Criminalité

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L'émission New York, unité spéciale participe à construire l'imaginaire de la criminalité selon Chiara Battisti[1].

La criminalité est une catégorie pénale et policière par laquelle sont définis quels actes, au sein d’une société, sont considérés comme constituant des délits ou des crimes. Elle est la transgression non tolérée par la société des normes juridiques en place.

Une norme est pénale lorsque son but est de faire régner un minimum d'ordre dans la société et exige un comportement déterminé de ses membres. Les normes pénales sont régulatrices et coercitives, elles forment l'ordre juridique et contribuent ainsi au maintien de la paix. Concernant ces normes, les criminologues sont d'avis qu'il s'agit de normes socialement édictées, donc qui varient d'un pays à l'autre, ce qui veut dire que le crime, en tant que tel, n'existe pas. Certains comportements se sont vu attribuer l'étiquette crime et c'est ainsi qu'ils ont été interdits. Mais d'autres criminologues pensent que des normes sont objectives, car on les trouve partout et toujours, comme le cas de tuer quelqu'un sans raison. Mais « sans raison » peut fortement différer selon les sociétés[2].

On distingue la petite criminalité (délinquance) de la grande criminalité (crimes).

« Le châtiment est destiné à agir sur les honnêtes gens, non sur les criminels, et nous ne réprouvons pas un acte parce qu'il est criminel, mais il est criminel parce que nous le réprouvons. »

 Émile Durkheim, De la division du travail social, p. 35 de la 12e édition de 1960.

La criminalité est une construction sociale produite par les institutions judiciaires, policières et carcérales dans leurs interactions avec le reste de la société, à travers la gestion différenciée des illégalismes. Un illégalisme est un contournement d'une norme juridique[3]. Les illégalismes sont gérés de différentes manières vis-à-vis de l'appareil pénal: certaines formes de contournements de la légalité sont criminalisées, et d'autres tolérées[4].

Cette gestion différencie surtout les illégalismes qui portent sur les biens, comme le vol, de ceux qui portent sur des droits, comme la fraude, car l'apparition du capitalisme industriel a conduit à la reconfiguration du contrôle pénal des classes populaires: les illégalismes des ouvriers sont désormais compris à travers le concept neuf de délinquance (ou criminalité), tandis que les illégalismes des bourgeois sont tolérés[5]. Cela se reflète dans le traitement des jeux des ouvriers avec le droit comme naturellement mauvais, avec à l’opposé une vision des illégalismes des bourgeois comme des pratiques dont le caractère immoral serait fabriqué artificiellement par le droit[6]. Ainsi, la criminalité financière est comprise par la société et le système pénal comme une étourderie[7], alors que l'immigration par exemple est réprimandée comme un crime inhumain[8]. Même en dehors des enjeux de classe, les illégalismes au sein de la Bourse sont criminalisés ou tolérés en fonction des représentations des agents de l'ordre quant aux petits dossiers et grands dossiers[9].

Historiquement, l'invention de la notion de criminalité comme phénomène social qu'on pourrait observer et de la notion de délinquance comme une caractéristique particulière des individus s'est faite à travers la constitution de l'institution de la prison[10].

Criminalité aux États-Unis

Index de crimes et atteintes aux biens pour 100 000 habitants, suivant les zones géographiques américaines, 2004 Uniform Crime Report

Depuis les exécutions de Sacco et Vanzetti pour un meurtre qu'ils n'avaient pas commis et non pour l'agitation anarchiste à laquelle ils participaient, presque toutes les affaires politiques ont été traitées en affaires criminelles par les autorités (militants pour les droits civiques, communistes, Black Panthers, etc.[11].

Parmi les pays occidentaux les États-Unis sont réputés pour lutter contre la criminalité avec un système beaucoup plus répressif (taux d'emprisonnement cinq à dix fois supérieur aux pays européens).

Les États-Unis publient diverses statistiques qui montrent des taux qui oscillent de 2 000 à 4 000 atteintes aux biens et 390 à 540 crimes violents pour 100 000 habitants[12],[13], soit des taux variant de 20 à 40 pour 1 000 habitants. Dans la Revue française de criminologie et de droit pénal, Heather Mac Donald s'interroge sur l'excessive sévérité du système pénal américain[14]. Selon lui, les États-Unis connaissent actuellement une campagne médiatique de grande ampleur visant à délégitimer la répression de la criminalité. Il affirme notamment que « l'Amérique n'a pas un problème de population carcérale mais un problème de criminalité ».

Le coût de la criminalité en col blanc est estimé à 1 000 milliards de dollars par an selon les données du ministère de la Justice. Cette criminalité représente un coût de 20 à 30 fois supérieur à celui des crimes ordinaires contre les biens (cambriolages, hold-up, vols de voitures, etc.)[11].

Criminalité en France

Évolution récente de la criminalité

L'auteur Olivier Hassid dans son ouvrage Criminalité et insécurité. Comprendre pour agir[15] constate une forte hausse de la criminalité entre 1960 et 1990 dans plusieurs pays européens, dont la France, et une baisse effective à partir de 1990. L'augmentation s'explique, pour lui, par la transformation des sociétés occidentales et l'évolution sociale et économique des modes de vie. Pour justifier le passage à l'acte, l'auteur se réfère à la théorie des opportunités développée par Felson et Clarke[16]. La baisse amorcée à partir de 1990 inclut selon lui quatre facteurs : le vieillissement de la population, la baisse des « opportunités », l'adaptation des populations à la menace criminelle, enfin les moyens mis en œuvre à travers les politiques de lutte contre la criminalité[17].

La criminalité par villes selon le journal du Monde

Classement des villes de France métropolitaine selon leurs taux de criminalité[18]. À noter que certaines localités ne sont pas répertoriées comme les villes de Dives-sur-Mer, Deauville, Cannes, Chessy, Agde, Le Touquet-Paris-Plage, car ce sont des cas spéciaux, avec de très forts flux touristiques, qui font grimper les taux, mais qui n'ont pas de problème social lié à la délinquance locale.

Ville (agglomération) Rang Taux pour 1 000 hbts Département Région
Saint-Denis 1 166,50 Seine-Saint-Denis Île-de-France
Saint-Ouen-sur-Seine 2 157,67 Seine-Saint-Denis Île-de-France
Aubervilliers 3 137,29 Seine-Saint-Denis Île-de-France
Avignon 4 122,94 Vaucluse Provence-Alpes-Côte d'Azur
Nîmes 5 117,32 Gard Occitanie
Nice 6 114,32 Alpes-Maritimes Provence-Alpes-Côte d'Azur
Marseille 7 114,04 Bouches-du-Rhône Provence-Alpes-Côte d'Azur
La Courneuve 8 113,38 Seine-Saint-Denis Île-de-France
Corbeil-Essonnes 9 111,38 Essonne Île-de-France
Lille 10 109,87 Nord Hauts-de-France
Paris 11 109,81 Paris Île-de-France
Toulouse 12 108,58 Haute-Garonne Occitanie
Bobigny 13 107,48 Seine-Saint-Denis Île-de-France
Pantin 14 107,21 Seine-Saint-Denis Île-de-France
Cergy-Pontoise 15 106,39 Val-d'Oise Île-de-France
Valence 16 104,82 Drôme Auvergne-Rhône-Alpes
Vitrolles 17 104,70 Bouches-du-Rhône Provence-Alpes-Côte d'Azur
Clichy 18 104,07 Hauts-de-Seine Île-de-France
Montpellier 19 103,24 Hérault Occitanie
Perpignan 20 102,64 Pyrénées-Orientales Occitanie
Dreux 21 101,84 Eure-et-Loir Centre-Val de Loire
Bondy 22 101,12 Seine-Saint-Denis Île-de-France
Stains 23 100,61 Seine-Saint-Denis Île-de-France
Cavaillon 24 100,61 Vaucluse Provence-Alpes-Côte d'Azur
Rosny-sous-Bois 25 99,76 Seine-Saint-Denis Île-de-France
Évreux 26 99,68 Eure Normandie
Le Havre 27 99,18 Seine-Maritime Normandie
Persan 28 98,92 Val-d'Oise Île-de-France
Béziers 29 98,13 Hérault Occitanie
Aix-en-Provence 30 97,46 Bouches-du-Rhône Provence-Alpes-Côte d'Azur
Total incluant d'autres villes
(sur 31 273 000 habitants)
- 79,50 - -

Les facteurs associés à la délinquance juvénile

En , le Congrès des Nations Unis pour la Prévention du Crime et le Traitement des Délinquants identifie une variété de facteurs principaux ou généralement reconnus qui peuvent conduire à la délinquance[19]. La pauvreté, le chômage, l'analphabétisme, l'absence de logements adéquats et abordable ainsi que des systèmes d'enseignement et de formation inadaptée sont toutes des situations pouvant favoriser les comportements délinquants[19].De plus, la croissance de citoyens sans perspective d'insertion sociale et l'aggravation des inégalités sociales, dont les conditions difficiles que connaissent les personnesqui émigrent vers les villes ou vers d'autres pays sont aussi de potentielles facteurs de risque de la délinquance chez les jeunes[19].

En sociologie

Émile Durkheim disait que la société sans criminalité n'existe pas, et ne peut pas exister[réf. souhaitée]. Selon lui, le crime est nécessaire pour faire évoluer le droit mais il permet également à la société d'être en cohésion : lorsqu'il y a un crime et que le criminel se fait attraper, les autres personnes se disent que la société fonctionne bien car elle punit le crime. Ceci renforce la cohésion sociale.

Théories de criminologie

Notes et références

Voir aussi

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