les Ottomans, était la déclaration britannique selon laquelle aucun protectorat ne serait établi sur le Koweït (article 4). Pourtant, le gouvernement ottoman reconnaissait la validité de l'accord anglo-koweïtien de 1899 (en), ainsi que des accords de 1900 et 1904 par lesquels le Koweït s'était engagé à ne pas se livrer au commerce des armes ni à permettre à une autre puissance d'établir un bureau de poste, et des concessions foncières accordées par le cheikh au gouvernement britannique (article 3).

Des dispositions plus modestes ont également été ajoutées à la convention, notamment le droit du cheikh à sa propriété privée dans le vilayet de Bassorah (article 9) et à l'extradition (article 10).

II. Qatar et III. Bahreïn

Les sections II et III contiennent des dispositions concernant respectivement le Qatar et Bahreïn. Le statut du Qatar et de Bahreïn était au cœur des négociations, et les Britanniques font pression sur le gouvernement ottoman pour qu'il renonce à ses revendications sur les deux territoires. Si le gouvernement ottoman conservait sa souveraineté sur le Qatar et Bahreïn, cela lui permettrait de continuer à intervenir dans les affaires du Golfe, dont les Britanniques souhaitaient conserver le monopole[10].

Les Ottomans étaient prêts à abandonner toute revendication sur Bahreïn, où ils n'avaient jamais pu conserver autre chose qu'un rôle symbolique, mais pas sur le Qatar. Pour des raisons de souveraineté, les Ottomans arguaient que l'empire avait toujours exercé une souveraineté effective sur la péninsule et ne pouvait justifier l'abandon d'un territoire auquel il n'avait jamais officiellement renoncé[11]. Pourtant, sous une pression considérable, ils renoncèrent à leurs revendications sur les deux (articles 11 et 13) et une ligne bleue fut établie pour définir les limites territoriales de la juridiction ottomane. Cette ligne séparait le Sandjak du Nedjd (en) du Qatar. La ligne bleue commençait à quelques kilomètres au sud de Zaknuniya (qui était incluse dans le sandjak), directement au sud jusqu'au Rub' al-Khali (article 11). L'accord ne mentionnait toutefois pas que Zaknuniya ferait partie du sandjak du Nedjd en échange d'une contrepartie ottomane de 1 000 £ versée au cheikh de Bahreïn par l'intermédiaire du gouvernement britannique[12].

En ce qui concerne Bahreïn, les Ottomans renoncent à toute revendication sur celui-ci tant que les Britanniques n'ont pas déclaré leur intention de l'annexer (article 13) et ne revendiquent de droits de capitulation pour les sujets du Cheikh de Bahreïn (protégés par les consuls de la Majesté britannique) vivant dans l'Empire ottoman (article 15).

IV. Le golfe Persique

La dernière étape pour assurer sa domination sur le golfe Persique fut l'officialisation du contrôle britannique dans le Golfe. Ainsi, « pour la protection de ses intérêts particuliers… dans les eaux libres du golfe Persique et sur les frontières appartenant aux cheikhs indépendants, du sud du Qatar jusqu'à l'océan Indien », les Britanniques purent continuer d'appliquer, comme par le passé, les mesures suivantes (article 16) :

(a) Sondages, éclairage des phares, placement des bouées, pilotage
(b) Police maritime
(c) Mesures de quarantaine

Références

Sources

Articles connexes

Lectures complémentaires

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