Daniel Tauvry

médecin français From Wikipedia, the free encyclopedia

Daniel Tauvry ([1], Laval[2][3], Paris) est un médecin, anatomiste du XVIIe siècle, membre de l'Académie royale des sciences, connu pour sa précocité intellectuelle, ses contributions à l’anatomie et sa participation à la vie scientifique de son époque[4], ainsi que pour ses théories pathogéniques fondées sur la chimie et l'iatrochimie, ainsi que pour ses contributions à la pratique médicale de son époque[5].

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Daniel Tauvry
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Biographie

Jeunesse et formation

Daniel Tauvry naît à Laval en janvier 1669 dans une famille de médecins. Son père, Ambroise Tauvry[6]. Il fut son premier maître, praticien distingué, il lui dispense une éducation précoce et approfondie en philosophie, logique, physique et médecine[4].

Daniel Tauvry eut quatre sœurs et deux frères, parmi lesquels Michel, qui né le , prit la tonsure en 1691, mais était docteur-médecin en 1702 quand il mourut, laissant une fille unique nommée Anne.

Son père lui fit faire des progrès si rapides dans les lettres et la philosophie, qu'avant l'âge de dix ans, il soutint des thèses de logique. Il lui enseigna ensuite les premiers éléments de l'art de guérir, en le conduisant au lit des malades. Son intérêt pour la médecine, encouragé par son père, le conduit à étudier Hippocrate et Galien, et à s’initier à la clinique à l’Hôtel-Dieu de Laval[4] pour le former à l'observation et à la pratique de la médecine.

À treize ans, il part pour Paris où il suit les enseignements de Joseph Guichard Duverney, anatomiste renommé. Deux ans plus tard, il obtient son doctorat en médecine à la Faculté d’Angers[4], grâce à des dispenses d’âge et de scolarité, devenant ainsi docteur à la fin de sa quinzième année.

Carrière médicale et académique

De retour à Paris, Tauvry étudie l'anatomie et publie en 1688 à l'âge de 18 ans son Anatomie raisonnée, dédiée à Antoine d’Aquin, premier médecin du roi. Il exerce la médecine dans la capitale, soignant des patients de tous horizons, tout en poursuivant ses recherches et ses publications[4].

En 1690, il publie un traité de matière médicale et continue à dispenser des soins, malgré son jeune âge et son diplôme provincial. En 1690, un ordre royal ayant privé du droit d'exercer à Paris les médecins qui n'avaient pas pris leurs grades dans la faculté de cette ville l'oblige à se faire recevoir aussitôt docteur. Il s’inscrit à la Chambre royale des médecins des universités provinciales, un groupement qui permet aux médecins formés hors de Paris d’exercer dans la capitale, mais qui est alors en conflit avec la Faculté de médecine de Paris[4].

Conflit avec la Faculté de médecine de Paris

La Faculté de médecine de Paris, jalouse de ses privilèges, s’oppose farouchement à la Chambre royale, obtenant finalement sa dissolution en 1696. Tauvry, comme d’autres médecins provinciaux, doit alors se soumettre aux épreuves de la Faculté parisienne pour obtenir le droit d’exercer. Il y réussit brillamment, soutenant plusieurs thèses et obtenant finalement son doctorat en médecine de la Faculté de Paris en 1697. Il inscrit son titre de docteur en médecine de la Faculté de Paris en tête d 'un ouvrage qu'il venait de terminer, sa Nouvelle pratique des maladies aiguës. Le Journal des savants en fait mention dans son numéro du [4].

Membre de l’Académie royale des sciences

Déjà lié avec Guy-Crescent Fagon, avec Joseph Pitton de Tournefort[4], Daniel Tauvry est remarqué par Bernard Le Bouyer de Fontenelle, qui le présente à l’Académie royale des sciences. Il y est d’abord nommé élève anatomiste en 1698, puis promu associé-anatomiste en 1699 en 1699.

« Je crus ne pouvoir faire un meilleur présent à la Compagnie que M. Tauvry, Bernard Le Bouyer de Fontenelle, 1754[7] »

Tauvry y lit plusieurs mémoires, notamment sur les résines et les gommes des plantes[8]. Sa participation à l’Académie lui permet de côtoyer les plus grands savants de son temps. À la faveur d'un nouveau règlement établie par Jean-Paul Bignon, qui augmentait le nombre des académiciens, il devenait membre associé, ce qui lui imposait l'obligation de se fixer à Paris : il est, avec Claude Bourdelin, l'un des deux associés anatomistes de la Société.

Querelle du foramen ovale

Il est surtout connu pour sa controverse avec Méry sur la circulation fœtale et la fonction du foramen ovale, un débat qui marque les annales de l’anatomie[4]. Fort de ses convictions et appuyé par Duverney, il soutint alors une dispute sur la circulation du sang dans le fœtus en apportant une opinion contraire à celle de Jean Méry, chirurgien en chef de l'Hôtel-Dieu et anatomiste. Cette querelle, ainsi que ses autres travaux, témoignent de son esprit novateur et de sa volonté de faire progresser la science médicale[4]. Selon Tauvry, chez le fœtus, le sang passe principalement de l’oreillette droite à l’oreillette gauche par le foramen ovale, et non par les poumons, qui sont presque imperméables en l’absence de respiration[4]. Il s’oppose ainsi à la théorie de Méry, qui affirme que les trois quarts du sang passent par les poumons fœtaux. Tauvry démontre, par des mensurations et des dissections, que le calibre de l’aorte est plus important que celui de l’artère pulmonaire fœtale, et que les capacités des deux ventricules sont à peu près égales[4]. Il souligne aussi que la musculature du cœur gauche est plus puissante, car elle doit vaincre la résistance de la grande circulation, tandis que le cœur droit n’a qu’à propulser le sang vers les poumons, où la résistance est moindre.

La querelle, qui divise l’Académie, conduit à la nomination d’une commission chargée de vérifier les faits. Tauvry dissèque devant les commissaires, prouve ses affirmations, et publie en 1700 son Traité de la génération et de la nourriture du fœtus, qui marque l’aboutissement de ses recherches[4]. Tauvry s'échauffa tellement par un travail opiniâtre, et mit tant d'ardeur dans la lutte scientifique contre cet adversaire entier dans ses idées, que sa santé fut atteinte.

Œuvres principales

Tauvry expose ses théories dans deux ouvrages majeurs[5] :

  • Nouvelle pratique des maladies aiguës et de celles qui dépendent de la fermentation des liqueurs (1698, 2 vol. in-12, Paris, Laurent d’Houry), réédité en 1706, 1713 et 1720.
  • Pratique des maladies chroniques ou habituelles (1712, posthume, dédié à Guy-Crescent Fagon), ouvrage inachevé, marqué par des incohérences stylistiques et une structure désordonnée.

Théories pathogéniques

Bien que ses théories soient aujourd’hui obsolètes, Tauvry a contribué à la transition entre la médecine galénique et les approches plus chimiques et empiriques. Ses écrits témoignent de la complexité et de l’éclectisme de la pratique médicale au XVIIe siècle[5]. Tauvry s’inscrit dans la tradition iatrochimique, inspirée notamment par Paracelse et Thomas Willis. Il admet cinq principes chimiques fondamentaux dans le corps humain :

  • Le mercure ou esprit (parties spiritueuses, mobiles, fermentescibles).
  • Le soufre ou huile (amas de flocons, volatil ou grossier).
  • Le sel (acide ou alcali, volatil ou fixe).
  • L’eau ou phlegme (parties pleines, peu compressibles, dissolvantes).
  • La terre ou caput mortuum (corpuscules poreux, inactifs).

Selon Tauvry, la santé dépend de l’équilibre entre ces éléments dans les humeurs[5]. La maladie survient lorsque ces éléments deviennent « peccants » (trop subtils, trop épais, ou déséquilibrés), soit par excès, soit par adjonction d’éléments exogènes[5].

Exemples de pathologies

  • Rage : causée par un virus qui dissout la partie nourricière du sang, provoquant des convulsions et de la fièvre.
  • Apoplexie et paralysie : dues à l’épaississement des humeurs par les acides, obstruant le cerveau et les nerfs.
  • Phtisie : causée par une lymphe acide et corrosive attaquant les poumons.
  • Goutte : due à des acides fixés dans les membranes, provoquant des douleurs.
  • Hydropisie : causée par une liqueur acide et salée irritant les fibres, empêchant l’excrétion de l’urine.

Fièvres et éruptions

Tauvry distingue les fièvres selon l’état du chyle et du sang :

  • Fièvre tierce : causée par un sang huileux et un chyle acide, provoquant des fermentations et des obstructions.

Varicelle, rougeole, variole : dues à un venin morbifique qui fermente le sang et pousse le chyle vers la périphérie, formant des pustules.

  • Fièvre quarte : causée par un sang trop épais, obstruant les pores et provoquant des douleurs.

Thérapeutique

Tauvry vise à rétablir l’équilibre des humeurs par[5] :

  • L’évacuation des humeurs peccantes : saignées, purgatifs, vomitifs, sudorifiques, diurétiques.
  • La correction des dyscrasies : utilisation de balsamiques, volatils, acides, alcalis, selon l’état du sang.
  • L’emploi de remèdes complexes : thériaque, quinquina, mercure, préparations à base de plantes, d’animaux, de minéraux.

Il recommande d’agir rapidement, parfois avant la crise, contrairement à la doctrine hippocratique classique. Il utilise aussi des remèdes empiriques, comme des amulettes ou des préparations à base de crapaud, de vipère, ou de corne de cerf, tout en intégrant des médicaments actifs comme l’opium, l’ipécacuanha, ou le quinquina[5].

Mort et postérité

La phthisie se déclara irrémédiable dès le commencement de l'année 1700 sans l'empêcher de publier un traité. Daniel Tauvry meurt au mois de février 1701[9], à l’âge de 32 ans, épuisé par le travail et la maladie. Son corps fut inhumé dans l'Église Saint-Séverin de Paris.

Malgré sa carrière brève, il laisse une œuvre importante et un exemple de précocité et de rigueur scientifique[4]. Fontenelle, dans son Éloge à l'académie, salue son intelligence et ses contributions à la science: il avait l'esprit extrêmement vif et pénétrant ; il joignait à la connaissance de l'anatomie le talent de conjecturer heureusement[10]. Ses travaux sur la circulation fœtale sont reconnus comme une avancée majeure, et Albrecht von Haller[11], au XVIIIe siècle, lui rend hommage pour avoir éclairci la fonction du foramen ovale.

Un biographe[12] a prétendu aussi qu'il laissa veuve Marie Delbec, morte elle-même le et inhumée au Couvent des Jacobins. Nul autre biographe ne suppose que Daniel Tauvry fut marié.

Publications

  • Nouvelle anatomie raisonnée, ou les usages de la structure du corps de l'homme et des autres animaux, suivant les lois des méchaniques, Paris, 1699, in-12 ; avec des corrections et des additions, 1693, 1698 et 1720 in-12 ; traduit en latin, Ulm, 1694, in-8°[13] ;
  • Traité des médicaments et de la manière de s'en servir pour la guérison des maladies, avec des formules pour leur composition, Estienne Michallet, 1690, 1699, 1711, in-12, tome 1 et tome 2 (nouvelle édition revue, corrigée et augmentée, chez Claude Robustel, 1722), ;
  • Nouvelle pratique des maladies aiguës, et de toutes celles qui dépendent de la fermentation des liqueurs, ibid., 1698, in-8° ; 1706, 1720, in-12 ;
  • Traité de la génération et de la nourriture du fœtus, ibid., 1700, in-12 ;
  • Observations sur l'histoire du fœtus. Paris, 1699[14] ;
  • Observations sur la rage ou hydrophobie. Paris, 1699[14] ;
  • Pratique des maladies chroniques, ouvrage posthume publié en 1712.
  • Nouvelle anatomie raisonnée, ou l'on explique les Usages de la structure du corps de l'Homme et de quelques animaux suivant les loix des mécaniques, chez Barthélemy Girin, Paris, 3e édition 1698 (lire en ligne)
  • Traité de la génération et de la nourriture du fœtus, chez Barthélemy Girin, Paris, 1700 (lire en ligne)

Notes et références

Sources partielles

Annexes

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