Delphine Delamare
Française source d'inspiration du personnage de madame Bovary
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Véronique Delphine Couturier, épouse Delamare, dite Delphine Delamare, née le à La Rue-Saint-Pierre (Seine-Inférieure) et morte le à Ry, est une femme française dont le suicide inspire Gustave Flaubert pour l’héroïne de son roman Madame Bovary.
Biographie
En 1836 la famille emménage à Blainville-Crevon[1]. Le , à la mairie de Blainville-Crevon, elle se marie avec l'officier de santé Eugène Delamare (Benoist-Eugène Delamare, né à Rouen le , ancien élève du médecin Achille Flaubert[2]). De l'union naît une fille, Alice-Delphine, le [2]. Delphine Delamare meurt le à Ry, suivi par son mari le de l'année suivante[2].
Rapprochements avec Madame Bovary
Après l’échec de La Tentation de Saint Antoine, Louis Bouilhet conseille à Flaubert de prendre comme sujet un fait divers tel celui des époux Delamare[3]. Maxime Du Camp écrit également à son ami romancier pour lui demander s'il fait des progrès sur cette histoire[4]. Ce n'est qu'après la mort de l'écrivain, le 8 mai 1880, que l'histoire de Delphine Delamare commence à circuler comme la source principale de Madame Bovary, empruntant dans la foulée de plus en plus de détails au roman[5]. Ainsi, Jules Claretie raconte-t-il dans sa nécrologie du 18 mai comment le jeune Flaubert aurait été à table avec son père (mort en 1846, donc deux ans avant Delphine Delamare) quand Louis Bouilhet serait entré avec un article de journal sur « la femme du docteur X » qui se serait empoisonnée, après quoi Flaubert aurait dit : « Je vais écrire un roman ! Et ce roman finira comme a fini Mme X… »[6].
Le , l'écrivain et journaliste Georges Dubosc publie un article (« La véritable Madame Bovary ») dans le Journal de Rouen [7] où il mentionne pour la première fois le nom de Delphine Delamare[8]. Depuis, elle est tenue pour le modèle probable de Gustave Flaubert[9], alors que celui-ci présentait son roman comme « une histoire totalement inventée »[10], et son personnage comme « une pure invention »[11].
Mais c'est surtout la version de l'histoire donnée par Maxime Du Camp dans ses Souvenirs littéraires de 1881 qui a lancé le mythe une fois pour toutes[12]. Delphine Delamare y apparaît comme la femme adultère, endettée et suicidaire d'un certain Delaunay, « pauvre diable d’officier de santé qui avait été l’élève du père Flaubert et que nous avions connu »[13]. Comme le constate Pierre-Marc de Biasi, spécialiste de la genèse de l'œuvre, dans sa biographie de Flaubert : « Cette astuce [de Du Camp] lui permettait d'étoffer son propos et d'enjoliver l'anecdote avec la conséquence désastreuse de lancer durablement l'investigation critique sur de fausses pistes »[12]. Même après les démystifications de René Herval[9], Claudine Gothot-Mersch[14] et Gilles Cléroux[5], la critique flaubertienne a mis longtemps à s'affranchir du mythe qui circule encore librement sur internet et même partiellement dans des études savantes : Michel Winock, dans sa biographie de Flaubert[15], et Jeanne Bem dans l'édition de Madame Bovary de la Pléiade[16], parlent encore du suicide de Delphine Delamare, dont pourtant on ne possède aucune preuve – à moins que ce soit le témoignage très tardif d'Augustine Ménage, une ancienne bonne du couple Delamare qui, en 1908, décrit – pour la première fois depuis les faits de 1848 – le suicide de Delphine en détail devant Georgette Leblanc, après avoir répondu en 1905 au Dr. Brunon qui voulait savoir comment elle était morte: « Ah ! ça je ne sais pas » [17].
Au village de Ry où Delphine Delamare est morte, son souvenir fait aujourd’hui l’objet d’une importante valorisation touristique[18]. La plaque commémorative qui lui a été consacrée à l'église indique même : « A la mémoire de | Delphine Delamare | née Couturier | Madame Bovary ».
Représentation dans les arts


La mère du docteur Raoul Brunon, fondateur du musée Flaubert et d'histoire de la médecine et auteur d'un ouvrage sur Madame Bovary[Note 1], croit la reconnaître dans Rigolette cherchant à se distraire en l'absence de Germain, un tableau du peintre Joseph-Désiré Court (portraitiste de la famille Flaubert)[7]. Depuis, ce tableau, qui illustre un épisode des Mystères de Paris d'Eugène Sue, est fréquemment utilisé pour représenter Madame Bovary[19].
Raoul Brunon estime qu'il existe « un autre portrait de cette même jeune femme en costume de bal masqué », également de Joseph-Désiré Court, intitulé Vénitienne au bal masqué[7].
Les demandes de photographies de l'œuvre au musée des Beaux-Arts de Rouen démontrent un intérêt pour ces figures, en particulier pour Rigolette[7]. Ce tableau de Madame Bovary apparaît ensuite dans L'Illustration d' puis, en 1936, dans la collection « Classique Larousse » [7]. En 1944, dans Flaubert et Madame Bovary de René Dumesnil, les deux portraits apparaissent ensemble suivi d'une légende sans équivoque statuant : « Deux portraits de jeune femme, par Court (Delphine Delamare, Mme Bovary) »[7].
Fernand Guey, conservateur du musée des Beaux-Arts, évoque quant à lui une « fable concernant les tableaux de Court et Madame Bovary »[7]. Rigolette figure dans l'Album Flaubert de la collection la Pléiade (1972)[7]. La couverture d'une nouvelle parution de Madame Bovary, en , dans une édition de poche (« Folio »), contribue, par son rayonnement, à maintenir ce point de vue[7].