Corsaires granvillais

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Pléville Le Pelley, terre-neuva, flibustier, capitaine corsaire, capitaine de vaisseau, vice-amiral, ministre de la Marine, sénateur.

Dès le début du XVIe siècle, depuis leur abri, simple havre protégé au nord par la Roche et à l’ouest par la Chaussée, les Granvillais arment des navires au long cours. Ils pratiquent la grande pêche à Terre-Neuve et sur le Grand Banc ; ils participent aux expéditions maritimes lointaines vers le Nouveau Monde, les Indes orientales et plus particulièrement vers le Brésil[Note 1].

L’activité commerciale et la sécurité des granvillais sont constamment remises en cause par une multitude de conflits et de guerres. Mandatés par le roi (ou l'État), les Granvillais pratiquent la Guerre de Course, en guerre et le plus souvent en guerre et marchandises.

La Course comme l'on disait, est pratiquée avant le XVe siècle[Note 2]. Au début, elle était anarchique et peu contrôlée pendant les hostilités. Les intérêts politiques étaient si confus que le problème de savoir si un navire de commerce était d'une nation ennemie ou neutre était très vague ; c'est alors que la course et la piraterie étaient difficiles à distinguer. La lettre de marque était théoriquement obligatoire, mais souvent laissée de côté.

La lettre de marque était une autorisation officielle délivrée par le roi ou la République ou tout autre régime à un armateur ou un commandant de navire — déterminé par son nom, son tonnage et son port d'attache — pour une durée strictement limitée partant du jour de l'enregistrement au bureau de l'inscription maritime de son ressort.

Elle donnait l'autorisation d'armer ce navire en guerre avec l'équipage, les canons, poudre, munitions et vivres nécessaires afin de le mettre en mesure de courir sur tous les ennemis de l'État, les pirates, les forbans et autres, de les prendre avec leurs navires, armement et cargaisons et de les amener dans un port en se conformant aux lois concernant ces opérations, puis de faire à son retour rapport devant l'Administration de la Marine.

Les corsaires sont donc souvent confondus avec les pirates et dans l'ignorance, on utilise l'un ou l'autre terme. Les corsaires exercent leur activité selon les lois de la guerre, uniquement en temps de guerre et avec l'autorisation de leur gouvernement. Capturés, ils ont droit au statut de prisonnier de guerre.

Un règlement des parts de prises était établi avant chaque course entre les membres de l'équipage suivant le rôle, l'Amirauté touchait environ 8%, l'équipage 1/3, l'armateur 2/3.

conflitsdateduréepériode
République de Saint-Malo11 mars 1590-15944 ansHenri IV
Guerre de la Ligue d'Augsbourg24 septembre 1688-septembre 16979 ansLouis XIV
Guerre de Succession d'Espagnefévrier 1701-11 avril 171312 ans et 2 moisLouis XIV
Guerre de Succession d'Autriche15 mars 1744-18 octobre 17484 ans et 7 moisLouis XV
Guerre de Sept Ans29 août 1756-10 février 17636 ans et 6 moisLouis XV
Guerre d'indépendance des États-Unis19 avril 1775-11 avril 17838 ansLouis XVI
Guerres de la Révolution française20 avril 1792-25 mars 18029 ans et 11 moisRépublique
Guerres de l'Empire18 mai 1803-20 novembre 181512 ans et 6 moisNapoléon Ier

La Course à Granville

Le retour des corsaires en 1806 - Maurice ORANGE, Granville
Prisonniers incarcérés sur les pontons anglais.

La Course vraiment organisée à Granville peut être datée, d'après Charles de la Morandière, de 1620 où l'on trouve un corsaire pourvu d'une lettre de marque et dorénavant, la course va être sérieusement réglementée, surveillée et encouragée et devenir une des branches importante de l'industrie maritime de même que l'armement morutier et baleinier et plus tard la pêche des huîtres.

XVIe siècle

En 1590, Michel Le Fer, qui est hostile à la République de Saint-Malo et a été banni de sa ville, s'est réfugié à Granville. Muni d'une commission du roi, il engage un combat naval, contre ses concitoyens au large de sa cité, au cours duquel il sera tué en .

En , Jehan Cauchet, muni d’une commission pour « courir sus aux ennemis du roi, » s’empare par erreur d’un navire anglais. La prise ne sera pas reconnue car la France n'est pas en guerre contre l'Angleterre.

En , Jehan Duhamel de la Bréhencière arme trois bâtiments pour courir contre les Ligueurs.

XVIIe siècle

En 1620, Le Château-d’Or, armé par Jacques de Sainte-Marie d’Aigneaux et commandé par François de Gourfaleur de Bonfossé, amarine dans les mers du Nord l’Açon ou Façon de Flandres et le ramène à Granville, la prise est adjugée à un Malouin.

« C’était dans le quartier de Saint-Malo et plus particulièrement encore dans celui de Granville, comme étant le plus populeux en hommes de mer, qu’ils levaient les marins dont ils avaient besoin pour leurs expéditions. En 1695, après le premier bombardement de la ville, ils attaquèrent de concert et enlevèrent aux Anglais un fort convoi venant de l’Inde. La richesse de cette capture fut estimée beaucoup au-dessus de tous les dommages causés cette année dans nos ports de la Manche par les divers bombardements de la flotte anglaise »[3].

XVIIIe siècle

« C’est au début du XVIIIe siècle que Granville prend véritablement son destin en main. Grâce à des efforts répétés et couronnés de succès pendant les années 1720-1730, le port bas-normand, qui souffre pourtant fortement de l’exigüité de ses installations portuaires, connaît son envolée économique. Lui qui n’envoyait qu’une vingtaine de bâtiments à Terre-Neuve à la fin du XVIIe siècle, multiplie allègrement le nombre de ses morutiers. Désormais, il arme entre 80 et 100 navires par année, parfois même au-delà de la centaine au cours des années 1770 et 1780. Très vite, Granville rejoint Saint-Malo à la tête des ports morutiers français, au point de lui disputer âprement la suprématie par la suite »[4].

Mathieu de La Rue : « En l’année 1747, le Thomas-Kouli-Kan ne fut pas moins valeureusement commandé par Mathieu de La Rue qui, dans une action des plus sérieuses, eut la figure emportée par un boulet de l’ennemi. On l’appelait Face d’argent, du masque de ce métal qu’il portait habituellement pour cacher son honorable difformité »[5].

La Françoise-du-Lac, près d’Ouessant, 1747 : « ...Mon camarade mit le genouil sur le tillac et fait feu avec moi sous mon bras. Un boulet ramé nous arrive, me coupe la jambe droite et coupe mon camarade en deux. Le pavillon fut baissé, et les vainqueurs vinrent s’emparer de leur proie »[6].

Le Granville : « Le plus beau corsaire fut le Granville, armé de 40 canons, de 316 hommes d’équipage et commandé par La Hogue-Quinette, fils de l’armateur. Il sauta en l’air par le feu pris à ses poudres dans le combat qu’il soutint contre la frégate anglaise la Britannia le 30 juin 1757 : quatre hommes seulement furent sauvés par l’ennemi »[5].

Armateurs, capitaines corsaires

Seconds capitaines corsaires

Capitaines de prise

Officiers

  • Luc Fougeray, sieur de la Halotière (1709-1745), lieutenant de vaisseau, tué au combat sur le Jean-François.
  • Jean Le Pelley, sieur de Fonteny (?-1748), lieutenant, tué au combat sur le Conquérant.

Équipage

  • Étienne Le Fer (†1591), tué au combat sur la Fleur-d'Olonne,
  • Barthélémy Desvergées (1762-1811), matelot, prisonnier, évadé des pontons anglais, suspecté et emprisonné à son retour par le Comité de Salut public, libéré le [Note 4],
Frégate de 40 canons au milieu du XVIIIe siècle.
  • L’Aimable-Grenot, frégate corsaire construite à Granville, 1747-, armateur Leonor Couraye du Parc, 390 tonneaux, trois mats, deux ponts, deux gaillards, tirant d'eau chargé : 16 pieds, tirant d'eau non chargé : 14 pieds, armée de 40 canons (2 de 12, 24 de 8 et 14 de 4 livres), 6 pierriers, 250 fusils, 150 sabres, équipage en course : 390 hommes. La première campagne de course[9], du au , est confiée au capitaine Pierre de la Houssaye, 14 navires sont pris. La seconde campagne[10], du au , est mené par le capitaine François Joseph Hugon, 7 prises s'ajoutent au palmarès de l'Aimable-Grenot. Les deux campagnes avaient rapporté à leurs équipages et armateurs 670 000 livres. L’Aimable Grenot fait naufrage le sur les rochers des Ouvras (site de la Natière), alors qu'il quittait Saint-Malo pour Cadix[11],[12].

Combats

Notes et références

Voir aussi

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