Daemonologie

livre de Jacques VI d'Écosse From Wikipedia, the free encyclopedia

Daemonologie (titre complet Dæmonologie, In Forme of a Dialogue, Divided into three Books. By James Rx, soit « Démonologie, sous forme d'un Dialogue, Divisé en trois Livres ») est une dissertation philosophique rédigée et publiée en 1597 par Jacques VI d'Écosse (plus tard roi d'Angleterre), sur la nécromancie de son époque et les relations historiques entre les différentes méthodes de divination dérivées de l'ancienne magie noire[1]. Le livre est réimprimé en 1603 lors de l'accession de Jacques au trône d'Angleterre. Il est généralement admis que le roi a écrit Daemonologie en réponse à des publications sceptiques comme The Discoverie of Witchcraft de Reginald Scot[2].

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Daemonologie
Couverture du Daemonologie, dans une édition de 1603.
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Robert Waldegrave (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
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Comme son titre l'indique, Daeomonologie contient une étude de la démonologie et des méthodes utilisées par les démons pour troubler les humains. Le livre dénonce la sorcellerie comme une « trahison envers Dieu » et approuve et appuie la chasse aux sorcières.

Daeomonologie est considéré comme une des sources principales utilisées par William Shakespeare pour l'écriture de Macbeth. Les trois sorcières de la pièce utilisent plusieurs des citations et des rituels décrits dans le livre, et les thèmes écossais peuvent provenir des procès de sorcières en Écosse dans lesquels le roi Jacques était impliqué.

Structure

La dissertation intitulée Daemonologie est publiée pour la première fois en 1597, plusieurs années avant la publication de la Bible du roi Jacques par Jacques Ier quand il devient roi d'Angleterre. Jacques écrit sa dissertation en trois livres courts sous la forme d'un dialogue socratique afin de donner des arguments et des comparaisons entre la magie et la sorcellerie, et établit aussi sa propre classification des démons.

L'écriture du livre est fortement influencée par le procès des sorcières de North Berwick à partir de 1590. Après l'exécution d'un sorcier en 1591, le procès est raconté sous la forme d'un pamphlet intitulé Newes from Scotland, inclus à la fin du texte de Daemonologie. Le livre approuve la pratique de la chasse aux sorcières dans une société chrétienne. Le roi Jacques a peut-être aussi été pressé d'écrire Daemonologie par la publication d'un pamphlet anonyme, John Upaland, qui circule en 1597 et prétend que la cour écossaise est ensorcelée[3].

Il commence son livre par :

« L'inquiétante abondance, dans notre pays à notre époque, de ces détestables esclaves du diable, les sorcières et les enchanteurs, m'incite (cher lecteur) à vous écrire cette note, ce traité de ma main (...) pour éliminer le doute (...) que de telles attaques de Satan sont assurément pratiquées, et que ses instruments méritent la punition la plus sévère[trad 1]. »

Comme il l'indique dans la préface, ses sources principales sont les aveux de sorcières, des affaires juridiques passées et la Bible elle-même. Il a aussi compilé diverses dissertations sur la magie pour s'instruire sur les relations entre les esprits infernaux et les humains. Il dit chercher à prouver que les arts diaboliques ont toujours existé et existent toujours, et explique aussi la justification des procès de sorcières et les punitions que mérite quelqu'un qui pratique la magie noire[A 1] .

Il raisonne aussi de manière scholastique sur les choses rendues possibles par la magie noire, et les causes naturelles de la puissance du Diable, par le raisonnement philosophique[A 1]. Il cherche à prouver aux autres chrétiens l'existence de la sorcellerie par les enseignements bibliques. Son traité est divisé en trois livres basés sur différents arguments discutés par les protagonistes, parsemés de citations bibliques.

Personnages

Daemonologie est une dissertation politique et théologique, sous la forme d'un dialogue philosophique entre deux personnages, Philomathes et Epistemon, qui discutent de magie, de sorcellerie et de démonologie. Le but est d'éduquer sur l'étude de la sorcellerie et d'informer le public de l'histoire et de l'origine de chaque catégorie de magie noire. L'ouvrage sert aussi à appuyer les accusations de pratique de la sorcellerie, et élabore sur le point de vue de Jacques contre les papistes[A 2].

Dans la préface, il explique qu'il a donné à son traité la forme d'un dialogue pour mieux divertir le lecteur. Il suit ainsi les méthodes de nombreux philosophes du passé. Dans le récit-cadre, Philomathes entend parler de rumeurs dans le royaume à propos de sorcellerie, qui semble miraculeuse et étonnante, mais ne trouve personne qui ne s'y connaisse assez en la matière pour avoir une discussion politique sérieuse à ce propos. Il trouve alors un philosophe nommé Epistemon qui est très érudit en théologie[A 2].

Livre premier

Le premier livre couvre plusieurs sujets liés à la magie :

  • Les divisions des différents arts magiques, avec une comparaison entre la nécromancie et la sorcellerie ;
  • L'utilisation de charmes, de cercles magiques et de conjurations ;
  • Les divisions de l'astrologie ;
  • Le pacte avec le diable ;
  • La comparaison des miracles de Dieu et du diable ;
  • Le but de ces pratiques est de conseiller les gens.

Livre second

Le second livre couvre d'autres sujets liés à la sorcellerie :

  • La différence entre preuve biblique et imagination ou mythe ;
  • Une description de la sorcellerie ;
  • Le chemin d'apprentissage d'un sorcier ;
  • Les malédictions et les rôles de Satan ;
  • L'apparence des démons, les moments et les formes sous lesquels ils apparaissent ;
  • Les divisions des différentes actions des sorcières ;
  • Les moyens de transport et les illusions de Satan.

Livre troisième

Le troisième livre est la conclusion du dialogue. Jacques précise que les démons sont sous la surveillance directe de Dieu et ne peuvent pas agir sans sa permission, et il affirme que Dieu les utilise comme un « bâton de correction » quand les humains s'écartent de sa volonté. Les démons peuvent aussi être engagés par des magiciens ou des sorcières pour perpétrer des actes mauvais envers d'autres personnes. Il cite d'anciens auteurs qui affirment que les démons peuvent apparaître sous différentes formes selon leur but[A 3],[A 4]. Selon lui, à la fin, les actes des démons, malgré leurs tentatives de faire l'inverse, serviront à la gloire de Dieu[A 3],[A 4].

Jacques ajoute une description des différents esprits et spectres qui troublent les hommes et les femmes. Sa classification des démons ne sépare pas différentes entités démoniaques selon leur nom, leur rang ou leur titre, mais les catégorise selon les méthodes qu'elles utilisent pour tourmenter ou faire du mal à un individu vivant ou mort. Il indique quatre catégories d'entités démoniaques selon leurs méthodes :

  • Spectra : des esprits qui hantent les maisons ou les lieux isolés[A 5] ;
  • Obsession : des esprits qui troublent les gens à différents moments de la journée comme les incubes et les succubes[A 6] ;
  • Possession : des esprits qui entrent dans une personne pour la posséder[A 7] ;
  • Faries : des esprits d'illusions qui prophétisent, accompagnent et transportent leurs serviteurs[A 8],[4].

Newes from Scotland

Femmes accusées de sorcellerie agenouillées devant le roi Jacques, Daemonologie (1597)

Newes from Scotland – declaring the damnable life and death of Dr. Fian, a notable sorcerer Nouvelles d'Écosse, racontant la vie et la mort damnées du Dr Fian, un sorcier notoire ») est un pamphlet d'abord imprimé à Londres en 1591, qui raconte le procès des sorcières de North Berwick en Écosse, et leurs aveux faits devant le roi.

La première édition de Daemonologie, ainsi que les suivantes, incluent ce pamphlet détaillant le procès des sorcières de North Berwick, où le roi Jacques lui-même était juge. Le bailli adjoint du royaume d'Écosse, David Seaton, avait une servante nommée Gelis Duncan, dont les rumeurs affirment qu'elle a apporté une aide miraculeuse à plusieurs personnes malades ou infirmes[A 9].

David Seaton l'a accusée de sorcellerie, et a obtenu d'elle des aveux qui ont mené à l'arrestation de plusieurs autres personnes, convaincues par la suite de sorcellerie[A 10]. Agnes Sampson a avoué au roi Jacques avoir tenté plus d'une fois de l'assassiner en utilisant la sorcellerie. Le pamphlet détaille ces tentatives. Elle a affirmé avoir participé à un sabbat le jour de Halloween, où avec d'autres sorcières, elle a sacrifié un chat et l'a lancé dans la mer pour tenter d'invoquer une tempête destinée à couler la flotte du roi Jacques, qui revenait au port de Leith après son voyage en Norvège[A 11]. Un des bateaux a coulé, qui transportait les cadeaux de la nouvelle reine d'Écosse, mais les autres, dont celui qui transportait le roi, sont restés intacts[A 12].

Le docteur John Fian, considéré comme un sorcier notoire, fait partie des accusés du procès. Le pamphlet détaille leurs raisons de pratiquer la sorcellerie, les méthodes utilisées, comment chaque sorcier et sorcière a été arrêté et les méthodes de torture utilisées pour leur punition et leur exécution. Pour le docteur Fian, le pamphlet raconte son pacte avec le diable, un conflit qu'il a eu avec une autre sorcière qui l'a empêché d'enchanter sa fille, ses interrogatoires pendant le procès, la torture qu'il a subie, son évasion et son exécution[A 13].

Impact culturel

Les thèmes traités dans Daemonologie, ainsi que l'implication du roi Jacques dans le procès des sorcières de North Berthwick, pourraient avoir contribué directement au Macbeth de William Shakespeare. Dans la pièce, les trois sorcières utilisent des rituels magiques et des répliques qui viennent directement des procès de sorcières relatés dans Newes from Scotland. Macbeth a été présenté au public quelques années après la publication de Daemonologie, et contient de nombreux thèmes écossais.

Daeomonologie a mené à une réforme de la chasse aux sorcières, et a fortement inspiré Richard Bernard dans l'écriture de son livre A Guide to Grand-Jury Men publié en 1629, où il conseille d'accorder plus d'importance à l'acquisition et l'analyse de preuves dans les enquêtes sur les sorcières, et d'obtenir la présence de témoins aux procès en sorcellerie[5]. Matthew Hopkins a aussi été influencé par Daemonologie dans son travail de chasseur de sorcières entre 1644 et 1646, où il a contribué au procès et à l'exécution d'environ 300 sorcières. L'année de sa mort, en 1647, il publie The Discovery of Witches, en citant directement Daemonologie comme source pour ses méthodes de reconnaissance des sorcières[6].

Les arguments philosophiques posés par le roi Jacques à travers le personnage d'Epistemon sont basés sur des concepts de raisonnement théologique sur les croyances de la société, tandis que son interlocuteur Philomathes considère d'un point de vue philosophique les aspects légaux de la société mais cherche à obtenir le savoir d'Epistemon. Cette approche est celle d'un philomathe cherchant à accroître ses connaissances par l'épistémologie, un terme introduit par la suite dans la littérature philosophique anglophone par James Frederick Ferrier en 1854[7],[A 2].

Notes et références

Annexes

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