Coupe de Nestor (Pithécusses)
céramique antique trouvée sur l'île d'Ischia en Italie
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Le vase appelé coupe de Nestor est un cotyle ou un skyphos trouvé en 1954 lors de fouilles sur l'ancien site grec de Pithécusses sur l'île d'Ischia en Italie. Découverte dans une tombe[1], la coupe est en céramique de style géométrique tardif (-) et semble originaire de Rhodes. Elle est conservée à la Villa Arbusto, à Lacco Ameno sur l'île d'Ischia (golfe de Naples).

Sa célébrité est due à une inscription de trois lignes réalisée par grattage après l'achèvement du vase, afin d'en faire une offrande funéraire pour un jeune homme. Cette gravure et celle, contemporaine, de l'inscription du Dipylon, sont les deux plus anciennes inscriptions connues utilisant l'alphabet grec, si l'on excepte les quelques lettres d'un document épigraphique plus vieux d'une vingtaine d'années. Les deux inscriptions sont datées approximativement de L'écriture est la variante archaïque occidentale de l'alphabet grec, provenant de l'île d'Eubée (groupe rouge, selon la classification d'Adolf Kirchhoff).
Le texte de l'inscription

L'inscription est fragmentée et comporte quelques lacunes. Elle est écrite de droite à gauche. Comme toujours dans ce cas, les lettres sont inversées en miroir par rapport aux caractères grecs classiques. On remarque que l'alphabet archaïque utilisé n'a pas encore assigné à l'êta (Ηη) la valeur de « e long ». Cette lettre note encore une aspiration, comme dans l'alphabet latin. L'epsilon (Εε) note les deux valeurs du son « e ». Cet alphabet ne connaît pas non plus la lettre oméga (Ωω), comme l'atteste notamment l'inscription du Dipylon.
Le texte est le suivant, avec entre crochets, la reconstitution la plus généralement admise des lacunes :
« ΝΕΣΤΟΡΟΣ : Ε…: ΕΥΠΟΤ[ΟΝ] : ΠΟΤΕΡΙΟ[Ν]
ΗΟΣΔΑΤΟΔΕΠ[ΙΕ]ΣΙ : ΠΟΤΕΡΙ[Ο] : AΥΤΙΚΑΚΕΝΟΝ
ΗΙΜΕΡ[ΟΣ : ΗΑΙΡ]ΕΣΕΙ : ΚΑΛΛΙΣΤ[ΕΦΑΝ]Ο : ΑΦΡΟΔΙΤΕΣ »
Il se transcrit comme suit en alphabet grec classique :
« Νέστορος ε[...] εὔποτ[ον] ποτήριον·
ὃς δ’ ἂν τοῦδε π[ίη]σι ποτηρί[ου] αὐτίκα κῆνον
ἵμερος αἱρήσει καλλιστ[εφάν]ου Ἀφροδίτης. »
Traduit littéralement, le texte devient :
« (??) la coupe de Nestor, faite pour bien boire ;
Celui qui vide cette coupe, aussitôt le désir d'Aphrodite à la belle couronne le saisira. »
Le premier vers est un trimètre iambique. Les deuxième et troisième lignes ont la forme d'hexamètres dactyliques, d'une perfection métrique irréprochable. Il s'agit peut-être d'hexamètres classiques, auxquels il est ainsi fait référence[2], et modifiés pour la circonstance, ce qui crée un effet humoristique.
Certains spécialistes modernes, qui complètent le premier vers par « Je suis la coupe de Nestor… »[3], y voient un effet humoristique résultant du contraste entre la magnificence de la coupe de Nestor décrite par Homère dans l'Iliade (XI, v. 632-641) et la simplicité de la coupe sur laquelle se trouve l'inscription. D'autres interprétations, minoritaires, existent. Certains comblent la première lacune ainsi : « Νέστορος μὲν … » (« La coupe de Nestor est bonne, mais… »)[4] ou « Νέστορος ἔρροι … » (« Coupe de Nestor, va t'en ! »)[5]. Une troisième hypothèse est que l'inscription résulte d'un jeu lors d'une beuverie[6] : un joueur écrit la première ligne, le second continue et… le troisième fait part de son excitation sexuelle ! L'hypothèse la plus récente est celle d'Yves Gerhard (Zeitschrift für Papyrologie und Epigraphik, 176, 2011, pp. 7-9, en français), qui propose « Νέστορος ἔ[ασον] εὔποτον ποτήριον » : « Laisse de côté la coupe de Nestor, si excellente soit-elle pour boire ; mais quiconque boit à cette coupe-ci sera saisi immédiatement du désir d'Aphrodite à la belle couronne. »