Dalila Maschino

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Dalila Zeghar, née en 1951 et devenue par mariage Dalila Maschino, est une professeure d'Université, chercheuse en littérature comparée et en études féministes, et femme de lettres franco-algérienne.

Son histoire personnelle a été mise sous le feu des projecteurs lors de son enlèvement à Montréal orchestré en 1978 par son frère Messaoud Zeghar et ses hommes de main, qui désapprouvait son mariage, son choix de carrière universitaire et sa volonté de vivre librement. Cette affaire suscita une importante mobilisation internationale.

Messaoud Zeghar est un des hommes forts du régime de Houari Boumediène, qui a renversé Ahmed Ben Bella. Il est donc aussi le chef de sa famille ; ses sœurs sont très courtisées et l'homme d'affaires refuse plusieurs fois la main de celles-ci à des ministres[1].

En 1974, l'une de ses sœurs, Dalila, rencontre à l'université d'Alger un franco-algérien, Denis Maschino[2],[3], qui a le même âge qu'elle[4] et qui étudie l'économie. Il est le fils de Maurice Maschino et de Fadéla M'Rabet[5], proches d'Ahmed Ben Bella et qui ont dû quitter l'Algérie.

En , Messaoud Zeghar, qui refuse cette union, annonce à sa sœur Dalila qu'elle sera mariée au printemps suivant à un homme qu'il a choisi, mariage dont elle ne veut pas[1].

En , sous couvert de raison de santé, elle part en Suisse, accompagnée par un chauffeur-garde du corps[6]. De là, Dalila Zeghar s'enfuit à Paris, où elle épouse Denis Maschino le . Les services algériens étant bien implantés en France, le couple sollicite l'aide de Jean-François Lépine[7] pour émigrer au Canada : ils s'installent en août à Montréal[1], où ils poursuivent leurs études, à l'université Concordia et à l'université McGill[2].

Enlèvement

À plusieurs reprises entre et le printemps 1978, Messaoud Zeghar ou des envoyés de la famille se rendent à Montréal pour faire pression sur elle ; ils sont éconduits les uns après les autres[1]. Denis et Dalila Maschino demandent la citoyenneté canadienne[4].

Dans la nuit du 24 au , Dalila Maschino est enlevée par son frère à Montréal. Elle est conduite inanimée dans une chaise roulante à l'aéroport de Dorval et embarquée dans un DC8 affrété spécialement par Messaoud Zeghar, avec un passeport émis le précédent par l'État algérien[1].

D'après les services secrets américains (dans un câble révélé par Wikileaks), Messaoud Zeghar leur a affirmé que Dalila s'est mariée avec Denis Maschino pour sauver sa réputation, celui-ci la faisant chanter avec des photos compromettantes ; elle est donc revenue de son plein gré, ayant été battue et droguée par son mari. Il le dénonce comme un trafiquant de drogue et le fils d'un communiste. Les Américains prennent toutes ces affirmations avec circonspection[3]. Celles-ci s'avèrent d'ailleurs, après enquête, totalement fausses.

Mobilisation internationale

Le , un premier article paraît dans la presse canadienne. L'opinion publique se passionne pour l'affaire, d'abord au Canada, puis à l'international[6]. Le lendemain, un journaliste arrive à la joindre au téléphone : elle lui confirme avoir été enlevée contre son gré. Le , une pétition est lancée, les mouvements féministes du Québec organisant une importante mobilisation pour que Pierre Eliott Trudeau et son gouvernement interviennent[2]. Le , le gouvernement canadien demande officiellement le retour de Dalila Maschino[8], et envoie en juillet un émissaire spécial en Algérie[2].

La pétition finit par mobiliser Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Michel Foucault et le général de la Bollardière[9]. En Algérie, les journaux internationaux mentionnant l'affaire (Le Nouvel Observateur en fait sa Une[10]) sont censurés[11],[12].

Denis Maschino n'étant pas musulman, le mariage n'est pas reconnu par l'État algérien, et son frère souhaite toujours la marier[1], alors qu'elle est retenue à El Eulma[6], ville d'origine de la famille[12]. Denis Maschino se convertit à l'islam, sous le nom de Dalil[1],[12], souhaitant diminuer la pression médiatique. Un an plus tard, Pierre Nadeau rencontre Dalila à Los Angeles : elle lui affirme être partie de son plein gré et s'être remariée[7] avec Alloua Cheniguel, un professeur d'allemand[13]. Début , Dalila Maschino parvient à s'échapper lors d'un voyage et téléphone à Denis Maschino. Dès leur arrivée à Montréal, la police les place sous protection[4],[2].

Danielle Proulx raconte en 1994 :

« Cette mystérieuse histoire a passionné l'opinion à la fin des années 70 : voilà une jeune Algérienne de confession musulmane, établie à Montréal et mariée à un incroyant, que son clan aurait ramenée contre son gré dans le sérail. L'affaire prend d'énormes proportions, va de rebondissement en rebondissement, frôle l'incident diplomatique et alimente la chronique trois ans durant avant de se terminer en happy end. De nombreuses questions ont été soulevées au long de ces péripéties, elles n'ont pas toutes été résolues[14] »

Après l'affaire : l'engagement intellectuel

Notes et références

Liens externes

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