Crise russo-géorgienne de 2006
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Les relations entre Tbilissi et Moscou, déjà altérées depuis plusieurs années, se sont fortement détériorées à la suite de l'arrestation le sur le sol géorgien de quatre officiers russes accusés d'espionnage. Cette arrestation intervient quelques jours après l'adoption d'un plan de coopération entre l'OTAN et la Géorgie. La tension atteint son paroxysme une semaine après les événements. Le , le président russe dément les rumeurs faisant état d'un éventuel conflit armé[1].
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Histoire
, la Révolution des Roses force à la démission le président géorgien Edouard Chevardnadze. Le , Mikheil Saakachvili, pro-occidental et non avare de critiques envers Moscou[réf. nécessaire], est élu à la présidence géorgienne. Le , les négociations s'effectuent entre la Géorgie et l'OTAN dans l'optique d'une adhésion de la Géorgie à l'OTAN.
Liens et contexte

- Russie
- Anciennes républiques socialistes soviétiques
- Territoires post-soviétiques ayant déclaré leur indépendance et reconnus par la Russie
- Territoires post-soviétiques ayant déclaré leur indépendance et reconnus uniquement par des territoires devenus indépendants, eux-mêmes reconnus par la Russie
Les régions séparatistes géorgiennes d'Ossétie du Sud et d'Abkhazie qui font partie, avec la Crimée et la Transnistrie, du glacis géostratégique russe permettant à Moscou de contrôler y compris militairement sa zone d'influence exclusive ; ces entités se reconnaissent d'ailleurs aussi entre elles. Près d'un million de Géorgiens résident en Russie en tant que travailleurs étrangers. Selon l'organe officiel de recensement de Russie de 2002, 197 934 Géorgiens possèdent la citoyenneté russe[2]. Selon les services de migrations russes, les transferts de devises de Russie vers la Géorgie constitueraient 20 % du PIB géorgien, soit près d'1 milliard de dollars.
La Russie est l'un des plus importants partenaires commerciaux de Géorgie, elle représente à elle seule 15 % du commerce extérieur géorgien. Les autorités géorgiennes accusent Moscou de soutenir les séparatistes et de vouloir annexer les territoires. Présence de deux bases militaires russes en territoire géorgien devant être évacuées en 2008.
Chronologie
27 septembre
Le mercredi , à Tbilissi, les autorités arrêtent cinq agents du renseignement militaire russes et une dizaine de Géorgiens soupçonnés d'espionnage et d'implication dans un attentat en février 2005[3]. Dans le cadre de cette arrestation, le commandement des bases russes à Tbilissi est encerclé par des centaines de véhicules de police géorgien[4].
Les personnes interpellées sont accusées d'avoir recueilli des informations sur les liens entre Tbilissi et l'OTAN, les ressources énergétiques du pays, les infrastructures portuaires et ferroviaires, les partis d'opposition et l'armée. Ils sont également soupçonnés d'être impliqués dans l'organisation de l'attentat de Gori de qui avait entraîné la mort de trois policiers géorgiens et fait 23 blessés. Parmi les quatre officiers figurent le colonel Alexandre Sava et le lieutenant-colonel Dmitri Kazantsev, tous deux arrêtés à Tbilissi ; les deux autres officiers ont été arrêtés à Batoumi[5],[6].
28 septembre
Le jeudi , à Ioujno-Sakhalinsk lors d'un entretien avec les journalistes, le ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov fait part de sa volonté de porter l'affaire devant le Conseil de sécurité des Nations unies. Il déclare : « Nous exigeons la libération immédiate de nos ressortissants et nous l'obtiendrons par tous les moyens dont nous disposons (…) Tout cela ne peut être considéré que comme le dernier exemple en date d'une politique anti-russe »[7].
À Tbilissi, le porte-parole du ministère géorgien de l'Intérieur annonce qu'au total cinq officiers et un chauffeur militaire russes ont été interpellés et qu'ils seront inculpés le lendemain[8]. À l'aéroport militaire de Tchkalovskï, le ministre russe de la Défense Sergueï Ivanov accuse le gouvernement géorgien de vouloir « porter la confrontation au point critique. » Il ajoute : « Les actions des autorités géorgiennes dépassent complètement l’entendement (…) Les chefs d’accusations sont débiles et complètement inventés (…) L'atmosphère en Géorgie rappelle l'année 1937. » Demandant expressément la libération des cinq officiers russes, Mr Ivanov assure que la réponse de Moscou sera « appropriée et responsable »[9]. À Moscou, le ministre de la Défense Sergueï Ivanov accuse les autorités géorgiennes d'avoir passé à tabac six soldats et un officier subalterne russes interpellés à Batoumi la nuit précédente, ajoutant que les militaires ont été relâchés vers trois heures du matin. Le ministère géorgien de la Défense confirme les arrestations mais dément tout passage à tabac[10]. Le ministère russe des Affaires étrangères rappelle pour consultation l'ambassadeur russe et annonce l'évacuation partielle du personnel diplomatique présent en Géorgie. Un diplomate russe confirme qu'une partie du personnel et des familles de diplomates sera évacuée par avion dès le lendemain. La Russie saisit le Conseil de sécurité des Nations unies. L'ambassadeur russe à l'ONU Vitali Tchourkine qualifie les arrestations de « provocations » « inacceptables et dangereuses » et demande aux nations « d'appeler les autorités géorgiennes à faire preuve de retenue »[11],[12].
29 septembre
Le vendredi , le ministre géorgien de l'Intérieur annonce la libération d'un militaire russe présenté comme le cinquième officier interpellé la veille. Plus tard, Vano Merabichvili indiquera que la personne relâchée, Rouslan Skrylnikov, n'est pas un officier russe mais un citoyen géorgien engagé sous contrat comme chauffeur à la base militaire russe de Batoumi. Les deux officiers russes et les dix Géorgiens écroués à Tbilissi sont accusés respectivement d'espionnage militaire et de crime de haute trahison. Le tribunal de Tbilissi ordonne leur détention provisoire pour deux mois. Les deux autres officiers russes et sept Géorgiens détenus à Batoumi sont inculpés des mêmes chefs d'accusation[13],[14].
Deux avions-cargos Illiouchine avec à leur bord, l'ambassadeur russe, des ressortissants et des membres du consulat russes décollent du sol géorgien à destination de Moscou. Le président géorgien Mikheil Saakachvili qualifie cette évacuation d'« hystérie » et ajoute : « Les personnels russes et leurs familles ne sont confrontés à aucune menace ici. » À Portoroz, Slovénie, Sergueï Ivanov, ministre russe de la Défense, accuse certains pays d'Europe de l'Est membres de l'Alliance de fournir illégalement à la Géorgie des armes et des munitions datant de l'ère soviétique. Il reproche à la Géorgie de vouloir chasser les militaires russes de son territoire pour mettre en œuvre une « solution militaire » dans les conflits régionaux d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud. Le secrétaire général de l'Otan Jaap de Hoop Scheffer lance « aux deux parties un appel à la modération et à la désescalade » et précise : « l'Otan ne joue pas un rôle direct dans cette affaire (…) il s'agit d'une question bilatérale »[15]. Vitali Tchourkine, ambassadeur russe à l'ONU, demande le vote d'une résolution condamnant « les sérieuses provocations lancées dernièrement par les autorités géorgiennes. » Les États-Unis, par l'intermédiaire de leur ambassadeur John Bolton, s'opposent à la proposition russe déclarant avoir « de nombreuses difficultés avec le texte. » Après une journée de discussion et d'importantes modifications apportées au texte, l'ambassadeur américain propose une nouvelle résolution refusée par la Russie. Vitaly Tchourkine déclare à la fin de la séance : « les propositions et amendements américains dénaturaient le texte (…) et rendaient l'acceptation d'une déclaration présidentielle impossible »[16].
30 septembre et après
Le samedi , le conseiller de l'ambassade de Russie, Ivan Volynkine, annonce l'évacuation dans la journée de tous les diplomates russes présents sur le sol géorgien, sauf deux. Le général russe Alexandre Baranov, commandant de la région militaire de Ciscaucasie, suspend jusqu'à nouvel ordre le plan de retrait, amorcé en et devant s'achever en 2008, des forces russes présentes en Géorgie[17],[18].
Le , le président russe Vladimir Poutine qualifie les arrestations de « terrorisme d’État avec prise d’otages » et dénonce l'influence des « sponsors étrangers » de la direction géorgienne, accusant ainsi à mots couverts l'OTAN et les États-Unis[19]. Le lundi , la Russie impose un embargo total sur les liaisons ferroviaires, maritimes, aériennes et postales vis-à-vis de la Géorgie. Le même jour, le président géorgien Mikheil Saakachvili libère les quatre officiers et les remet au président en exercice de l'OSCE[20]. Le , le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, déclare exclure toute levée de l'embargo[21]. Le , 150 Géorgiens en situation irrégulière sont expulsés du territoire russe. Le le service fédéral russe de l’immigration annonce l'expulsion de 119 autres Géorgiens.