Culotte courte
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La culotte courte est un vêtement masculin habillant le bas du corps et les deux cuisses séparément.

Historique
Au fil du temps, au gré de l’évolution des modes, la longueur de la partie habillant les cuisses a varié, allant du dessous des genoux à la partie supérieure des cuisses. De la deuxième moitié du XIXe siècle aux années 1950, c’était un vêtement de dessus habillant principalement les jeunes garçons jusqu'à leur adolescence. Le terme « culotte courte » a disparu peu à peu, au profit du terme short ou bermuda.
Origine et sens de l’appellation « culotte courte »
Issu du latin culus, signifiant fondement, le mot culotte apparaît, en France, au début du XVIe siècle : il désigne ce qu’on appelait précédemment, les « hauts-de-chausses », puis « chausses à la culottes ». Cette dernière appellation a donné culotte. Au XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle, la culotte est un vêtement masculin qui va de la taille jusqu’aux dessous immédiat des genoux. En France, à la Révolution, il est le vêtement de la noblesse qui s’oppose aux sans-culottes ; ces derniers portent des pantalons ou des braies. Dans la première moitié du XIXe siècle (vers 1830), la culotte est abandonnée au profit du pantalon, sauf dans un costume d’apparat : l’habit à la française. Le mot culotte est devenu synonyme de pantalon et désigne d’une façon générale tout ce qui habille le fondement avec, le cas échéant, tout ou une partie des membres inférieurs.
Les différents types de culottes se distinguent par un déterminant : culottes longues, culottes courtes, culotte de golf, culotte de cheval, etc. Ce déterminant peut paraître fautif si on compare le sens originel du déterminé et la perception qu’on en a maintenant. Guy de Maupassant, dans La parure (1884), écrit :
« Elle songeait aux antichambres nettes, capitonnées avec des tentures orientales, éclairées par de hautes torchères de bronze, et aux deux grands valets en culotte courte qui dorment dans les larges fauteuils, assoupis par la chaleur lourde du calorifère. »
Ici les deux valets portent l’habit à la française, les culottes sont semblables et ne sont pas plus courtes que celles de la fin du XVIIIe siècle. Elles n’ont rien à voir avec les culottes courtes de la fin du XIXe siècle et au XXe siècle. Culotte courte désignait un temps le vêtement léger pour la pratique des sports, qui, dans le début du XXe siècle, prend pour nom l’anglicisme short, ellipse de short trousers. Ce terme anglais trousers est à comparer au mot français « trousses » qui désignait au XVIe siècle des hauts-de-chausses bouffantes, plissées et courtes, s’arrêtant à mi-cuisses. Elles s'appelaient, également, « chausses de pages ».
Culotte peut désigner un sous-vêtement féminin, appelé parfois petite culotte, qui n'a rien à voir avec culotte courte.
Naissance d’une mode

Jusqu’au milieu du XIXe siècle, à l’exception du costume matelot, prédécesseur du costume marin, la mode enfantine n’existe pratiquement pas. Ils quittent la robe unisexe de la toute petite enfance, et les enfants sont habillés comme leurs parents, c’est-à-dire, selon les milieux sociaux, comme des adultes miniatures.
Au milieu du XIXe siècle, la Grande-Bretagne est la première puissance mondiale. En Europe, elle est la nation qu’on imite. Elle influence notamment les modes vestimentaires.
Dans le chapitre « Hygiène vestimentaire » d’un « dictionnaire médical des familles » publié dans les années 1880, l’auteur nous apprend que cette nouvelle mode, qui consiste à habiller court les enfants, est venue d’Angleterre et d’autres cours royales européennes alliées à la couronne britannique. Il la trouve non seulement charmante, mais beaucoup plus hygiénique. Il l’approuve et l’encourage.
Cette remarque dans un livre de vulgarisation médicale nous apprend qu’au début de la deuxième moitié du XIXe siècle, au sein de la famille royale de Grande-Bretagne et son entourage, les garçons étaient vêtus d’un costume comprenant une culotte au lieu d’un pantalon. Dans ce choix, il faut voir l’influence des discours hygiénistes, ou bien la fantaisie d’une mère. Une mode enfantine est née, elle va durer environ un siècle. Imitée dans d’autres cours européennes, puis dans les milieux aristocratique et bourgeois, cette mode va se répandre dans tous les milieux sociaux. Elle se répand par l’intermédiaire de l’industrie du prêt-à-porter, qui la copie, et par l’influence de publications de mode (en France : Le Journal de la Famille, Le Petit Écho de la Mode). Cette mode est présente au milieu de la deuxième moitié du XIXe siècle, comme le montre Le Journal de la Famille numéro 45, daté de 1877, ainsi que d’autres gravures d’époque, plus difficiles à dater précisément. Parallèlement, les robes des petites filles raccourcissent.
Évolution d’une mode
L’uniforme des mouvements scouts, initiés par Robert Baden-Powell vers 1908, a contribué à populariser la culotte courte. Elle est inspirée de l’uniforme de l’armée coloniale britannique : le bermuda, adopté par aux Bermudes. Le commandement pour l'Atlantique nord, l'amiral Mason Berridge, autorisait les pantalons coupés au-dessus du genou mais avec des chaussettes très hautes[1]. La culotte scout dévoile les genoux. Cette tenue symbolisait la vie au grand air et la possibilité d'avoir des activités autonomes loin de la famille et des précepteurs. C'était révolutionnaire à l'époque de l'enfermement victorien qui formait des adolescents anémiques, fait dénoncé par Baden-Powell[2].
Jusqu’à la fin de la première guerre mondiale, la longueur du vêtement oscille, plus ou moins, entre le dessous et le dessus des genoux. Des photographies d’époque et des illustrations de dessinateurs comme Francisque Poulbot en témoignent.
Après la première guerre mondiale, l'émancipation féminine amène de grands couturiers parisiens à dévoiler davantage le corps de la femme en raccourcissant jupes et robes. Les femmes choisissent les vêtements de leurs enfants. Elles les lavent et les réparent ; la culotte courte demande beaucoup moins d'entretien qu'un pantalon long. Dans les années 1920, les culottes des garçons sont raccourcies. La longueur des culottes courtes des garçons va varier entre le dessus des genoux et le milieu des cuisses, pour les très jeunes elle peut même s'arrêter en haut des cuisses. Contrairement à notre short ou bermuda actuel, la culotte courte ne se porte pas uniquement au printemps et en été, les saisons n'ont même quasiment aucune influence sur leur port, ni même sur leurs longueurs. Un grand nombre de témoignages et de photos prouvent que les garçons la portent indépendamment de la température extérieure, toute l'année, même par les froids de l'hiver. Au début du XXe siècle, elle s’accompagne de longs bas rejoignant l’échancrure de la culotte ; à partir des années 1930, de hautes chaussettes montent jusqu’aux genoux. Les jambes ne seront jamais complètement couvertes.
Dans les années 1930, des hommes adultes commencent à porter cette tenue en été[1].
En Europe, à partir des années 1950 et jusque dans les années 1960, la culotte courte tend à se raccourcir radicalement, parfois pour ne vêtir que le tiers supérieur des cuisses. Ce sera l'apogée de cette mode du très court pour les garçons ; la longueur des robes des filles évolue moins, jugée vite osée. De jeunes garçons sont chaudement emmitouflés mais avec les genoux et les cuisses nus. L’Église catholique participe à cette mode ; contrairement à d'autres religions, en particulier à l'Islam, montrer ses cuisses et ses genoux n'est pas du tout indécent. Dans le milieu des années 1950 au Vatican, le pape Pie XII impose à ses scouts de raccourcir les shorts des garçons, mais recommande de rallonger la jupe-culotte des filles. De nos jours, dans le scoutisme traditionnel, les scouts jeunes ou moins jeunes, participent aux offices religieux avec les jambes nues.
Un peu plus tard, le Japon veut imiter l'Europe moderne. La culotte courte envahit les rayons des magasins de vêtements pour enfants mais avec quelques décennies de retard. À la fin des années 1970 jusqu'au début des années 1990, on assiste dans ce pays à une véritable attirance pour ce vêtement. Les garçons le portent très court tous les jours, été comme hiver. À l'école ou à la maison, la culotte courte, faisant partie d'un uniforme ou pas, est le plus souvent en toile ou en jean et près du corps, à l'image du jeune héros d'une série japonaise, 俺はあばれはっちゃく (ja), qui l'arbore dans tous les épisodes.

La culotte courte est plus élaborée que le short. Elle est en lainage, drap, velours, flanelle, cuir, etc. Elle est souvent doublée. Elle comporte passant de ceinture, braguette avec patte de fermeture, différentes poches avec éventuellement pattes de rabat sur la poche revolver, parfois des bretelles pour les plus jeunes. Au début, elle est ornée de quelques boutons dans le bas des jambes, etc. Ces raffinements varient suivant la richesse des familles. Dans la première moitié du XXe siècle, des femmes taillent et cousent les vêtements de leurs enfants en s’aidant de patrons fournis par des revues de mode. La culotte courte peut être le complément d’un costume formel. Suivant les époques, elle accompagne veste à col marin, veston droit ou croisé, blazer, etc. Elle fait partie d’uniformes.
En France, outre l’uniforme scout, elle se retrouve dans l’habit de certaines institutions scolaires privées et des manécanteries.
En Grande-Bretagne et dans les pays d’influence britannique, la culotte courte fait partie de l’uniforme scolaire des garçons. Elle donne un caractère moins austère à l'uniforme. Dans ces années 1950 et 1960, les jeunes gens apprécient de la porter, comme l'indiquent les témoignages des intéressés[3]. En Angleterre, les droits des élèves - contrairement à une idée reçue - sont plus élaborés qu'en France et ont été établis plus vite. Un élève de plus de 12 ans peut refuser son inscription par les parents dans une école privée religieuse et exiger d'aller dans un établissement public.
La culotte courte est exhibée, de façon festive, sous sa forme de cuir dans le folklore de ce pays et celui du Tyrol, la lederhose, portée par les garçons et les hommes quel que soit leur âge. Cette culotte courte de cuir survivra à la seconde guerre mondiale. Les jeunes garçons allemands la porteront quotidiennement jusque dans les années 1970. Elle a bien existé dans la période nazie de l’Allemagne, dans l’uniforme des jeunesses hitlériennes ; les jeunes étaient habillés ainsi dans toute l'Europe (Est et aire soviétique compris) ; les jeunesses hitlériennes ont imité le scoutisme[réf. nécessaire]. Enfin, l'Allemagne et l'Autriche ont été précurseurs pour les droits des jeunes : en matière scolaire (décisions autonomes de la famille dès 14 ans) mais aussi en matière politique : l'Autriche accorde le droit de vote à 16 ans, comme les Länder du Nord de l'Allemagne. Cette tenue n'est pas forcément associée à une conception autoritaire de l'éducation.
Aux époques où l’âge légal du travail des jeunes était bas, l’adolescent abandonnait la culotte courte pour un pantalon lorsqu’il entrait en apprentissage ou était embauché. Il entrait dans le monde des adultes. Pour le monde des écoliers, l’âge auquel l’adolescent quittait la culotte courte, pour un vêtement plus adulte, variait suivant les milieux et les familles. C’était généralement vers 13 à 14 ans, rarement en dessous, quelquefois au-dessus, comme le montrent des photos de classe des années 1920, où l'on peut voir des lycéens, en seconde, portant des culottes courtes. Des années 1930 à 1950, la culotte courte n’était pas toujours remplacée par un pantalon mais par une culotte dite de golf, c’est-à-dire la culotte de Tintin, le personnage d’Hergé.
Disparition d’une mode
Après la Seconde Guerre mondiale, l’Europe adopte progressivement le mode de vie américain. Les familles royales ne font plus les modes vestimentaires, ce sont les grands groupes commerciaux de l’industrie du prêt-à-porter. L'enfant devient prescripteur. Influencé par la publicité et certains médias, il devient la cible des stratégies commerciales. La mode des culottes courtes, apparue 100 ans plus tôt, disparaît progressivement dans les années 1960, sauf dans certains milieux scouts ou chez les Petits Chanteurs.
Au Japon, depuis les années 1950, la majorité des écoles privées l'imposent dans l'uniforme scolaire d'été et d'hiver des garçons.

Longtemps emblématique de la jeunesse, elle reste dans une expression qui exprime l’enfance sans distinguer les filles des garçons : « le petit monde en culottes courtes ».
Sources
- Musée Galliera : exposition la mode et l’enfant 1780 - 2000.
- Dictionnaire médical des familles. Paris. 1882.
- Le Journal de la Famille numéro 45, daté de 1877.
- Essais historiques sur les modes et la toilette française par le Chevalier *** - Librairie universelle de P. Mongie. Paris, 1824.
- Photos d’époques, collections privées.
