Croix miraculeuses d'Asse

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Les Croix miraculeuses d'Asse sont une série de miracles catholiques centrés sur la vallée du Kruisborre (encore rarement francisé Cruysborre), située au sud de la commune d'Asse (parfois francisé Assche), en Belgique.

Particulièrement fréquenté par des foules de pèlerins à l'époque médiévale et moderne, ce pèlerinage commémore la légende d'une hostie profanée et la floraison miraculeuse d'un arbre, ainsi que celle d'un crucifix apparu dans un noyer et de plusieurs miracles liés à ces derniers. Le patrimoine lié à cette tradition comprend la chapelle de la Sainte-Croix au sein de l'église Saint-Martin d'Asse, ainsi qu'un parcours de procession jalonné de nombreux calvaires et chapelles dans le hameau de Koudertaverent (ou Koudertaveerne, francisé Cautertaverent).

Illustration du XXe siècle.
L'Église Saint-Martin d'Asse en 2018.

L'historien et sous-prieur de l'abbaye du Rouge-Cloître, Jan Gielemans, a écrit à ce sujet au XVe siècle dans son Novale Sanctorum[1], ainsi que l'historien Godefroid Kurth dans son ouvrage intitulé Histoire des Croix Miraculeuses d'Assche en 1912[2].

Au XIIIe siècle, une pauvre femme de Koudertaverent, un très petit village à 2 kilomètres d'Asse, se rendit chez des Banquiers Lombards juifs, désespérée, pour échanger son seul vêtement décent contre de l'argent. Les Lombards, la voyant au fond du gouffre, lui proposèrent une grosse somme d'argent en échange de l'hostie qu'elle recevrait à Pâques. La femme accepta l'offre et cacha l'hostie après la communion de Pâques, mais lors de son chemin vers les Lombards, elle regretta et cacha l'hostie dans le buisson d'un aulne sec, au Kruisborre. À ce moment-là, l'arbuste reprit vie et commença à fleurir[3].

Alors, pleins de pèlerins commencèrent à venir pour voir ce miracle de leurs propres yeux, mais cela dérangeait le propriétaire du champ car ses fruits étaient constamment piétinés par les pèlerins. Un jour, il eut assez de la foule et coupa le buisson, mais un autre miracle se produisit lorsque les éclats de feuilles et branches tombèrent en forme de croix, recouverts d'une goutte de sang. Alors, le fermier arrêta de couper et le prêtre fut appelé. La pauvre femme avoua son erreur et l'hostie fut retirée du buisson et portée en procession jusqu'à l'église Saint-Martin d'Asse. Plus tard, une croix fut réalisée avec le buisson d'aulne[3].

C'est alors que la véritable ruée a commencé, les gens venaient de partout au Kruisborre. En 1312, des pèlerins perdus demandèrent leur chemin à un fermier sur le Vrijthout (petit chemin à 2,6 kilomètres du Kruisborre), le fermier, incrédule, répondit: « Je crois autant à la légende qu'à une apparition miraculeuse d'une croix dans mon noyer ! ». Les pèlerins levèrent les yeux et virent une croix dans le noyer. Ce crucifix fut également apporté à l'église Saint-Martin d'Asse qui était l'église la plus importante des environs[3].

Depuis lors, les deux Saintes-Croix sont vénérées dans l'église Saint-Martin, dans la chapelle de la Sainte-Croix appelée localement "Le Kruiskoor", où la légende est représentée sur les boiseries et sur les vitraux[3].

Kruiskoor dans l'église Saint-Martin d'Asse, avec la première Sainte-Croix sur la droite et la seconde Sainte-Croix, plus petite au centre. Les Vitraux racontent la légende.

Selon la légende, le château des Lombards Juifs qui voulaient soudoyer la pauvre femme fut détruit par la foudre, créant ainsi une énorme fosse, qu'on nomme aujourd'hui le "Jodenput" (La fosse Juive). Elle se trouve juste derrière la Croix de Sjat, non loin du Kruisborre[3].

Pèlerinage

Asse est alors devenue un lieu de pèlerinage célèbre à partir du XIVe siècle, des gens venaient à Asse de partout, par dévotion ou pour se repentir. L'importance du pèlerinage a même été mise en évidence dans la bulle d'indulgence émise par le pape Benoît XII en 1337. D'anciens documents ecclésiastiques indiquent qu'il y avait déjà une chapelle au Kruisborre à cette époque[3].

L'église Saint-Martin d'Asse à la fin du XIXe siècle.

Un pèlerinage au Kruisborre commençait par une prière dans la chapelle de Kruisborre. Les pèlerins descendaient ensuite les escaliers jusqu'à la source, en passant par les différentes chapelles, généralement construites en remerciement d'une faveur après un pèlerinage. Là, ils faisaient le signe de croix avec l'eau de la source, en buvaient ou en emportaient chez eux pour se protéger du mal. Les agriculteurs l'emportaient aussi souvent avec eux pour protéger leur maison et leur étable contre toutes sortes de dangers[3],[4]

Les deux croix ont longtemps fait l'objet d'un culte fervent de la part des Assois et de toute la population avoisinante jusqu'à environ 1970. C'était surtout aux fêtes de l'Exaltation et de l'Invention de la Sainte-Croix, c'est-à-dire le et le de chaque année. Des foules de fidèles se pressaient dans l'église, faire en priant le tour du sancturaire, et s'agenouiller devant les croix pour gagner les indulgences attachées à leur culte par les souverains pontifes[2].

De grandes processions, défilés et festivités ont fait perpétuer la tradition et la légende des Saintes Croix. En 1862, les 525 ans du miracle furent célébrés par une procession, en 1912 (600 ans), un cortège eut lieu à nouveau avec plus de 900 figurants. La célébration de 1937 fut de moindre ampleur en raison de la guerre imminente. En 1987, les 650 ans de l'apparition furent célébrés avec un livre, une procession et une exposition et finalement, en 2012, la société d'histoire locale Ascania a également organisé une exposition. Malheureusement, en raison de la sécularisation de la commune, les festivités ont cessé, les pèlerins sont quasiment inexistants et la légende est devenue inconnue à la quasi totalité de la population d'Asse. Seule une procession vers le site persiste toujours, le lundi de Pâques[3].

Fanion du pèlerinage de 1962.

La véritable date des miracles parvenus au Kruisborre est inconnue mais il est généralement admit que la seconde croix est apparue dans le noyer en 1312[3].

Les Croix

La première croix miraculeuse

Les deux croix miraculeuses sont conservées dans l'église Saint-Martin d'Asse, sur l'autel occupant le chœur du côté bas méridional, nommée le Kruiskoor (Chapelle de la Sainte-Croix). La première croix miraculeuse, faite du buisson d'aulne, mesure 2,13 m de hauteur, elle porte une gloire à l'intersection des deux bras et montre vers le tier inférieur du montant une ouverture où se voit une hostie rayonnante[2].

La seconde, plus petite qui mesure 84 cm de hauteur sur 61 cm de largeur, est un crucifix couvert par un voile de soie brodé d'or qui ne laisse visible que la tête du Christ. Il est assez difficile de déterminer l'âge de cet œuvre d'art, les deux croix n'ont pas fait l'objet d'études scientifiques au carbone 14.

La seconde croix miraculeuse d'Assche (avec le voile)

Artistiquement, la manière de sculpter la tête et la chevelure est classique et intemporelle, les jambes quant à elles sont attachées à la croix par un seul clou qui semble trahir une modernité relative. En revanche, le tronc en particulier le thorax avec ses côtes vigoureusement accentuées et les bras musclés du Christ rappellent l'art réaliste d'une époque plus ancienne. Il pourrait s'agir d'un travail médiéval remanier à une époque postérieure[2].

La Petite Croix miraculeuse d'Assche (sans le voile)

Chapelle du Kruisborre

Chapelle du Kruisborre

En 1622, le curé d'Asse, Jean Calenus fit construire une nouvelle chapelle à l'endroit où eut lieu le miracle de la première Sainte Croix. Il a ainsi provoqué une nouvelle vie à la vénération des Croix Miraculeuses à Asse[3].

La chapelle a été rénovée et restaurée a plusieurs reprises. En 1644, la toiture fut refaite et la tourelle fut construite. Heureusement, la chapelle a survécu eux années turbulentes de la Révolution française à la fin du XVIIIe siècle car un fermier l'a achetée et a fait passer cette dernière pour une grange[3].

Entrée de la chapelle.

Autres chapelles et croix

Sources

Notes et références

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